Notre invité dans le grand entretien aujourd'hui, c'est Stéphane Bancel. Bonjour, merci d'être avec nous. Vous êtes le directeur général de Moderna. Je suis avec Margot de Frouville Bour qui est journaliste à BFM TV qui cherche toutes les questions de santé. On a plein de sujets pour vous. Il faut quand même qu'on se remémore d'où on vient, de la phase Covid, post Covid, où Moderna était une star. C'est vous qui avez apporté l'ARN messager. On peut quasiment dire vous avez sauvé quand même la planète. Je sais pas si c'est ce que vous avez en tête mais quand même le monde a changé grâce au vaccin ARN. Aujourd'hui, il y a quelque chose qui se dit, rien que dans votre cours de bourse. Vous étiez à plus de 400 dollars, aujourd'hui vous êtes autour des 50. Le monde a littéralement changé. Comment vous vivez ce côté star d'avant avec ce changement d'époque?
Bonjour, merci de l'invitation. Effectivement, les choses ont changé mais je dirais les choses sont revenues au plan initial. On a démarré Moderna il y a 15 ans avec cette vision de dire la technologie de l'ARN messager va permettre de faire des médicaments dans beaucoup de catégories, des médicaments qui ne sont pas faisables avec les technologies existantes. Donc on avait fait vaccin en infectieux, on bossait sur le cancer, les maladies génétiques rares. Et Covid est arrivé et donc on a littéralement misé la société sur Covid parce que c'était la bonne chose à faire au niveau santé publique mondiale. Ça a été un petit peu une distraction sur tout le reste. Même nos études cliniques sur le cancer ont pris pas mal de retard à ce moment-là. Et en fait, Moderna aujourd'hui est en train de revenir dans son corps de métier, c'est-àdire d'être la société la plus importante en ARN messager et de faire des médicaments dans tous ces domaines-là. Aujourd'hui, il faut voir que c'est une société qui n'a pas un produit approuvé mais quatre. On devrait avoir cinq vaccins approuvés d'ici Noël. On va avoir des données de phase 3 cette année sur le cancer du mélanome, le cancer de la peau. On a montré à l'ASCO, la grande messe d'oncologie, il y a 15 jours que sur 5 ans, on améliore de 50% le risque que les gens ne meurent pas ou que le cancer ne revienne pas par rapport au meilleur traitement existant sur le marché, les checkpoints de MSD. Et sur les maladies rares, on va avoir une phase 3 cette année. Donc rien qu'entre maintenant et la fin de l'année, la société va changer. Ce qui s'est passé au niveau business avec Moderna, c'était incroyable. On est passé de zéro de vente à 18 milliards en un an. Fortune a dit que c'était jamais arrivé dans l'histoire du business. Et après on est passé de 18 milliards à 2 milliards parce que bien sûr on savait qu'on allait redescendre la montagne. On savait que si les vaccins marchaient — et ils ont marché — on allait sortir de cette pandémie. Et vous savez, j'ai eu trois doses de vaccin, mes deux premières puis mon booster en 2021. Bon, j'ai une dose vaccin maintenant. Certaines personnes sont plus vaccinées. Donc on savait qu'on allait avoir une grande baisse des ventes et on avait un seul produit. Ça arrive en pharmacie quand vous perdez des brevets mais sur un seul produit du portefeuille, et nous on avait un seul produit. Alors ce qui est bien, c'est comme on avait investi les revenus de Covid en R&D, on a joué un pari. Donc quatre produits approuvés, plein de phase 3, 30 produits en R&D. Donc l'histoire de Moderna va vraiment commencer maintenant.
Alors justement, ce qui intéresse Margot notamment, c'est la grippe notamment, un vaccin combiné grippe-Covid. C'est une première. Quand est-ce qu'il sera disponible dans nos pharmacies?
Effectivement c'est une première mondiale. Le produit a été approuvé il y a quelques semaines par l'Europe avant les États-Unis qui était en attente depuis très longtemps. Il serait disponible en pharmacie dans un an parce qu'on est en ce moment en train de négocier avec le gouvernement les prix de remboursement, les recommandations de l'autorité de santé sur quel tranchage, etc. Mais ce produit est très intéressant parce qu'au niveau Covid, c'est le produit de seconde génération qui est bien meilleur en terme d'efficacité que le vaccin qu'on avait en 2021 et qui a été updaté chaque année sur la souche circulante, aussi avec moins d'effets secondaires. On a totalement réinventé la plateforme. Et au niveau grippe, non pas dans la technologie des œufs, ce qui est utilisé aujourd'hui en pharmacie, ce sont des vaccins faits dans des œufs. En fait on aura la possibilité d'être totalement adapté à la souche circulante. Donc ça améliorera l'efficacité du vaccin, ça réduira les hospitalisations.
Vous pensez que ça peut avoir son public? Parce qu'aujourd'hui, on a très peu de Français, on a 17% de Français qui ont fait leur rappel Covid récemment. Donc à qui ça va s'adresser?
Je pense aux gens qui sont intéressés par une protection grippe et/ou grippe avec Covid parce qu'en fait vous avez encore une seule injection si vous allez avoir la grippe et vous aurez la protection en plus pour Covid qui sera là en même temps.
C'est intéressant. Vous dites ça a été autorisé en Europe avant les États-Unis. Les États-Unis ont changé aussi avec le retour de Donald Trump. Comment vous regardez ça? Vous avez l'impression que vous n'êtes plus aux États-Unis dans une terre propice au développement scientifique, technologique, médical?
Je dirais pas ça nécessairement. Je dirais que c'est plus compliqué. Nous ce qu'on a fait depuis à peu près 18 mois, c'est on s'est focalisé sur la science. On a continué à avancer le pipeline. On a travaillé avec les académiques, les centres hospitaliers, on a fait avancer les produits. On a eu trois produits approuvés par la FDA l'année dernière, ce qui est quand même pas mal dans le climat actuel.
Vous avez eu des revers aussi avec la FDA?
On a eu des revers qu'on a su retourner assez rapidement parce qu'il n'est pas fondé sur la science. Et donc on s'est battu avec des scientifiques.
Mais vous avez l'impression que la FDA vous a dit non pour des raisons politiques? C'est Robert Kennedy qui n'aime plus les vaccins. Je peux résumer ça comme ça?
Je sais pas qui a dit non parce que je sais pas ce qui se met dans le système, je suis pas dans le gouvernement. Mais effectivement, la FDA a dit non pour aucune raison scientifique. Donc on s'est battu.
Pas une question d'efficacité quoi?
Correct. On s'est battu sur le dossier. Les données ont été publiées dans le journal le plus prestigieux médical, le New England Journal of Medicine, et depuis la revue a été réinstaurée.
Mais est-ce que vous regardez différemment l'Europe du coup aujourd'hui? Parce qu'on critique beaucoup l'Europe qui ne va pas assez vite, qui a un prix des médicaments notamment en France qui est trop bas. Est-ce que quand vous voyez que le terrain n'est plus le même, vous regardez différemment notre continent?