Jean-François Cirelli6:01
Je pensais qu'on parlait d'un autre, donc j'étais pas prêt à monter sur scène. Bonjour.
Bonjour et merci à Harold et au Chinese Business Club pour cette belle invitation. Merci à vous toutes et à vous tous d'être présents. Toujours très agréable de retrouver plein de visages connus et comme il ne faut jamais faire attendre la cuisine, n'est-ce pas cher Guillaume Gomez, et qu'en tant que fils d'hôtelier restaurateur, je suis plus que d'autres aussi, je sais qu'il y a beaucoup d'hôteliers restaurateurs ici. Je les salue tous parce que c'est une profession noble.
Je vais essayer d'être court, ce qui en général veut dire qu'on va être plus long que d'habitude. Et c'est un message en fait pour lui, c'est qu'il m'a dit « Tu as 8 minutes », j'ai dit « Mais moi, en 8 minutes, je vais pas pouvoir dire ce que j'ai envie de dire. Donc ce serait peut-être un peu plus long que les 8 minutes. » Il m'a dit « Je t'interromprai. » Bon, alors donc faites-lui signe.
Quatre points à vous dire aujourd'hui. Un peu de lexique grammatical sur la notion de fond qui est mis à toutes les sauces. Pas le fond de sauce mais les fonds avec un S et sans le D. Ensuite, vous parler un peu de BlackRock rapidement pour un peu démystifier le grand mastodonte américain. Troisièmement, vous dire un petit peu ce qui change dans les investissements en ce moment dans le monde mais en bullet points si vous voulez. Et puis quelques réflexions générales que j'ai appelé mes messages paroisiaux.
Alors, le premier point, fonds et le métier. En France, il y a pas mal d'ambiguïtés en français sur la notion de fonds parce qu'on a les fameux fonds de pension qui est l'expression anglaise pour dire caisse de retraite. Alors, j'avoue que c'est plus sympa et plus joli dire fonds de pension que caisse de retraite. Enfin, c'est des caisses de retraite. Il y a les fonds d'investissement qui sont les fonds de capital investissement. En anglais, le private equity, le PE. Ça c'est pas moi, ça s'est énormément développé dans les 20 dernières années et c'est d'ailleurs formidable. Et puis il y a les gestionnaires d'actifs, ce que je suis, asset manager. Donc on me dit « Vous êtes un fonds de pension ? » Non. « Un fonds d'investissement ? » Non, je suis un gestionnaire d'actifs. Ce qui en général laisse les gens pantois, ils disent on sait pas ce que c'est. Nous sommes à peu près pourtant 700 en France. Donc vous voyez, c'est une profession éclatée et nous on propose à des gens d'investir et on investit dans des enveloppes qu'on appelle des fonds. Donc il y a des fonds tout le temps mais c'est pas les mêmes. Donc faites attention quand le mot fonds.
C'est une profession qui est pas très connue pour plusieurs raisons. La première c'est qu'on fait du B2B essentiellement. Donc qui dit B2B, vous êtes loin du client final. Il y a pas de boutique BlackRock où vous pourriez rentrer en demandant dans quoi je peux investir. Nos clients, ce sont ceux qui ont les supermarchés de l'épargne ou des cotisations. Et donc en France, les supermarchés de l'épargne, ce sont les banques et les assureurs. Dans d'autres pays, ce sont les caisses de retraite ou d'autres systèmes. Et donc quand vous allez dans votre banque pour investir, vous pensez pas à l'asset manager, au gestionnaire d'actifs, mais vous pensez au nom de la banque. Donc vous allez dans telle banque, mais en fait c'est pas la banque, c'est l'asset manager mais vous le connaissez pas forcément.
Un petit point au passage qui dit B2B et qui dit que mes clients s'appellent AXA, BNP, Société Générale, il faut penser que ces gens-là nous disent pas « Tiens, je te donne un milliard, place-le au mieux puis on verra bien. » Non, ce sont des gens extrêmement sophistiqués qui savent ce qu'ils veulent et donc nous travaillons avec des mandats de ces gens-là. Et donc, l'idée que BlackRock du jour au lendemain pourrait dire « Fini la France, fini l'or, investissez là », pas du tout. C'est les clients qui décident où ils veulent investir et nous on essaie de leur donner les meilleurs.
Bon, alors le métier objectivement, il est assez simple. Des gens vous confient de l'argent, il est pas à vous, il est pas dans le bilan, vous le placez, c'est le leur et vous prenez une petite commission au passage. Donc c'est un très beau métier, c'est pas de bilan, juste la com. C'est quand même ce qu'on fait de mieux. Après, il faut que les gens aient envie de vous prêter l'argent, ça c'est sûr. Donc, ils vont être meilleurs dans ce que vous faites. Mais en fait, on est quand même malgré notre taille une petite entreprise parce qu'on a un chiffre d'affaires de 20 milliards qui sont l'accumulation des FIS sur les 11 600 milliards que nous gérons. Donc, c'est pas énormissime hein, il y a beaucoup mieux. Notre capitalisation boursière, c'est 150 milliards de dollars. C'est-à-dire que les bonjours ont fait la moitié de la capitalisation boursière d'Hermès par exemple ou de LVMH. Donc voyez, il y a mieux dans la vie si je puis dire.
La beauté du métier, c'est qu'on est aligné avec les clients. Quand vous prenez des FIS, si la valeur de votre portefeuille augmente, vous gagnez de l'argent et nous on gagne plus. Quand ça baisse, on gagne moins. Donc cet alignement avec les clients, ça c'est un grand avantage concurrentiel.
Et si demain vous voulez envie d'être gestionnaire d'actifs, je vous prête de l'argent, vous allez l'investir. Quels sont les deux sujets ? Il y en a pas 36, il y en a deux sur lesquels vous allez vous intéresser. Le premier c'est le risque. On m'a prêté de l'argent, je l'investis, mais si le type fait faillite, s'il me rend pas l'argent, moi je suis mal. Donc le cœur du métier, c'est la gestion des risques. C'est le cœur de métier d'un asset manager. Mettre de l'argent en étant sûr qu'on vous le rend un jour.
Et la deuxième caractéristique, c'est qu'en général les gens qui vous prêtent l'argent, ils ont aussi envie de le reprendre quand ils ont envie. Et donc la plupart des produits que nous vendons ou où vous investissez par votre assurance vie par exemple, j'en suis sûr, la moitié ou les trois quarts de la salle, bah si demain vous avez une opération, vous avez envie de reprendre vos sous, bah vous trouveriez absolument insupportable qu'on vous dise « Ah mais attendez, c'est pas aujourd'hui, c'est dans 2 ans ou dans 3 ans. »
Donc qui dit liquidité, parce que je dois vous rendre l'argent, dit que je dois investir dans des actions, dans des obligations très importantes et liquides. Vous faut pas venir me voir en me disant j'ai une petite start-up formidable qui va faire machin. Ça vaut 20 millions. Est-ce que tu peux l'acheter ? Mais moi, je peux pas l'acheter parce que si demain je mets 20 millions et que vous me dites je les veux après-demain, ça marche pas. Donc nous sommes essentiellement dans des actifs liquides. Ça a un peu changé. On reviendra dessus.
Deuxièmement, sur BlackRock incontestablement une grande réussite d'entreprise. La boîte a 37 ans. Elle a été fondée par six personnes dont les deux patrons actuels. Donc ils sont patrons depuis 37 ans, monsieur Larry Fink et Robert Kapito. Fondateurs à la tête, c'est un vrai tandem. Alors ça objectivement, vous qui êtes doute dans les entreprises, des vrais tandems à la tête qui marche, je parle de ma propre expérience personnelle aussi, c'est pas si facile à trouver.
Alors ils sont un couple incroyable. Ils ont commencé, ils ont été virés de leur boîte. Ils avaient fait de mauvaises affaires dans la banque où ils étaient. Ils se sont dit « On va monter une boîte d'asset management. » Ils ont commencé avec 80 millions il y a 37 ans. Comme je le disais, on est à 11 600 milliards aujourd'hui. Il faut bien penser dans un monde très éclaté avec des milliers d'entreprises équivalentes qu'ils ont un certain talent hein. Passer de 80 millions à 11 600 milliards, ça se fait comme vous l'imaginez, pas tout seul. On est 18 000 dans le monde, c'est pas énorme. C'est pas les bataillons des grandes banques internationales. 250 en France.
Alors, ce dont je suis le plus fier et c'est peut-être la seule chose qu'il faut garder d'aujourd'hui, c'est qu'il y a 56 milliards d'épargne des Français qui nous ont été confiés. Donc je gère 56 milliards en France d'épargne, de votre épargne, mais nous avons investi en tant que BlackRock 240 milliards dans ce pays. C'est-à-dire que nous sommes un importateur net de capital pour le financement de la croissance de l'économie française à hauteur de 156 milliards. Donc ça c'est ce dont nous sommes le plus fiers. Nous attirons en France plus d'argent que ce que nous investissons avec l'argent des Français.
En Europe, nous sommes le premier investisseur européen. Nous avons 1 600 milliards investis en Europe. Ça fait à peu près 30 % des résultats de BlackRock et des chiffres d'affaires de BlackRock. Donc pour une boîte américaine, l'Europe est très importante chez BlackRock parce que vous avez plus de 30 % de vos résultats sur ce continent, il faut y être. La grande idée, les Américains, je reviendrai dessus, prennent les sous pour aller les mettre ailleurs, c'est vraiment pas vrai du tout.
Et on a fait trois ou quatre acquisitions dans l'histoire de ces 37 ans, pas énorme. Un peu pour augmenter la taille, en 2009 pour investir dans un truc qui s'appelle la gestion passive, je vous dirai ce que c'est. Et puis plus récemment, l'année dernière, on a ouvert le portefeuille. Alors là, ça a été la folie, on a acheté pour 30 milliards, c'était jamais arrivé dans deux domaines : les infrastructures. Nous avons acheté une société qui s'appelle GIP qui est co-actionnaire de Vinci. Donc voilà, on revient dans Vinci si je puis dire, en France en tout cas, avons des aéroports à Londres notamment aussi, et puis dans la dette privée.
La dette privée, c'est un nouvel classe d'actif qui monte énormément aux États-Unis. Les entreprises aujourd'hui se financent plus par les asset managers et la dette privée que par les banques. C'est donc un changement considérable. Nous avons 1 000 milliards dans les fonds sur les 11 600 dits de sustainability, de durabilité comme on dit aujourd'hui. Ce qui fait que quoi que vous pouvez entendre sur BlackRock, est-ce qu'on a changé sur l'ESG, dans quelle mesure etc., c'est le premier gestionnaire au monde qui a le plus d'argent dans les fonds durables. 1 000 milliards, il y a personne qui nous matche au monde. Voilà, donc ça c'est ce que je voulais vous dire sur le sujet.
Il y a deux types de gestion dans ce métier. La gestion active : je veux investir dans l'automobile. Est-ce que je prends l'Allemagne ou la France ? Si je prends la France, je prends Renault ou je prends Peugeot ? Il y a des gens qui font ça, qui font de la recherche, qui analysent. Ils choisissent les actions. La gestion passive, c'est les index, ce qu'on appelle les ETF qui se développent énormément, un peu moins en France pour des raisons locales mais ça va bien. C'est-à-dire que là vous prenez des indices, l'indice total au lieu d'être exposé à deux ou trois valeurs, vous êtes exposé à l'ensemble de la bourse américaine ou d'un secteur particulier.
Comme nous sommes, je vous le disais, très investis dans les grandes entreprises, nous sommes investis dans les 2 000 plus grandes entreprises du monde où nous avons en moyenne entre 3 et 5 % du capital. Ça veut dire que avec 18 000 personnes, on ne peut pas être au conseil d'administration, on peut pas être dans la gestion de ces entreprises, ce serait trop compliqué. Donc, nous sommes jamais dans la gestion des entreprises, jamais au conseil d'administration. Il y a des engagements annuels avec les plus grandes pour discuter de la stratégie et des sujets et l'essentiel de la relation se traduit par au final voter aux assemblées générales.
Passe au troisième point rapidement. Qu'est-ce qui change sur l'investissement ? C'est un peu des bullet points pour vous regarder ça plutôt en tête. Le premier changement en quelques années, c'est la prise en compte et la montée de l'investissement durable, notamment en Europe. C'est plus compliqué aux États-Unis, c'était déjà plus compliqué sous Biden, c'est encore plus compliqué avec le nouveau président comme vous le pensez.
Alors, le problème de tout cet investissement durable, c'est qu'on sait pas ce qui est vraiment durable. Donc la réglementation change tout le temps, c'est très complexe. Si on avait fait cette réunion il y a 3 ans et que je vous aurais dit tiens moi je mets la défense dans l'ESG, les trois quarts de la salle auraient dit mais c'est impossible de faire des choses comme ça. C'est pas compatible. Aujourd'hui heureusement les choses changent un peu.
Donc vous voyez que la durabilité est importante ? Franchement, pas pour des raisons morales. On n'est pas là nous pour faire la morale. Il y a les politiques et vous et les élus pour ça. Nous, on est là pour vous dire que le risque climatique est un risque d'investissement. Si vous ne le prenez pas en compte, bah vous aurez un risque au sens du risque sur votre actif.
Le deuxième élément qui change, c'est la montée de la gestion passive, dont je vous parlais, les ETF qui se développent partout pour deux raisons. Ils sont très transparents et ils sont pas chers. Alors bon, comme ils sont pas chers, on les vend moins chers et il y a quelques réseaux qui ont pas envie de vendre moins cher. C'est quand même tout le monde prend ses fees hein dans ce métier. Vous avez compris.
Le troisième point, c'est le développement des marchés privés. Ça c'est quelque chose de nouveau pour les particuliers hein. Le private equity, les infrastructures, la dette privée, les hedge funds, tout ça. Quand vous allez voir votre banquier, en général, il vous proposait des obligations et des actions. Aujourd'hui, ça se développe. Alors, c'est on est encore au début. C'est la raison pour laquelle BlackRock est rentré fortement dans ces marchés privés parce que ça va être et d'ailleurs la loi française maintenant, l'industrie verte, nous conduit à avoir des actifs privés obligatoirement proposés dans vos portefeuilles entre 5 et 15 % donc ça va devenir substantiel. Donc ça ça change mais dans le monde entier.
Ce qui change aussi, quatrièmement, c'est le fameux 60-40 de ce métier. En général, on vous dit « Bah écoute, si tu veux un portefeuille un peu équilibré, 60 % d'actions, 40 % d'obligations, c'est la bonne formule. » Tout le monde a vécu là-dessus pendant longtemps. Aujourd'hui, vu qu'il y a plus les corrélations qu'on avait et il est plus difficile d'investir aujourd'hui qu'il y a 4 ou 5 ans. Et donc tout ça est en plein chamboulement. Mais investir où et comment et qu'est-ce qu'il faut faire pour essayer de réussir.
Et le dernier point, c'est naturellement le développement de la crypto, des cryptomonnaies et des classes d'actifs. Nous nous avons changé d'opinion. On était totalement contre. On disait oh là là c'est trop risqué. Aujourd'hui, nous considérons que c'est une classe d'actif comme une autre mais naturellement c'est pas forcément pour tous les publics et puis c'est quelques pourcents de votre portefeuille.
Dernier point parce que je suis déjà trop long hein Harold. Quelques messages paroisiaux. Alors, premier point que j'avais envie de vous dire : curieux pays que la France, un pays de la finance, on a les plus belles banques européennes qui sont françaises. Dans le private equity, on est le principal, on a des superbes sociétés en France de private equity, très successful. Dans la gestion d'actifs, malheureusement la plupart de mes concurrents sont français. Donc on est un pays de finance et pourtant c'est un des pays où l'éducation financière est peut-être la plus fruste et la plus limitée en Europe.
Franchement c'est pas top. On peut faire toute sa carrière bac plus l'université sans avoir fait une heure d'éducation financière sur comment faire les choses. Ça c'est quand même un sujet. Alors on a plein de raisons pour ça. Le jour où l'éducation nationale voudra en faire, ce sera un grand moment mais enfin c'est pas pour demain je pense. Et puis on n'a pas de système de retraite par capitalisation où les gens regardent individuellement tous leurs sous. Ça c'est un truc qui pousse à ça. Et donc là nous on fait beaucoup d'éducation financière à BlackRock. On essaie de développer ça parce qu'on pense que c'est très important.
Deuxième point, comme conséquence de cette frustre, on parle assez peu de performance. Je suis toujours assez frappé quand on parle aux clients. Ils trouvent déjà pas mal qu'on leur rende l'argent qu'ils ont prêté. « Ah si mon capital est garanti, c'est déjà bien. » Alors l'idée de le faire fructifier. Les Anglais et les Américains, ils ont une très belle expression, ça s'appelle « mettre l'argent au travail ». Pourquoi il y aurait que la tête ou nos bras pour réussir à avoir de l'argent ? Mettons l'argent au travail. En France, on met pas assez l'argent au travail. On n'investit pas assez, les gens le gardent en cash.
D'ailleurs, en ce moment, on est quand même à un des pics qui traduit aussi une certaine incertitude des Français vis-à-vis du monde actuel puisque plus de 40 % de l'épargne n'est pas du tout investi, même pas dans le livret. C'est quand même incroyable hein. Bon donc, il faut mettre l'argent au travail et donc regardez la performance. Tout ne se vaut pas.
Troisième élément, la décarbonation de nos économies. C'est un besoin d'investissement incroyable, on le sait, c'est écrit etc. Maintenant, nous avons en plus la défense à rajouter. On aura peut-être autre chose encore à rajouter. La puissance publique va pas pouvoir financer tout ça. Elle est très endettée à peu près partout, beaucoup chez nous. Mais donc vu les besoins d'investissement à faire pour décarboner l'ensemble de l'économie, les transports, l'habitation, sans argent privé, on va pas y arriver.
Et donc la solution c'est de mettre de l'argent public et de l'argent privé. C'est pas gagné. C'est pas gagné parce qu'on est dans un pays qui n'aime pas mélanger l'argent privé, l'argent public. Il y a qu'à regarder, demander aux politiques la vision qu'ils ont par exemple de la privatisation des autoroutes, ça rentrait dans les débats. Les PPP qu'on avait lancé du côté du temps de Raffarin sur les partenariats publics privés ont été dévoyés. L'administration française a horreur de l'argent privé parce qu'elle a pas les moyens mais en même temps elle aime pas qu'on fasse de l'argent sur des infrastructures ou sur des choses comme ça. Donc c'est pas gagné.
Mais si on n'arrive pas d'une façon ou d'une autre à mettre du privé, du public, on n'y arrivera pas. Pour réussir à mobiliser cette épargne qui après tout est peut-être le seul avantage des Européens, c'est nos taux d'épargne. L'Europe reste un continent avec un taux d'épargne énorme et donc si on veut investir, on a au moins l'argent. On a besoin de moins d'incertitude, là on est quand même assez au top, et on a besoin de marchés de capitaux.
Le grand succès des Américains, c'est quand même le marché des capitaux américains. Et c'est pourquoi que nous souhaitons ardemment que l'Europe se crée un marché des capitaux. Alors on a bien commencé puisque le précédent s'appelait l'Union des marchés de capitaux, ça a pas marché et donc on a fait ce qu'il fallait, on a changé le nom. Donc ça s'appelle plus l'union des marchés de capitaux, je crois j'ai déjà oublié le nouveau nom mais enfin il faudrait qu'il y ait un peu de la substance derrière.
Et dernier point, on a beaucoup glosé récemment sur les fameux 300 milliards. Vous vous rendez compte ? 300 milliards d'épargne des Européens qui vont s'investir aux États-Unis, c'est affreux. En général, en montrant un peu du doigt les gens comme moi parce que ouais, c'est quand même les Américains qui rapatrient les sous. Bah ça, je veux dire alors ça c'est encore un fantasme. Moi je dis je suis le premier investisseur en Europe, j'ai envie de le rester d'ailleurs.
Il y avait quand même une bonne raison d'aller aux États-Unis ces dernières années. Quand la bourse fait 25 % deux ans de suite, les gens se disent « Bah pourquoi pas y aller ? » Bon alors le fait de faire 25 % une troisième année, c'est peut-être un peu plus dur. On n'est pas parti là cette année pour ça. L'innovation semblait être là-bas. La dérégulation, l'IRA, tout ce que vous voulez. Perspective de croissance. Je crois qu'on sous-estime la crise européenne en terme de croissance entre nous. Nous avons vécu ces dernières années, nous continuons à vivre dans un continent qui ne crée pas vraiment de richesse et de croissance. Il faudrait peut-être se rebeller pour que ça avance d'ailleurs.
Et donc tout le monde avait vraiment les yeux de Chimène pour les États-Unis et d'ailleurs c'est bien pour ça que tout le monde a investi là-bas. Ça a quand même changé depuis le début de l'année. Alors ne me faites pas dire ce que je ne dirai jamais, mais il y a quand même davantage d'incertitude aux États-Unis depuis ce début de l'année qu'on pensait à la fin de l'année dernière. Et donc c'est une vraie chance pour l'Europe. C'est une vraie chance pour l'Europe de la saisir.
Nos maîtres politiques ont commencé à comprendre et le disent. Les Français depuis le président Macron depuis assez longtemps. Mais le nouveau chancelier allemand qui à l'heure où je parle, j'ai compris n'est toujours pas élu, a dit « Il est temps de savoir si l'Europe doit sortir de l'histoire ou pas. » C'est quand même des paroles fortes d'un chancelier allemand.
Les rapports sont faits, Draghi sont excellents. Pour une fois, il y a pas que les constats. L'Europe, ça va pas. Il y a même les solutions parce que quand on se parle entre nous Européens, on s'apitoie sur la situation puis après quand on dit qu'est-ce qu'il faut faire, bah il y a moins de monde. Bon là, on a tout dans les rapports mais c'est pas non plus encore totalement décortiqué dans les administrations. Tout n'est pas redescendu.
Je donne qu'un seul exemple qui me stupéfait. Moi, je l'ai dit trois fois, merci. Le rapport Draghi c'est 9 septembre, on est le 6 mai. Il est toujours pas traduit en français. Si ça, trois fois je dis mais quand même traduisez le rapport en français, ça prend 10 minutes sur ChatGPT ou DeepL. Après il peut y avoir 2 heures pour le relire pour être sûr qu'on a pas fait de faux sens et au moins on peut lire le rapport Draghi en français. Les sites gouvernementaux, ce rapport n'est qu'en anglais. Pourquoi ? À savoir. Donc il faut que ça descende, vous avez le sentiment que c'est pas encore tout ça bien descendu.
Voilà, on va passer au dessert. Et donc le dernier mot, c'est il faut faire les bons choix de souveraineté. C'est peut-être mon message. C'est vrai qu'il y a besoin de souveraineté européenne, mais faisons les bons choix et restons ouverts. On a quand même du capital étranger. Et donc après une décennie où l'Europe franchement c'était pas top en terme de croissance, en terme de paralysie politique des institutions, c'est peut-être notre moment.
Donc il faut que les Européens le prennent à bras le corps et nous chez BlackRock on a besoin de nos deux pieds. Fort pied américain nord-américain, 60 % de nos résultats. Fort pied européen, plus de 30 % de nos résultats. Donc on est là pour continuer à investir mieux et davantage dans l'Europe. Merci et bon appétit.