Back
Denis Ladegaillerie
Founder, Chairman & CEO, Believe (Believe SA)

LE TECH SHOW 13 - Avec Denis LADEGAILLERIE - Fondateur et Président Directeur Général de BELIEVE

🎥 Jun 28, 2023 📺 Le Tech Show ! ⏱ 44m 👁 13074 views
Denis Ladegaillerie, Fondateur et Président Directeur Général de BELIEVE est l’invité d’honneur de Vincent KLINGBEIL dans le nouveau Tech Show ! Vous le savez, Le Tech Show, c’est votre rendez-vous incontournable autour de la tech, du digital et des startups. Tous les mois, nous recevons une personnalité inspirante du monde du digital, que ce soit un dirigeant d’un grand groupe d’une licorne ou un entrepreneur à succès. C’est avec grand plaisir que nous vous annonçons la sortie de ce nouvel épisode où Vincent Klingbeil reçoit cette fois-ci un acteur incontournable de l’industrie musicale : B...
Watch on YouTube

About Denis Ladegaillerie

Denis Ladegaillerie, founder, chairman and CEO of Believe, presented the company to investors following its IPO on 30 September 2021. He described the music market as undergoing a "revolution" driven by the shift from CD sales to streaming, which he said is now primarily fueled by paid subscriptions. Ladegaillerie projected that by 2027 streaming would represent nearly 80% of the market. He also stated that by the end of the decade the Asia-Pacific region would become the world's largest music market, followed by Europe, with the United States dropping to third. Ladegaillerie discussed Believe's competitive position, saying the company has signed artists who were early in their development and later became top sellers, giving Believe "attractiveness" to sign artists who previously worked with major labels such as Universal, Sony, and Warner. He noted that these competitors have lost market share in recent years. Ladegaillerie also commented on the Paris investment ecosystem, saying it lacks the maturity of American or British markets regarding growth and technology companies, and that investor education about the artist market is still in its early stages. He reiterated that Believe's model is based on offering artists "the best quality of service, respect, equity, and transparency."

Source: AI-verified profile updated from Denis Ladegaillerie's recent appearances. Browse all interviews →

Transcript (166 segments)
V
Vincent Kimbell0:00
Bonjour à tous, je suis Vincent Kimbell et bienvenue dans le Tech Show.
Mon invité aujourd'hui est à la tête d'un mastodonte de l'industrie musicale mondiale. C'est pourtant loin de ce monde qu'il a commencé : juriste de formation, il est d'abord voué à une belle carrière aux États-Unis. Mais en 2000, un accident de kitesurf le fait revenir en France. Il intègre alors Vivendi Universal et découvre l'industrie musicale. Cinq ans plus tard, il quitte un salaire confortable pour fonder Believe, une maison de disques 100% numérique. La startup devient en quelques années un géant incontournable du secteur et accompagne des artistes et des labels du monde entier. Jul, PNL ou encore Vianney leur font confiance. 17 ans après ses débuts, Believe fait aujourd'hui partie du cercle très fermé des licornes françaises. Nous recevons aujourd'hui son fondateur et directeur général, Denis Ladegaillerie. Notre invité.
Bonjour Denis, bienvenue dans le Tech Show.
D
Denis Ladegaillerie0:55
Merci, ravi d'être avec toi.
V
Vincent Kimbell0:57
Alors pour commencer, le signe de Jul... Je crois que c'est bien comme ça, voilà exactement. Pourquoi est-ce qu'on fait le signe de Jul, parce que vous avez produit Jul, enfin il est chez Believe, c'est ça ?
D
Denis Ladegaillerie1:08
On a la chance de travailler avec Jul maintenant depuis plus de 7 ans, à la fois sur le disque et puis on a produit avec lui le premier gros concert à Marseille il y a quelques mois.
V
Vincent Kimbell1:23
D'accord. Est-ce qu'il y a une explication particulière sur ce signe ? J'ai eu un doute, donc c'est Jul comme ça. Voilà. Donc on va reparler de Jul tout à l'heure bien évidemment, mais avant tout, quelle aventure Believe ! Est-ce que tu pourrais nous pitcher ce qu'est aujourd'hui Believe ?
D
Denis Ladegaillerie1:40
Le métier de Believe, c'est de développer des artistes à tous les stades de leur carrière. C'est vraiment de permettre à la fois à des artistes en développement d'être un premier tremplin à travers un service qui s'appelle Tunecore, qui leur permet de mettre leur musique disponible partout dans le monde digital, jusqu'à l'accompagnement de top artistes comme Jul ou PNL ou Vianney à travers certains des labels avec lesquels on travaille. Donc notre objectif, c'est vraiment d'avoir des solutions permettant d'accompagner les artistes dans le monde digital, quel que soit leur niveau de développement.
V
Vincent Kimbell2:07
Donc concrètement, comment ça se passe ? Moi, je suis artiste, je me connecte sur Believe, et comment ça fonctionne ?
D
Denis Ladegaillerie2:12
Alors si demain tu décides de changer de métier, de commencer à jouer du piano ou chanter, on a un service qui s'appelle Tunecore sur lequel tu peux aller (tunecore.fr), dans lequel tu peux déposer ta musique. C'est un système d'abonnement annuel, tu peux déposer autant de titres que tu veux et ça coûte 50 euros par an. Et on va rendre cette musique disponible sur l'ensemble des services de distribution, donc tes amis, ta famille, tes premiers fans pourront l'écouter via la communauté, sur Deezer, Spotify ou encore Qobuz. Et on te reverse 100% des revenus qui sont générés par cette musique. C'est la première étape de l'accompagnement. Et au fur et à mesure que tu vas te développer, on va mobiliser des équipes de plus en plus significatives pour être capables de t'accompagner en fonction de tes besoins.
V
Vincent Kimbell2:57
D'accord. Est-ce que tu peux nous communiquer en quelques chiffres le bilan de Believe ?
D
Denis Ladegaillerie3:02
Believe aujourd'hui, c'est 1700 collaborateurs dans le monde, présent dans 50 pays. On accompagne plus d'un million d'artistes aux différents stades de leur développement. Et on génère un peu plus de 750 millions d'euros de chiffre d'affaires. La société est en croissance rapide, plus de 35% de croissance organique depuis le début de l'année, profitable, génératrice de cash flow. Le rêve : une licorne rentable à forte croissance. Réussir à coupler hyper-croissance avec rentabilité. On est vraiment une histoire de croissance profitable. Aujourd'hui, on continue à investir très très fortement parce qu'on a une opportunité qui est encore très très significative. Avec 35% de croissance annuelle, tu as les opportunités dans l'intégralité des pays, donc on est toujours en fort investissement. Mais l'échelle nous permet de combiner à la fois une poursuite de l'investissement très très fort et une montée progressive de la profitabilité.
V
Vincent Kimbell3:56
Est-ce que vous avez effectué des levées de fonds ?
D
Denis Ladegaillerie3:58
Alors, on a levé très peu d'argent. C'est-à-dire qu'on a quasiment toujours intégralement autofinancé le développement de la société. On a fait une levée de fonds tout au début en 2008, au bout de 3 ans, qui nous a permis de financer une première acquisition. On a fait une deuxième en 2014 qui nous a permis de financer l'acquisition de Chew Corp. Et puis plus récemment, avec l'introduction en bourse, pour financer des acquisitions futures. Mais notre modèle, ça a toujours été d'opérer la société de manière profitable pour que la croissance organique s'autofinance, et de lever de l'argent pour financer des acquisitions.
V
Vincent Kimbell4:31
Des licornes françaises, il y en a peu. Des licornes françaises rentables, il y en a encore moins. Comment vous avez réussi un tel succès ?
D
Denis Ladegaillerie4:39
D'abord, la chose qui t'aide, c'est la nature de ton marché et la taille de ton marché. Et on a la chance d'être sur un marché de la musique qui s'organise au niveau mondial, qui se digitalise. Donc on a vraiment joué la transformation du marché des musiques digitales. Et le facteur clé de succès, c'est d'être capable de combiner trois expertises clés. Une expertise technologique : comment est-ce qu'on utilise la technologie pour construire des solutions qui n'existaient pas dans le marché ? On a des technologies propriétaires. Toutes nos technos sont propriétaires. Donc en fait, quand tu as Tunecore, quand on distribue ta musique, on a développé l'ensemble des interfaces, des systèmes qui nous permettent de la distribuer, de payer des royalties, de traquer le nombre d'écoutes sur toutes les plateformes. Tous les jours, tu pourras venir sur l'interface et voir combien de personnes ont écouté, leur sexe, leur âge, etc. Tout ce traitement de data qui est très précieux pour nous parce qu'il nous permet de guider et d'accompagner le développement des artistes. La techno, c'est un élément clé. L'expertise digitale, qui est liée à la techno, c'est en fait quand tu as toute ces données, comment est-ce que tu agis ? Comment tu fais pour augmenter et développer les audiences des artistes et augmenter leurs revenus ? L'accompagnement des artistes en plus, c'est l'accompagnement, le marketing, la promotion. Ce sont des expertises très différentes dans le monde digital du monde traditionnel. Et puis la troisième expertise, c'est l'expertise musicale, qui est la capacité à développer des relations de confiance avec des artistes, comme avec des Jul ou des PNL, pour les accompagner dans le temps. C'est vraiment cette combinaison-là qui fait qu'on a été capables de monter en échelle, d'être présents dans 50 pays et d'accompagner autant d'artistes qu'on le fait aujourd'hui.
V
Vincent Kimbell6:21
Tu disais tout à l'heure, vous avez un million d'artistes chez Believe. Comment on fait pour signer un million de contrats ? Vous êtes la plus grosse société française, et peut-être mondiale, avec un million d'artistes ?
D
Denis Ladegaillerie6:33
En fait, une des choses que je trouve assez fantastique, c'est que la technologie a permis de démocratiser l'accès au marché. Produire des CD, ça coûte très cher. Donc la plupart des artistes en développement n'avaient jamais leur CD disponible sur les différents points de vente. Dans le monde digital, tu peux être un artiste en développement et ta musique sera présente partout, sur tous les services, à travers le monde. Donc ça crée des opportunités extrêmement fortes. Et ce qui fait que dans tous les pays, on regarde tous les chiffres de streaming tous les jours. On regarde quels sont les artistes qui se développent le plus rapidement possible, et quand on voit qu'un accompagnement additionnel leur permettrait d'aller plus loin, on les contacte.
V
Vincent Kimbell7:13
Vous êtes très data-driven. Quand vous observez qu'un artiste a de bonnes stats chez Believe, derrière vous lui proposez de l'accompagner pour passer à l'étape 2, tu vois ? Et tu développes progressivement.
D
Denis Ladegaillerie7:22
Si je prends un artiste comme Jul par exemple, ce qu'il faut bien voir, c'est ce que peu de gens ont en tête : c'est le plus gros vendeur de hip-hop en France de tous les temps. Sur la décennie qui vient de s'écouler, c'est le deuxième plus gros vendeur après Johnny Hallyday, et c'est le plus gros vendeur digital. C'est un artiste extrêmement populaire. On a renégocié cinq fois avec lui des contrats différents, à chaque fois pour l'accompagner de manière plus approfondie, jusqu'à l'accompagner sur ses tournées, sur le merchandising, les t-shirts, les baskets, de manière à pouvoir approfondir ce type de service. Donc les relations se développent vraiment progressivement dans le temps. C'est très rare que tu aies des artistes qui passent de 'je suis complètement inconnu' à devenir une top star en l'espace de 6 mois. Ça n'existe pas. C'est vraiment tout un travail de développement où on mobilise progressivement des expertises de plus en plus importantes.
V
Vincent Kimbell8:14
Aujourd'hui, Believe a 17 ans. Quel était pour toi le moment le plus difficile de l'aventure ?
D
Denis Ladegaillerie8:20
Le début, en fait. C'est le début. Parce que pour donner une idée, on a commencé à travailler fin décembre 2004, début janvier 2005. Et là, tu réfléchis à ton modèle, comment est structurée l'industrie du disque, comment va se faire la transformation digitale. Et puis tu te dis : 'Bon, je pense qu'il y a une place ici.' On s'était dit : 'Je pense que le digital va permettre de démocratiser cet accès, donc on va pouvoir offrir une solution à plus d'artistes.' Donc tu commences à réfléchir à quel type de contrat je vais mettre en place, comment je vais signer les artistes, comment je vais les accompagner. Il y a une image que j'avais vue dans un livre de management que j'aime bien : l'image du hamster dans sa roue. Le nombre d'efforts qu'il faut faire pour mettre la roue en marche est extrêmement significatif avant qu'elle génère de l'inertie et qu'elle se mette à tourner. Et je trouve que quand tu montes une boîte, c'est la même chose. Notre premier bureau, c'était dans mon appartement, rue Lafayette. Donc vous avez commencé dans la cuisine. Certains commencent dans un garage, toi c'était dans la cuisine, dans le salon. Quand tu es trois, tu fais très peu de choses et donc ta capacité à bouger est relativement lente. Et ce que tu vois, c'est qu'on a généré notre premier chiffre d'affaires en juin 2005, et c'était 30 euros.
V
Vincent Kimbell9:37
Et après, combien de temps pour faire 30 euros ?
D
Denis Ladegaillerie9:38
Six mois. Six mois pour 30 euros.
V
Vincent Kimbell9:40
La première année, vous aviez fait combien ?
D
Denis Ladegaillerie9:42
La première année, on avait fait un peu plus de 100 000 euros, 130 000 euros, etc. Donc ça met beaucoup de temps. Tu te dis les deux-trois premières années : 'Wow, j'investis tout ce temps là et le marché se développe, mais il se développe quand même à une vitesse relativement lente.' Donc, est-ce que j'ai un modèle ou pas ? Tu as une incertitude relativement forte. Ça, c'était un point très fort. L'autre élément difficile, je dirais, c'est l'introduction en bourse. C'est un élément extrêmement difficile pour des raisons différentes, liées à l'incertitude. Mais oui, c'était ça les moments difficiles.
V
Vincent Kimbell10:14
Parce que l'introduction en bourse, on aurait pu penser que c'était un des plus beaux moments, et en fait tu dis que c'était un des moments les plus difficiles.
D
Denis Ladegaillerie10:21
Ouais, l'introduction en bourse, un des moments les plus difficiles. Parce qu'en fait, elle correspond à un plan de développement. Dans notre cas, on voulait lever 300 millions pour faire un certain nombre d'acquisitions et se développer. On avait déjà identifié un certain nombre de cibles. Donc tu te dis : 'Si j'arrive pas à faire ce que je veux, si j'arrive pas à faire mon introduction en bourse parce que les marchés sont pas ouverts, je vais pas pouvoir faire exactement ce que je veux. Il faudrait que j'aille faire autre chose.' Et ça crée une incertitude très forte.
V
Vincent Kimbell10:51
Donc là, tu nous as dit tout à l'heure, c'est 700 millions d'euros de chiffre d'affaires, présents dans plus de 50 pays. Et tu nous as dit que ce n'était que le début. Donc jusqu'où est-ce que vous voulez aller ? Quelles sont tes ambitions ?
D
Denis Ladegaillerie11:01
Mes ambitions, elles sont portées par deux choses. Elles sont portées par un marché qui va continuer à être en croissance très forte pendant au moins les 10 prochaines années, quand on fait les projections. Et le fait que l'histoire a démontré, y compris une histoire récente, c'est que notre capacité et notre modèle nous permet d'acquérir plus de parts de marché qu'aucun de nos concurrents. On croît entre deux et trois fois plus vite que les concurrents qui sont non digitaux, c'est-à-dire les maisons classiques. Ce que pensent les acteurs traditionnels de Believe, notre ambition, c'est de devenir leader. Leader de marché sur un certain nombre de marchés dans le top 10 des marchés mondiaux. Je pense que si tu nous donnes 20 ans, on ira chercher le leadership mondial.
V
Vincent Kimbell11:50
C'est tout ce qu'on vous souhaite. Alors Denis, on va voir si tu connais bien tes artistes. On a une petite question pour toi. Tu dois terminer la phrase. Si je te dis : 'En bande organisée, personne ne peut nous...'
D
Denis Ladegaillerie12:03
Canaliser.
V
Vincent Kimbell12:04
'Canaliser' de Jul. Bravo. Tout à fait. C'est le titre 'Bande Organisée'. J'ai regardé, rien que sur Spotify... Je te pose une question : à ton avis, sur Spotify, le titre 'Bande Organisée', combien de vues sur Spotify ? Un succès extraordinaire.
D
Denis Ladegaillerie12:19
Je te dirais pas sur Spotify, mais on était à plus de 700 millions de vues. 180 millions de streams juste sur Spotify. C'est juste incroyable, vraiment exceptionnel.
V
Vincent Kimbell12:29
Denis, on va continuer bien sûr de parler de Believe tout au long de cette émission, mais on voulait en savoir un peu plus sur toi, sur ton enfance, sur ton parcours entrepreneurial, et aussi que tu partages avec tous les futurs entrepreneurs qui regardent le Tech Show ton expérience. C'est parti pour l'interview Backstory.
Alors c'est parti pour l'interview Backstory. Tu es né à Limoges, et puis tu grandis, tu grandis même dans un petit village encore plus petit, à Écalles-Alix, dont la ville la plus proche c'est Yvetot. C'est en Normandie, c'est ça ?
D
Denis Ladegaillerie13:02
Exactement. Normandie, entre Le Havre et Rouen à peu près.
V
Vincent Kimbell13:05
Alors ton père était ingénieur et ta mère était conseillère d'orientation. Est-ce que c'est elle qui t'a orienté dans ta carrière ?
D
Denis Ladegaillerie13:13
Pas du tout. J'ai vraiment toujours été libre de mes choix, sans pression. Dans mes débuts de carrière, j'avais plutôt envie de partir à l'étranger, donc la voie d'avocat m'a permis de le faire dans un premier temps. Et puis après, ce sont vraiment les circonstances qui ont abouti à Believe.
V
Vincent Kimbell13:29
Petit, tu es plutôt bon élève et tu joues du hautbois. Est-ce que cette passion pour la musique était déjà présente dès ton enfance ?
D
Denis Ladegaillerie13:37
Je ne dirais pas que c'était une passion, j'aimais beaucoup la musique. J'ai fait le conservatoire à partir de 7 ans. Il y avait un conservatoire national où j'habitais. Je voulais faire du piano, mais un piano c'est gros, ça prend de la place, et je n'ai pas suffisamment insisté. Quand je suis arrivé au conservatoire, le directeur m'a dit : 'Tant de bras, fait ça.' Et j'ai dit : 'Non, je ne veux pas du tout.' J'ai réussi à éviter le violon que je ne voulais pas, et puis j'ai fait du hautbois pendant quelques années, ce qui m'a permis après d'évoluer et pour m'amuser, faire un peu de piano. Mais on n'a pas assez réussi à se procurer un hautbois. On t'a quand même réservé une petite surprise, tu verras tout à l'heure. Je ne t'en dis pas plus.
V
Vincent Kimbell14:16
Donc à partir du temps, après le bac, tous les étés tu travailles en tant qu'ouvrier dans le bâtiment. Ce n'est pas habituel pour quelqu'un qui devient avocat après.
D
Denis Ladegaillerie14:27
Ça a été une expérience fantastique. Le fait de bosser, de gagner de l'argent dans un milieu qui était complètement différent de mon milieu familial. C'est une expérience super enrichissante. Regarde, un bon souvenir. Un très bon souvenir. Et je dirais une des vraies leçons du métier, c'est de voir que toi, tu peux (ce qui était mon cas) avoir eu la chance de grandir dans un milieu familial favorisé qui permet de faire des études, et de voir des gens qui n'ont pas eu la même chance que toi, qui n'ont pas eu accès aux mêmes portes, aux mêmes opportunités. Ça, c'est vraiment quelque chose qui est resté chez moi.
V
Vincent Kimbell15:00
Ensuite, tu pars aux États-Unis, à l'université de Duke en Caroline du Nord, et en 97 tu passes le barreau de New York. Donc là, tu es parti pour faire une belle carrière d'avocat. Tu as d'abord l'opportunité de rejoindre un grand groupe, donc Vivendi, une filière devient D.H. chez MP3.com, et c'est là en fait que tu vas découvrir le web mais aussi l'industrie musicale.
D
Denis Ladegaillerie15:24
Ouais, c'est là que j'ai fait mon éducation. Il faut se rappeler qu'en 99, 2000, le classement des groupes les plus puissants dans le digital : numéro 1, c'était Microsoft avec MSN ; numéro 2, c'était Yahoo ; et numéro 3, c'était Vivendi, puisque Vivendi avait acheté MP3.com. Donc c'était une expérience absolument incroyable qui m'a permis d'aller voir un ensemble de business models dans la musique, dans le jeu vidéo, les premières expériences de VOD. Vraiment, m'éduquer sur le sujet. La très grande chance et le très grand apport de Vivendi pour moi, ça a été deux choses : dans cet environnement incroyable, au tout début de l'adoption du web, de voir quels étaient les secteurs sur lesquels le digital ou la transformation digitale apportait vraiment une valeur différente aux consommateurs, et puis d'avoir une vraie compréhension des modèles et de ce qui pouvait fonctionner.
V
Vincent Kimbell16:28
On a quand même décidé de quitter le métier d'avocat pour rejoindre déjà cette industrie, c'est déjà un premier risque, quand même.
D
Denis Ladegaillerie16:32
Ouais, mais en fait on m'a posé la question pas mal à l'époque. Mais je dirais, c'est plus une manière de réfléchir franco-française. Les gens m'ont dit : 'Mais tu as fait des études de droit, tu as payé cher pour avoir ton diplôme, et tu es avocat international, pourquoi tu continues pas ?' Mais en fait, moi je ne suis pas quelqu'un de technicien au cœur. Être avocat, c'est un métier de technicien. Donc pour moi, c'était vraiment dès le début une passerelle vers autre chose. Et tout l'apprentissage que j'ai eu comme avocat, que j'ai eu chez Vivendi, ce sont autant de choses qui m'ont nourri quand j'ai commencé l'aventure entrepreneuriale en 2004.
V
Vincent Kimbell17:13
Tu hésites entre la France et les États-Unis, mais tu es victime d'un accident, un accident de kitesurf. Je pense que ça doit être un souvenir douloureux, mais en même temps, ça a été aussi un coup de pouce du destin, c'est ce qui t'a fait revenir en France. Tu veux nous parler de cet épisode ?
D
Denis Ladegaillerie17:31
En fait, j'ai hésité beaucoup à l'époque parce que je commençais à me poser la question : est-ce que je vis aux États-Unis ou est-ce que je rentre en Europe ? Et j'avais plutôt envie de rentrer en Europe. Et en fait, comme tu dis, j'ai un accident de kitesurf, et c'était assez brutal parce que j'ai une hernie cervicale, j'ai failli rester tétraplégique. Donc je me suis dit : 'Je vais rentrer en Europe pour ma convalescence, parce que la Californie c'est loin.' Mais j'avais envie d'être plus près de mes amis, plus près de mes parents. Et c'est ce qui fait qu'après, j'ai regardé plus d'opportunités en Europe. En fait, j'ai décidé de rester en Europe plutôt que de repartir aux États-Unis. Ouais, d'un point de vue géographique, ça a été un déclic.
V
Vincent Kimbell18:15
Et c'est pendant cette convalescence que tu as eu l'idée de Believe ? Ce que je trouve génial dans ces phases de transition, là, et je les conseille à tout le monde pour les gens qui se posent des questions à un moment ou un autre, c'est d'être complètement ouvert.
D
Denis Ladegaillerie18:22
Je suis rentré en France et les gens m'ont dit : 'Qu'est-ce que tu fais ?' Je leur dis : 'Je ne sais pas, je réfléchis. J'ai une expertise digitale, je sais que j'ai envie d'être entrepreneur parce que j'ai déjà été dans des gros groupes. Je sais que j'ai un jugement qui est pas mal sur ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. J'ai une expertise du digital, mais dans quel secteur, je ne sais pas.' Et en fait, quand tu fais ça, tu as énormément d'opportunités. C'est très intéressant, parce que parfois tu as des salariés qui veulent devenir entrepreneurs et ils se disent : 'Moi, je reste salarié et quand j'aurai la bonne idée, la bonne équipe, tout ça, je quitte pour me lancer.' Et toi, là, ce que tu dis, c'est qu'on peut peut-être quitter, se dire : 'Je me laisse six mois pour réfléchir, trouver le projet qui me correspond le mieux, et ensuite on se lance.' C'est ça ?
Exactement. Et tu vois, ça c'est une vraie conviction. J'avais un de mes amis avec qui je bossais à New York qui a fait exactement ça. Il était chez Goldman Sachs, il a quitté son job sans rien, et il avait encore des dettes d'étudiant à l'époque, même s'il gagnait bien sa vie. Et c'était en 99, et il m'a dit : 'Il y a tellement d'opportunités que je trouverai bien.' Heureusement moi je lui avais dit : 'Mais tu es malade de quitter un job bien payé ?' Mais oui, c'est compliqué de trouver l'idée quand on a la tête dans le guidon dans un grand cabinet. Et quand tu es libre et que tu l'exprimes au monde, le monde vient à toi, en fait. Oui, et je pense que c'est une vraie manière de bien réfléchir à ce que tu veux faire après.
V
Vincent Kimbell19:52
Alors tu décides de t'associer avec l'ex-chef de projet de Sony Music France, donc Arnaud Chiaramonti, qui connaît la musique lui côté production, et Nicolas Laclias qui lui s'occupe plus de la partie artistique. Et ces moments étaient difficiles car à l'époque tu ne savais même pas ce que c'était que créer une boîte, et donc tu as dû apprendre sur le terrain.
D
Denis Ladegaillerie20:13
Alors en fait, tu as deux choses. Moi, ce qui a été l'expérience intéressante, c'est la première : quand tu réfléchis à la manière dont tu crées une boîte, la capacité à le faire à deux ou trois, ton enrichissement est beaucoup plus fort. Dans le cas des discussions avec Arnaud, moi, quand je suis sorti de Vivendi, je connaissais extrêmement bien tous les modèles qui fonctionnaient dans le monde digital, parce qu'on a travaillé sur les premières expériences de téléchargement, les premiers services de streaming, etc. Ça, je connaissais très bien. En revanche, comment tu develops un artiste, comment tu l'accompagnes en studio, comment tu l'enregistres, comment tu l'aimes, je n'avais pas la moindre idée. Et Arnaud, lui, connaissait ça, mais il ne connaissait pas le digital. Donc on a eu des échanges complémentaires. Il faut trouver des associés complémentaires. Lui, il me disait : 'Non, mais il faut faire ça, il faut utiliser le digital pour ça.' Je lui disais : 'Non, non, mais pas du tout, ça ne marche pas.' Et moi, je lui disais : 'Mais pourquoi est-ce qu'on ne fait pas ça ?' Il me disait : 'Non, mais tu ne connais rien au développement d'artiste, c'est un métier, c'est comme ça que tu fais.' Et je dirais l'autre chose à avoir en tête, c'est que quand j'ai fait l'étape pour devenir entrepreneur, tu redécouvres un métier. Moi, j'avais été avocat international, quand j'étais chez Vivendi j'étais directeur financier stratégique et financier du groupe. Donc quand on a monté la boîte, je me suis dit : 'C'est bon, fingers in the nose, je vais faire des statuts de boîte, ouvrir un compte bancaire, etc.' Sauf qu'en fait, quand j'étais directeur financier, j'avais 15 personnes qui bossaient pour moi. Quand j'étais avocat, il y avait des assistantes, etc. Je n'avais jamais rédigé ou déposé des statuts, je n'avais jamais créé un compte en banque. Donc en fait, tu découvres tout. Et puis après, tu te dis : 'Tiens, bah ce serait bien que je recrute un premier stagiaire ou une première personne. Où est-ce que je pose des annonces ? Comment je fais ?' Tu dois tout faire. Tu changes les ampoules, tu dois changer les enjeux.
V
Vincent Kimbell22:14
Au début des années 2000, c'est le début du piratage informatique. Est-ce que c'est là que ça te donne l'idée de Believe ?
D
Denis Ladegaillerie22:28
Alors à l'époque, moi ce qui m'a donné l'idée, c'est que j'avais acheté très tôt les premiers lecteurs de MP3, les trucs dans lesquels tu mettais une cinquantaine de chansons, et ils étaient pleins avant les sorties de l'iPod. C'était Archos à l'époque, Sony qui faisait quelques lecteurs. Et je m'étais dit : 'Wow, c'est génial de passer du lecteur de CD baladeur qui sautait quand tu voulais faire ton jogging à ça.' Et je m'étais dit immédiatement : l'amélioration de l'expérience consommateur est géniale. Donc ça va se développer, et c'est là que sera l'avenir. J'avais assez peu de doutes. Et à l'époque, la philosophie dominante c'était que, dans le passage au digital, il faut bien se rappeler, la musique sera gratuite. Les gens disaient : 'La musique sera gratuite, parce qu'un fichier numérique ça ne coûte rien à distribuer, alors qu'un CD il y a un boîtier, etc.' Le raisonnement que faisaient les gens, c'était que quand tu produis un disque ou un album, ce qui coûte cher, c'est le CD ou la boîte. La réalité dans le monde de la musique, c'est que ce qui coûte cher, c'est de faire passer un artiste en studio, de produire la musique elle-même. Et ce qui coûte encore plus cher, c'est de le développer, tous les moyens mis en œuvre pour l'apprentissage, la promotion, etc. Donc mon raisonnement à l'époque a toujours été de dire : 'Non, la musique ne sera pas gratuite, parce que pour développer des artistes, il faut mettre des moyens significatifs.' Et le piratage nous montre quoi ? Il nous montre que les gens consomment plus de musique qu'ils n'en ont jamais consommé. Certes, ils ne paient pas, ils ont accès à tout. Mais ça veut dire qu'ils ont un besoin et qu'ils le veulent comme ça. Donc il faudra forcément qu'à un moment il y ait une monétisation pour qu'on puisse rémunérer les artistes, rémunérer tout le processus de création et d'accompagnement des artistes. À l'époque, on était dans un système où tout le monde disait : 'La musique deviendra gratuite.' Et la croyance, c'était vraiment de dire : 'Non, on a un écosystème qui va se reconstituer.'
V
Vincent Kimbell24:36
Alors Denis, pendant 4 ans tu te finances sur tes économies, et c'est en 2009 que Believe devient vraiment rentable. Est-ce que tu peux nous expliquer comment vous êtes devenu rentable ?
D
Denis Ladegaillerie24:44
En fait, avec le début de la montée en échelle et toute la partie début de développement. Pendant la période entre fin 2004, début 2005 et 2007, on n'avait pas levé d'argent. Donc en fait tu finances tout. Quand tu finances, tu fais extrêmement attention à tes coûts. J'avais investi l'argent que j'avais gagné quand j'étais avocat. Je n'ai pas pris de salaire pendant trois ans pour pouvoir financer le développement. Et puis, au fur et à mesure, quand tu vois que tu peux commencer à développer un petit peu plus, accélérer, lever de l'argent, là ça te permet de passer à une autre étape. Mais tu vois, dans le développement de la boîte, j'avais vu tellement de boîtes dans la première phase de développement du web qui se développaient très vite en brûlant beaucoup d'argent, beaucoup de cash, que je me suis dit : 'Non, moi, ça, c'est un modèle que je ne veux jamais. Je veux un modèle dans lequel la boîte génère du cash, parce que c'est la condition pour être maître de ton destin.' Et 20 ans plus tard, là on est en train de reprendre conscience que la rentabilité, c'est quand même quelque chose d'important. Là, on voit les investisseurs s'adresser plus à la rentabilité qu'il y a quelques années. Mais j'ai envie de dire qu'il y a des modèles sur lesquels tu es obligé d'être en perte pour te développer, d'être en perte pendant des périodes longues. Mais il faut que tu sois certain de ton équation économique fondamentale. Parfois on lève, on investit, mais ça ne devient jamais rentable parce que l'équation n'est pas bonne. Nous, on a toujours sur chacun des contrats qu'on a faits avec les artistes, on a toujours gagné de l'argent. Donc on savait qu'on avait un modèle fondamentalement sain. Et il y a quelques périodes sur lesquelles on a décidé d'accélérer, d'investir un tout petit peu plus, mais avec un modèle sain derrière.
V
Vincent Kimbell26:58
En 2012, c'est le tournant. Believe est référencé par Apple dans 53 pays. C'est considérable. Et à cette époque, vous n'êtes pas encore vraiment pris au sérieux. Est-ce que c'est difficile ?
D
Denis Ladegaillerie27:10
À cette époque-là, ce qui s'est passé, ce qui était assez amusant, c'est qu'Apple vient nous voir et nous dit en octobre 2012 : 'Je vais ouvrir 53 nouveaux pays. Et je vais référencer trois sociétés pour m'accompagner dans ces 53 nouveaux pays, parce que je ne veux pas signer d'artistes ou de labels locaux. Est-ce que vous êtes capables de m'accompagner ? Débrouillez-vous, mettez des gens dans les pays pour être capables de m'accompagner.' Et donc ça a été trois mois de folie pour aller recruter des gens dans les différents pays. Et on a recruté des gens qui maintenant sont nos patrons de région sur l'Asie, Sylvain Delange, ou Victoria Sinascaria sur l'Europe de l'Est, pour être capables de développer le business dans ces activités-là. Et ça a été un vrai pari.
V
Vincent Kimbell28:05
Imaginer en 2004 que en 2022 vous feriez 700 millions de chiffre d'affaires, 1800 personnes, est-ce que tu aurais pu imaginer ça ?
D
Denis Ladegaillerie28:13
Non, tu ne penses pas vraiment comme ça. Et tu vois, pour revenir au sujet de l'ambition, la manière dont je réfléchis, c'est qu'il est important de t'élever, d'élever tes ambitions à chaque étape et de dire : 'Maintenant j'ai fait ça, où est-ce que je peux aller ?' Et une discussion en ce moment dans nos préparations de budget, quand je vais voir les patrons de pays — il y a beaucoup de pays aujourd'hui sur lesquels on est troisièmes sur le marché, ou deuxièmes, ou avec des parts de marché significatives. La question que je leur pose, c'est : 'OK, quand est-ce que tu seras numéro 1 sur ton marché ?' Et avant que je leur pose cette question-là, ils n'ont pas forcément réfléchi en termes d'ambitions comme ça. [Ils se disent :] 'Ça fonctionne vachement bien, le business se développe très bien, mais est-ce que je peux devenir numéro 1 ?' Et tu vois une lumière qui s'allume en disant : 'Bah ouais, en réalité je n'avais pas réfléchi comme ça, mais oui, j'ai tous les moyens pour devenir leader de marché, parce que j'ai les bonnes personnes, les bonnes expertises, le bon modèle, etc.'
V
Vincent Kimbell29:17
En 2021, vous passez un grand cap, vous devenez une licorne française, je crois qu'il y en a 26 en France, et vous entrez en bourse. En quoi est-ce que c'était important pour toi de t'introduire en bourse ?
D
Denis Ladegaillerie29:30
S'introduire en bourse a plusieurs intérêts importants. Le premier, c'est que tu passes d'une gouvernance assez financière avec des fonds à une gouvernance indépendante. Nous, on a pris beaucoup de temps pour recruter un conseil d'administration. Je voulais un conseil d'administration qui soit à parité homme-femme. Avant, on avait que des hommes à notre conseil d'administration. Donc on a cherché beaucoup de sociétés, et aujourd'hui on a plus de femmes à notre conseil d'administration que d'hommes, avec des expertises spécifiques qu'on est allé chercher : des personnes qui avaient une expérience très forte dans le digital dans le domaine des médias, comme Cécile Frot-Coutaz ou Orlaunane Cécile qui était chez YouTube, orlike qui était chez Adeline, donc des gens qui avaient vraiment des expériences, et d'autres. Donc ça change vraiment ta dynamique, parce que tu as une qualité d'accompagnement plus forte. Et puis la deuxième chose, c'est que l'introduction en bourse est un accélérateur de structuration. Tu es obligé de te poser des questions profondément sur ton modèle, et ça accélère l'intégralité de tes processus.
V
Vincent Kimbell30:50
Alors Denis, on a préparé l'interview Confession. C'est parti pour l'interview Confession.
Alors Denis, dans cette interview tu vas devoir te livrer comme jamais, et on compte sur toi pour parler avec ton cœur. Alors, on est sympa au Tech Show, donc tu as le droit à deux jokers. Denis, est-ce que tu es prêt ?
D
Denis Ladegaillerie31:11
Je suis prêt.
V
Vincent Kimbell31:12
La chose qui te fait lever chaque matin ?
D
Denis Ladegaillerie31:13
J'ai une épouse, des enfants merveilleux. J'adore ce que je fais au boulot. Donc aucun problème à me lever le matin.
V
Vincent Kimbell31:21
La plus grande addiction ?
D
Denis Ladegaillerie31:23
Je n'ai pas d'addiction. Je dirais... le kitesurf, peut-être. Ou le travail.
V
Vincent Kimbell31:35
L'autre métier que tu aurais adoré faire, sachant que tu as déjà fait pas mal de métiers ?
D
Denis Ladegaillerie31:38
J'ai fait un test il y a quelques années, je me suis amusé, j'ai fait un test MBTI, le test de compétences par curiosité en ligne. Et ce qui est ressorti, c'est : 'Vous devriez être entrepreneur dans la musique.' Donc je pense que c'est là où je devrais être.
V
Vincent Kimbell31:56
Est-ce que tu penses que dans la tech on peut devenir le roi du monde ?
D
Denis Ladegaillerie31:59
Je pense qu'il faut toujours rester humble sur ce que tu fais et avoir la bonne vision de ce à quoi tu contribues. Nous, on a la capacité à avoir du leadership sur notre marché. Dans notre mission d'accompagner des artistes, oui, on va avoir des ambitions très élevées. C'est déjà suffisant.
V
Vincent Kimbell32:18
Le plus important pour toi, c'est la famille ou le travail ?
D
Denis Ladegaillerie32:21
Je dirais la famille, évidemment. Aucun doute là-dessus.
V
Vincent Kimbell32:25
Si tu devais échanger ta vie avec quelqu'un, ce serait qui ?
D
Denis Ladegaillerie32:28
Denis Ladegaillerie me convient parfaitement. Très, très heureux, bon équilibre.
V
Vincent Kimbell32:35
Quel est l'entrepreneur qui t'a le plus inspiré dans ta carrière ?
D
Denis Ladegaillerie32:38
Je pense que la capacité de Steve Jobs à développer l'innovation est absolument remarquable. Pour rester chez Apple, la manière dont Tim Cook réfléchit, notamment avec un mantra : 'People, strategy, execution' dans cet ordre. Je pense que c'est tout à fait juste. Et puis des gens comme Reed Hastings chez Netflix, ce qu'il a fait, la réflexion sur le modèle, la réflexion sur la manière dont il gère les équipes, l'innovation.
V
Vincent Kimbell33:08
Tu t'inspires beaucoup des Américains ?
D
Denis Ladegaillerie33:11
Ouais, il y a pas mal d'Américains.
V
Vincent Kimbell33:13
Est-ce qu'il y a un entrepreneur français qui t'inspire ?
D
Denis Ladegaillerie33:15
Xavier Niel, je trouve ça un succès. La capacité à avoir du succès à la fois avec Free, avec Station F, sur un ensemble de secteurs, avec l'école 42, et de contribuer socialement au développement d'un ensemble d'écosystèmes, c'est remarquable.
V
Vincent Kimbell33:35
Est-ce que tu as un mentor ?
D
Denis Ladegaillerie33:37
Non, je n'ai pas de mentor.
V
Vincent Kimbell33:39
Est-ce que tu as déjà menti à quelqu'un volontairement ?
D
Denis Ladegaillerie33:41
Non. Ça pourrait créer certaines jalousies.
V
Vincent Kimbell33:45
Quel est ton ou ta chanteuse préférée ?
D
Denis Ladegaillerie33:48
Je suis extrêmement varié en style. Je vais du hip-hop français, donc je vais écouter Jul, je vais écouter... Il y a quelques semaines, on avait un artiste allemand qui s'appelle Alligatoah, qui est du heavy metal, complètement.
V
Vincent Kimbell34:02
Est-ce que tu écoutes aussi des artistes qui ne sont pas chez Believe ?
D
Denis Ladegaillerie34:05
J'essaie de me concentrer d'abord sur les artistes de Believe. Et on a une diversité suffisamment formidable pour que ça suffise à mes besoins d'écoute.
V
Vincent Kimbell34:18
Est-ce que tu as encore des rêves ?
D
Denis Ladegaillerie34:21
Il faut encore avoir des rêves. Donc à la fois professionnel et personnel. Donc ouais, bien sûr.
V
Vincent Kimbell34:25
Et tu veux nous les partager ? Tu peux utiliser ton joker. Je te laisse les garder. Premier joker utilisé.
La chose que tu n'avoueras jamais ?
D
Denis Ladegaillerie34:34
Il n'y en a pas. Je mène une vie dans laquelle je suis aligné le plus possible de mes valeurs avec la réalité de ce que je suis. Donc non, je te dirais qu'il n'y a pas.
V
Vincent Kimbell34:44
Ton dernier fou rire ?
D
Denis Ladegaillerie34:48
C'est avec mes enfants, il y a quelques jours à la maison.
V
Vincent Kimbell34:55
Ton endroit préféré ?
D
Denis Ladegaillerie34:57
C'est la maison. On a une maison dans le Sud-Ouest, à Hossegor.
V
Vincent Kimbell35:03
Est-ce que tu as déjà dit à un chanteur que tu adorais ce qu'il faisait alors que c'était pas vrai ?
D
Denis Ladegaillerie35:07
Non, pas du tout. Donc si tu n'aimes pas, tu lui dis : 'Écoute, ça ne marche pas pour moi, je n'aime pas.' Et l'artiste ne te demande pas forcément non plus.
V
Vincent Kimbell35:16
Si demain c'était la fin du monde, qu'est-ce que tu ferais pour ton dernier jour ?
D
Denis Ladegaillerie35:21
Je le passerai avec ma famille.
V
Vincent Kimbell35:23
Est-ce que tu as dit toute la vérité pendant cette interview ?
D
Denis Ladegaillerie35:25
Oui.
V
Vincent Kimbell35:27
Bon, merci beaucoup. Merci Denis pour ta sincérité. Denis, on te l'a dit tout à l'heure, maintenant on va tester tes connaissances musicales. C'est l'heure de te soumettre à notre blind test. C'est parti. Mais on est sympa cette fois, on a décidé d'être plus sympa que d'habitude puisque ce ne sont que des artistes de Believe. Donc d'un côté on est sympa puisque ce sont que des artistes de Believe, mais de notre côté, si tu ne trouves pas, c'est un peu la honte pour toi. Comme il y a un million d'artistes sur Believe, ce n'est peut-être pas si facile que ça. Mais on n'a pas été trop dur avec toi, on a essayé de ne pas te mettre trop de pièges. Est-ce que tu acceptes ce challenge ?
D
Denis Ladegaillerie36:02
J'accepte le challenge.
V
Vincent Kimbell36:05
C'est parti pour le premier titre.
Ce n'est pas grave, tu as le droit sur tout le catalogue de ne pas en connaître une. La deuxième, elle est vraiment facile, donc je pense que tu vas trouver. C'est parti.
Petit Biscuit ! Petit Biscuit.
Alors là, la prochaine, c'est sûr que tu la connais parce qu'on en a parlé. C'est parti.
D
Denis Ladegaillerie36:58
Bande Organisée, Jul. Bravo, génial.
V
Vincent Kimbell37:01
Allez, plus que deux. La cinquième, c'est parti. Plus dur.
La dernière pour faire le quasi sans faute.
D
Denis Ladegaillerie37:20
Ma p'tite.
V
Vincent Kimbell37:20
De t'embrasse. Bravo en tout cas, tu connais bien tes artistes. Il y en a un million, donc on ne peut pas les connaître tous. Donc bravo Denis. C'était vraiment réussi.
Denis, j'imagine que maintenant tu es un spécialiste des fusions-acquisitions. Est-ce que tu peux nous raconter comment vous avez procédé à des croissances externes ? Est-ce que ta formation d'avocat t'aide dans ce genre d'opération ?
D
Denis Ladegaillerie37:45
Oui, bien sûr. On a fait une vingtaine d'opérations sur les 7 dernières années, on fait à peu près entre 3 et 5-6 par an. La part de croissance externe par rapport à la croissance organique est relativement faible, à peu près une dizaine de pour cent. Donc c'est principalement de la croissance organique. Et en acquisition, on a développé un modèle où on est extrêmement ciblé. C'est-à-dire qu'on va faire des acquisitions... Tu vois, on écoutait Vianney par exemple. Vianney, c'est un artiste signé sur Tôt ou Tard, qui est un label fondé par Vincent Frérot, qui est un artisan extraordinaire du développement d'artistes en France. Et M. Peter également. Donc en fait, on va identifier des sociétés comme ça sur lesquelles il y a un fondateur ou des fondateurs qui ont une qualité artistique, une qualité dans le développement d'artistes extrêmement élevée, avec lesquels on va s'associer pour les aider à accélérer leur transformation digitale.
V
Vincent Kimbell38:46
Vous rachetez des entreprises traditionnelles ou vous rachetez des entreprises tech ?
D
Denis Ladegaillerie38:50
On fait un peu les deux. On fait du traditionnel sur des segments de marché qu'on veut accélérer, et puis on fait ce qu'on appelle des acquisitions tech pour acquérir des fonctionnalités qu'on intègre ensuite complètement dans les outils qu'on met à la disposition des artistes.
V
Vincent Kimbell39:08
Denis, on sait que tu sais jouer du hautbois, mais on sait aussi que tu t'es mis au piano. Il n'y a pas très longtemps, tu t'es mis au piano ?
D
Denis Ladegaillerie39:18
Je ne suis pas encore un expert du piano. Je m'y suis remis il y a deux ans à peu près.
V
Vincent Kimbell39:25
Ben c'est parti pour le défi de l'invité. Le défi est simple : tu es quand même le patron de Believe, donc quelqu'un d'important dans l'industrie musicale. Le défi, c'est de nous jouer quelque chose. À l'issue de ça, on pourra demander en commentaire à tous les internautes s'il te produirait ou pas.
D
Denis Ladegaillerie39:45
Juste en introduction pour bien mettre le contexte, c'est que je n'ai aucune vocation à être produit. Comme tu l'as dit, parfois on diffuse sur Believe, et puis après, ce qui peut arriver, on a des directeurs artistiques qui connaissent très bien le métier et les artistes. Donc moi, c'est pour mon plaisir.
V
Vincent Kimbell40:05
OK, alors c'est parti.
D
Denis Ladegaillerie40:07
J'ai une petite impro sur des premiers morceaux sur lesquels j'ai appris le piano il y a très longtemps. Donc juste quelques notes. Ça va peut-être vous dire quelque chose.
V
Vincent Kimbell40:26
Ça est-ce que ça te dit quelque chose ?
D
Denis Ladegaillerie40:29
Non.
V
Vincent Kimbell40:49
Je te survivrai ? C'était non. C'était 'Don't Leave Me Now' de Supertramp.
Exceptionnel. Bon, bah tu as relevé le défi de l'invité. Moi je te dis, je ne suis pas certain que je t'aurais produit, mais en tout cas c'était sympa.
D
Denis Ladegaillerie41:10
Moi, je suis certain que tu ne m'aurais pas produit. Mais en tout cas, c'était merci beaucoup. Je suis mieux au service des artistes.
V
Vincent Kimbell41:19
C'est bien quand même, de temps en temps, de montrer que toi aussi tu sais jouer. En tout cas, merci beaucoup à Denis de t'être prêté au jeu. Denis, j'ai une mauvaise nouvelle à t'annoncer : c'est bientôt la fin de ton Tech Show. C'est le moment de se quitter, et on finit toujours par une interview en partant. C'est parti pour l'interview en partant.
Denis, qu'est-ce que tu te dis en partant de chez une startup dans laquelle tu vas investir ?
D
Denis Ladegaillerie41:43
Je n'investis pas dans les startups, je concentre 100% de mon temps sur Believe.
V
Vincent Kimbell41:47
Qu'est-ce que tu te dis en partant du travail ?
D
Denis Ladegaillerie41:49
Je ne sais pas. 'Une super journée' en général.
V
Vincent Kimbell41:52
Qu'est-ce que tu te dis quand tu es parti de chez Apple ?
D
Denis Ladegaillerie41:54
Toujours impressionné par la capacité opérationnelle d'exécution de cette boîte.
V
Vincent Kimbell42:00
En partant de chez Vivendi ?
D
Denis Ladegaillerie42:02
Vincent Bolloré est un dealmaker assez extraordinaire.
V
Vincent Kimbell42:07
En partant en vacances ?
D
Denis Ladegaillerie42:09
En partant en vacances, est-ce qu'il y aura du vent ? Et tu arrives à déconnecter quand tu pars en vacances ? Ça dépend. Il y a des années où tu arrives à déconnecter, et puis il y a des années où il y a une opération, autre chose.
V
Vincent Kimbell42:20
En partant d'un super concert d'un de tes artistes ?
D
Denis Ladegaillerie42:22
Qu'est-ce que je fais un métier génial.
V
Vincent Kimbell42:25
En partant d'un concert nul de tes artistes ?
D
Denis Ladegaillerie42:28
Je ne vais pas énormément au concert, je suis assez sélectif, donc je n'ai pas d'expérience.
V
Vincent Kimbell42:33
En partant de chez Emmanuel Macron ?
D
Denis Ladegaillerie42:36
Quel succès de réalignement notamment sur la French Tech, toutes les initiatives qui ont été prises. Bravo.
V
Vincent Kimbell42:44
En partant de chez un concurrent ?
D
Denis Ladegaillerie42:46
Qu'est-ce qu'on est bien positionné pour reprendre des parts de marché.
V
Vincent Kimbell42:50
En partant de chez ton meilleur employé ?
D
Denis Ladegaillerie42:51
Qu'est-ce que c'est fabuleux de voir des collaborateurs se développer.
V
Vincent Kimbell42:55
En partant de chez toi ?
D
Denis Ladegaillerie42:57
J'ai des enfants et une épouse merveilleuse.
V
Vincent Kimbell43:00
En partant d'un deal réussi ?
D
Denis Ladegaillerie43:02
C'est un travail d'équipe. Donc c'est la capacité de construire des choses ensemble.
V
Vincent Kimbell43:08
Qu'est-ce que tu dis en partant de la France ?
D
Denis Ladegaillerie43:11
Quel bon endroit dans lequel être entrepreneur.
V
Vincent Kimbell43:17
En partant de chez celui qui t'a mis des bâtons dans les roues ?
D
Denis Ladegaillerie43:20
En général je ne vais pas le voir.
V
Vincent Kimbell43:24
Et enfin, dernière question de ton Tech Show : qu'est-ce que tu te dis en partant de cette émission ?
D
Denis Ladegaillerie43:27
Quand est-ce que je pourrais revenir ?
V
Vincent Kimbell43:30
Avec plaisir, tu reviens quand tu veux. Alors Denis, vraiment, j'ai passé un super moment. Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation. On a été vraiment ravis de te recevoir au Tech Show. Merci beaucoup à notre partenaire Forze, merci à notre partenaire Exelmans, merci à toutes les personnes qui ont travaillé sur le Tech Show. Bien sûr, toutes les équipes de Serge Kalfon, magnéto Serge, merci à Vanessa Mérité d'European Digital Group, à Solal Daun, Debout Lemon, bien sûr à John de Maillot, à Valérie Teixeiro, ainsi que toutes les équipes qui ont pu travailler sur ce Tech Show. Et d'ici là, d'ici le mois prochain, d'ici le prochain Tech Show, restez connectés.