Back
Jean-francois Cirelli
Lead Independent Director and Vice-Chairman of the Board, Compagnie de Saint-Gobain S.A.

Jean-François Cirelli (Blackrock France) : «Nos investissements prennent en compte les risques env

🎥 Nov 30, 2018 📺 L'Opinion ⏱ 8m 👁 2041 views
Premier gestionnaire d’actifs au monde avec plus de 6 000 milliards de dollars sous gestion, BlackRock est présent dans un grand nombre de pays à travers le monde. Mais que fait-il concrètement pour le climat et la biodiversité ? Comment réagissent les entreprises ? L’Europe est-elle en pointe dans ce domaine ?
Watch on YouTube
Transcript (11 segments)
I
Interviewer0:03
Jean-François Cirelli, bonjour. Vous êtes le président de BlackRock France, Belgique, Luxembourg. Alors BlackRock, on ne présente plus le premier gestionnaire d'actifs au monde, plus de 6 000 milliards de dollars sous gestion. Vous êtes présent dans un nombre incalculable d'entreprises, vous êtes même premier actionnaire de beaucoup de grands groupes et vous êtes présents au capital sans doute de tous les groupes du CAC 40. Alors quel est votre engagement concret en matière de climat et de biodiversité ? Le président du groupe Larry Fink en parle beaucoup mais concrètement que faites-vous sur ces sujets ?
J
Jean-francois Cirelli0:34
D'abord, un tout petit mot, bonjour. Un petit mot sur la stratégie de BlackRock. La plupart des sommes qui nous sont confiées le sont pour le long terme, pour 10, 20, 30 ans. Et donc par définition, nous devons prendre en compte les intérêts à long terme de nos clients. Et dans ses intérêts à long terme, il y a naturellement le changement climatique, les évolutions, parce qu'ils auront un impact, peut-être pas à très court terme, et à moyen terme, sur la performance des entreprises. Alors concrètement, comment nous faisons ? Il y a plusieurs façons, je vous en donne trois par exemple. La première, c'est les votes en assemblée générale. Nous avons une politique de vote dans toutes les assemblées générales sur tous les sujets qui sont naturellement soumis à l'approbation des actionnaires, et nous votons dans l'intérêt à long terme, y compris en prenant en compte les considérations environnementales. La deuxième, c'est par exemple la lettre que Larry Fink a écrite l'année dernière, il y a quelques mois, aux 120 plus grandes entreprises américaines qui émettent du CO2, en leur demandant d'être beaucoup plus précis, et en leur demandant des engagements sur la façon dont ils vont traiter le problème. Et puis la troisième, c'est naturellement, puisque nous sommes un grand investisseur, de prendre en compte dans nos politiques d'investissement les risques environnementaux que ces entreprises peuvent avoir, parce qu'ils vont avoir un impact sur la performance financière. Donc c'est une variété d'instruments qui permet de prendre en compte aujourd'hui des considérations de changements climatiques, environnementales, sociales et de gouvernance.
I
Interviewer2:05
Est-ce que vous constatez déjà une modification du comportement des entreprises qui cherchent des capitaux, qui cherchent des investisseurs ? 6 000 milliards, on l'a dit, plus de 6 000 milliards, c'est une puissance de feu considérable. Est-ce que vous avez le sentiment que les entreprises vous entendent et adaptent, modifient leur politique pour vous faire venir chez elles ?
J
Jean-francois Cirelli2:23
Oui, j'ai la faiblesse de le penser. Bien sûr, BlackRock n'est pas le seul gestionnaire d'actifs qui mêle des considérations environnementales dans sa politique d'investissement, d'ailleurs maintenant la plupart le font. Mais je devrais dire d'abord que les entreprises en sont conscientes elles-mêmes. Et donc, naturellement, ce n'est pas tout à fait la même chose si vous êtes une entreprise européenne, une entreprise américaine, une entreprise asiatique. En Europe, clairement, les entreprises sont un peu leader dans ce domaine.
I
Interviewer2:50
Oui, clairement, l'Europe du Nord d'abord.
J
Jean-francois Cirelli2:53
Mais l'Europe du Sud aussi aujourd'hui, ne serait-ce que parce que les entreprises sont bien conscientes qu'aujourd'hui, dans une période où les business models changent énormément, où le digital change beaucoup leur chaîne de valeur, où les réseaux sociaux peuvent avoir un impact sur leur chiffre d'affaires, si elles ne prennent pas en compte ces considérations-là, elles risquent de voir une grosse partie de leur activité disparaître. Et du côté des investisseurs, il est naturellement très important de s'assurer que ces entreprises vont pouvoir dans la durée livrer les performances qu'on attend. C'est toute la question par exemple des stranded assets, qui n'est pas très bien traduisible en français, des actifs non performants. Si vous avez dans votre portefeuille une entreprise qui a beaucoup d'entreprises ou d'industries polluantes, il risque que la régulation un jour les ferme, et donc avoir un impact immédiat sur la performance. Donc oui, je pense que les entreprises sont en train de changer. Je voudrais plutôt penser le verre à moitié plein qu'à moitié vide. Au cours de ces cinq dernières années, il y a eu beaucoup d'évolution très favorable dans cette direction.
I
Interviewer3:59
Est-ce que ça se lit aussi sur les cours de bourse ? Parce qu'en tant que gestionnaire d'actifs, vous êtes engagé vis-à-vis de ceux qui vous confient leur argent de leur délivrer une performance boursière. Est-ce qu'il y a une prime boursière pour les entreprises les plus vertueuses, ou est-ce que ça ne se lit pas encore beaucoup dans les cours boursiers ?
J
Jean-francois Cirelli4:17
Je crois que c'est très difficile de lire cela d'une prime dans le cours de bourse, de déterminer si le cours de bourse tient compte ou ne tient pas compte. En revanche, oui, je pense qu'il y a une prime. Il y a une prime de deux façons. Il y a une prime d'abord — je vois les entreprises ou les investisseurs que nous sommes sous la pression de nos clients. Il ne faut jamais oublier que ce sont les clients qui décident d'investir vont plutôt vers les meilleurs de la classe, best-in-class. Donc le flux d'argent va petit à petit se concentrer sur — dans un secteur, par exemple l'énergie, eh bien je vais aller vers les meilleurs de la classe plutôt que les plus mauvais en termes de cours d'eau. Voilà, je pense que ça se voit.
I
Interviewer5:01
D'accord. Il y a une autre chose, c'est que souvent ces principes ESG, comme on dit, sont des principes assez restrictifs, c'est-à-dire des gérants s'engagent à ne pas investir dans des entreprises qui produisent des armes, qui produisent du tabac, etc. Est-ce qu'on ne peut pas concevoir une autre, une finance plus proactive, plus inventive, d'aller vers du positivisme plutôt que de dire je ne vais pas dans ces secteurs ? Est-ce qu'il faut inventer de nouveaux produits ? Comment est-ce qu'on peut voir une évolution positive de cet engagement des financiers dans les entreprises ?
J
Jean-francois Cirelli5:34
Je crois qu'il y a des évolutions, je vais vous en donner quelques exemples. Maintenant, il faut voir d'où nous partions. Quand il y a cinq ans, vous vouliez faire de l'environnement, il n'y avait aucune base de données sur quoi vous fonder. Naturellement, les rapports des entreprises sont en général faits pour vous expliquer que tout va bien et que tout est vert. La réalité était différente. Donc il a fallu mettre en place des bases de données pour pouvoir comparer les performances. Et d'ailleurs, on n'est pas encore au bout de tout cela, même si les choses se sont un peu améliorées. Des agents spécifiques, des notes, oui, il y a des indices, des agences, mais il faut bien que tout cela se standardise. Donc ça a pris beaucoup de temps et c'est logique. Aujourd'hui, encore une fois, nous avons fait beaucoup de progrès. Ensuite, il est plus facile, bien évidemment, de dire à des gens qui disent « moi je voudrais faire quelque chose pour la planète » de leur dire : écoutez, vous pourriez déjà commencer par ne pas investir dans un certain nombre de secteurs. Donc en effet, nous sommes partis d'un mode plutôt restrictif mais qui s'est aussi développé largement. Aujourd'hui sur BlackRock, il y a à peu près 15 jours, nous avons annoncé des ETF, donc des fonds indiciels, qui sont avec des restrictions, ESG-compatible. Sur les 6 000 milliards de BlackRock, on considère que nous en avons 500 milliards qui sont ESG, c'est-à-dire qu'ils répondent à des considérations environnementales. Ensuite, encore une fois, tout dépend de ce que demandent vos clients, puisqu'il ne faut jamais oublier que les décisions, nous ne les prenons pas nous-mêmes, nous les prenons au nom de nos clients. Si vous prenez par exemple la réglementation américaine, elle n'oblige les gérants à ne prendre en compte que la performance financière de leur fonds, pas d'autres considérations. Maintenant du côté de BlackRock, on veut aller plus loin. Nous avons des fonds dits impact, qui sont destinés à une catégorie d'investisseurs qui vous disent très clairement dès le départ : j'ai des considérations financières mais je veux y introduire d'autres considérations, et si ces autres considérations, notamment environnementales, sociales, sont en conflit avec la performance, en gros, je m'en fiche un peu, je prends quand même. Mais ça, c'est une minorité — ce sont des family offices, ce sont de grandes universités par exemple américaines. Ce n'est pas la majorité. Mais en revanche, de notre côté, nous avons par exemple des fonds où vous pouvez investir dans l'industrie low carbon — donc vous pouvez choisir dans le secteur industriel les industries qui sont les moins émettrices de CO2. Et puis nous avons récemment un garçon qui était le conseiller environnement de Barack Obama qui a rejoint BlackRock, et nous sommes en train de créer un fonds de transition, parce que pour transitionner vers une énergie plus propre, il faut des considérations environnementales. Parce que l'idée, c'est de ne pas punir, l'idée c'est d'accompagner. Et donc il faut regarder la situation non pas comme une photographie mais plutôt un film, et le film est en train de bien se dérouler.
I
Interviewer8:40
Eh bien, merci beaucoup, Jean-François Cirelli.