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Thierry Caye
Chief Technology Officer, Lectra

Industrie 4.0 : Comment développer des solutions sur mesure ? Avec Thierry Caye, CTO chez Lectra

🎥 Jul 01, 2024 📺 AXOPEN - Le podcast tech & développement ⏱ 57m 👁 378 views
Bienvenue dans le 33e épisode de notre série de podcasts dédiée aux experts de l’informatique ! Pour l'occasion, Philippe reçoit Thierry Caye, CTO chez Lectra, pour discuter de l'Industrie 4.0 et de ses implications dans le monde industriel. Ensemble, ils explorent les technologies qui révolutionnent les entreprises, en se focalisant sur des cas concrets et des enjeux stratégiques comme la sécurité des données, l'IA ou encore la RSE. Au programme : 00:00 : Introduction 00:24 : Le premier projet informatique de Thierry 01:50 : Présentation de Thierry 03:19 : Présentation de Lectra 06:48 : Qu’...
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Transcript (75 segments)
P
Philippe0:02
Bonjour à tous. Aujourd'hui je suis en compagnie de Thierry Caye, CTO chez Lectra. Bonjour Thierry.
T
Thierry Caye0:15
Bonjour Philippe.
P
Philippe0:18
On se retrouve tous les deux aujourd'hui pour parler industrie 4.0 et plus spécifiquement du développement de solutions dédiées. Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, j'aimerais comme d'habitude qu'on fasse un petit saut dans le passé. Est-ce que Thierry, tu peux nous raconter ton premier projet informatique ?
T
Thierry Caye0:33
Alors ça va pas être un petit saut, je te propose un très grand saut dans le passé. Je donnerai pas mon âge mais ça situe au milieu des années 80. On va dire j'avais une petite douzaine d'années. Avec deux potes, on passait des journées, je venais d'avoir mon premier Oric Atmos. Donc pour ceux de ma génération ça va leur parler. On passait des journées à recopier du code sur des magazines logiciels. Donc c'était très très sympa et on en a profité pour finalement apprendre et développer. On avait développé un casse-briques. Donc premier travail, premier projet et premier travail en équipe à trois. Donc voilà, super souvenir.
P
Philippe1:13
C'est dingue parce qu'en fait quand je demande, quand je pose cette question aux gens, ils ont toujours un truc incroyable à raconter d'une techno que à mon avis 90% des gens qui nous écoutent ne connaissent pas. Et pour le coup même moi je ne connais pas ces technos et pourtant les vieilles technos ça me connaît. Tu es trop jeune donc c'est...
T
Thierry Caye1:28
C'est un PC Commodore. Donc le début, branché sur la télé. Donc voilà, c'était du BASIC. Donc premier langage qui était utilisé, on recopiait des lignes et voilà, super sympa. Et on a détourné petit à petit donc la passion que j'avais sur l'informatique tout gamin, voilà, ça a commencé par là.
P
Philippe1:48
Maintenant qu'on a écouté, enfin qu'on a entendu ton premier projet, est-ce que tu peux nous raconter un petit peu en quelques mots ta vie, ton œuvre, qui tu es et ton parcours ?
T
Thierry Caye1:57
Alors très très rapidement, je pense que tu l'as compris, je suis passionné par la tech donc je suis un peu tombé dedans. Donc en tant que CTO, je pilote la recherche et développement chez Lectra, c'est-à-dire tout le design des solutions que l'on propose à nos clients. Donc c'est un large éventail, on aura l'occasion d'en parler notamment via l'industrie 4.0, mais c'est à la fois des solutions software et des équipements et des services connectés. Donc avec pas mal de compétences et d'ingénieurs dans mon équipe. Donc ça en quelques mots. Plus côté perso, au-delà d'être passionné même à mes heures perdues sur la partie tech, je suis un passionné de voyage. J'ai eu la chance de voyager dans plus de 40 pays depuis quelques décennies, rencontrer des gens, des cultures et cetera. Et je suis également passionné, je suis localisé dans le sud-ouest, par le Bassin d'Arcachon et toutes les belles activités que l'on a, que ça soit de l'aquaculture, de la navigation ou de la pêche.
P
Philippe3:05
Ah c'est très très hétéroclite. Exactement. Donc aujourd'hui tu bosses chez Lectra. Alors moi je connaissais pas Lectra très très très humblement. Alors j'ai cherché un petit peu ce que vous faisiez mais est-ce que tu peux nous expliquer pour ceux qui nous écoutent qu'est-ce que fait Lectra et un petit peu si vous êtes une boîte française, tout ce que vous pouvez proposer.
T
Thierry Caye3:26
Alors on peut nous définir, nous sommes un acteur et un partenaire stratégique pour nos clients dans trois domaines sur lesquels on propose des solutions innovantes : le domaine de la mode, le domaine de l'automobile et le domaine de l'ameublement. On propose une solution unique, une proposition de valeur vraiment unique qui est assez transverse je dirais de bout en bout, avec une combinaison de logiciels, d'équipements connectés, on aura l'occasion d'en parler largement tout à l'heure, d'analyse de données et de services associés. C'est-à-dire que voilà, on vend vraiment du service. Depuis création en 73, donc on a fêté nos 50 ans l'année dernière, on est une entreprise avec un ADN technologique très fort. Donc on est une entreprise de tech, également d'innovation et on propose des solutions je dirais toujours en avance sur le marché, assez disruptives pour encore une fois les trois marchés. Le marché principal est le marché de la mode, un peu plus de 50% du chiffre d'affaires, l'automobile et l'ameublement. On est pour te situer environ 3000 collaborateurs partout dans le monde. Environ, on va pas rentrer dans le détail des chiffres, mais 500 millions d'euros de chiffre d'affaires. Donc côté à la Bourse de Paris. On est assez équilibré en terme de vente. Donc la France c'est vraiment tout petit, moins de 5% du chiffre d'affaires. On est présent sur la... alors on est réparti comme beaucoup de sociétés internationales, trois zones : la partie Amérique, donc Nord et Sud, avec notamment tous les marchés de l'automobile par exemple sur le Mexique et ce point-là, mais bien sûr États-Unis, Canada et toute l'Amérique latine. Donc l'Europe, jusqu'à toute l'Afrique, Afrique du Nord et l'Afrique, et la partie Asie-Pacifique. Sur ces points-là assez réparti.
P
Philippe5:28
Exactement, assez réparti.
T
Thierry Caye5:31
Et encore une fois la France c'est vraiment vraiment peanuts. On est 600 collaborateurs sur la R&D. Donc sur 3000 ça montre vraiment l'investissement fort. On est une entreprise de tech, plus de environ 11% du chiffre d'affaires, donc plus de 50 millions d'euros est dédié à la R&D, donc à mes équipes. Et on est réparti sur la R&D au fil de également de croissance organique mais croissance externe sur plusieurs pays. Principalement la France, c'est la moitié des équipes qui est localisée ici près de Bordeaux, mais une grosse présence aux États-Unis, en Italie, en Roumanie, en Belgique, en Espagne, en Chine et en Inde. Voilà, sont les pays principaux.
P
Philippe6:13
Ok donc moi ça, quand j'ai lu, quand j'ai préparé cette interview, tu l'as dit créé en 73 c'est ça ?
T
Thierry Caye6:19
Je dis pas de bêtises.
P
Philippe6:22
Ben je trouve ça incroyable parce que je me dis une boîte de tech créée en 73, en 2024 qui existe encore et qui a pas changé, enfin je veux dire qui a gardé son ADN, c'est quand même assez rare.
T
Thierry Caye6:35
C'est assez rare dans le domaine de la tech c'est ça, et qui est une ETI.
P
Philippe6:39
Et qui est une ETI. Non mais il y a beaucoup de choses assez surprenantes donc c'est pour ça que c'est super intéressant. On va rentrer dans le vif du sujet, industrie 4.0. Donc tu vas commencer si tu le veux bien par me donner une petite définition de l'industrie 4.0 et après de m'expliquer, et c'est là où ça va être intéressant parce que moi j'ai raté les trois premières révolutions de l'industrie, quels sont les trois autres révolutions de l'industrie qui ont eu avant l'industrie 4.0 ?
T
Thierry Caye7:00
Alors industrie 4.0, quand on parle de ce terme-là, on parle de révolution industrielle. Donc pareil pour les trois premières. Donc une révolution industrielle c'est qu'il y a eu un élément déclencheur qui est à chaque fois sur les quatre évolutions une technologie ou des technologies qui ont émergé. Donc on va démarrer sur l'industrie 4.0. Le terme a été la première fois donné lors de la foire d'Hannover en Allemagne en 2011 sur l'industrie 4.0. Donc c'est vraiment comment rendre la production toujours plus flexible et adaptée en continu à la demande dans notre économie grâce à l'essor du numérique. Donc l'industrie 4.0 c'est vraiment l'essor du numérique. Je reviendrai après sur les piliers et les technologies qui sont derrière. Donc ça va bien au-delà, l'industrie 4.0 ça permet de, je dirais, c'est pas uniquement digitaliser les activités industrielles mais c'est ça permet de favoriser aussi l'auto-ajustement. On est vraiment aussi dans la partie process. Donc voilà, donc très très récent malgré tout, de 2011 sur cette partie-là. Donc pour te répondre sur les premières, les trois premières évolutions se sont étalées entre la fin du 18e et la fin du 20e siècle. Donc là la 4, on est au 21e siècle sur la 4e. La techno et je dirais le fait marquant de la première c'est le charbon, l'apparition du charbon à la fin du 18e. Donc c'est très clair pour comprendre, les machines à vapeur qui ont permis d'aller beaucoup plus loin dans la productivité et notamment dans l'industrie qui est la nôtre, qui est l'industrie du textile. Donc les machines à vapeur ont permis d'améliorer sur des métiers à tisser ou ce genre de choses mais l'ensemble des industries. Donc fin du 18e, début 19e. La deuxième est liée à deux technologies : l'électricité qui a quand même révolutionné et le pétrole. Donc qui ont été combinés mais je pense que la partie électricité, le pétrole petit à petit remplacé la partie charbon, machine à vapeur. En tout cas l'électricité est vraiment le fait marquant de la 2e à la fin du 19e siècle. Ce qui a permis de constituer des machines notamment dans l'automobile pour produire. On parle bien d'industrie, donc pour produire beaucoup plus facilement sur ce point-là. Et la 3e, on va être au milieu, on va dire vers les années 70, c'est je dirais l'avènement de l'électronique et de l'informatique. Je vais pas te dire de l'Oric Atmos parler mais malgré tout voilà, je suis dans ces années-là. Et ce qui a permis d'aller, et donc la robotisation qui est arrivée dans la mécanisation. Donc voilà, c'est vraiment l'informatique, l'électronique dans les années 70. Et donc pour rappel, le 4.0 c'est toute la partie numérique pour aller beaucoup plus loin dans les années 2010.
P
Philippe10:09
D'accord, très clair. Alors moi c'est marrant parce que, et c'est pour ça que c'est intéressant de faire ce podcast, c'est que l'industrie on imagine pas ça technologique. Quand on est jeune, moi quand j'étais jeune, l'industrie c'est, j'imaginais ça, je dirais pas sale parce que c'est pas le bon terme, mais on n'imagine pas que c'est un truc de haute technologie et on n'associe pas ça à ça. Alors qu'en fait ce qu'est en train de nous dire c'est qu'aujourd'hui l'industrie 4.0 c'est avant tout de la haute technologie parce que quand tu... on va rentrer dans le détail de l'IoT, Edge computing, cloud, c'est la techno over the top quoi. C'est-à-dire qu'aujourd'hui on est state of the art de ce qu'on peut faire quoi.
T
Thierry Caye10:46
Exactement, exactement. Donc au départ j'ai parlé de technologie mais c'est plutôt voilà des faits marquants. Le charbon, c'est malgré tout de la technologie, exploiter une matière première, savoir transformer avec l'électricité. Mais tu as tout à fait raison, c'est de la haute technologie appliquée à l'industrie pour pouvoir toujours amener via des transformations majeures des nouvelles méthodes de production pour être beaucoup plus efficient. De la productivité, on parle d'industrie, on parle de productivité. On a tous en tête les usines Ford dans l'automobile. Donc voilà, et on est maintenant en train de créer des usines qui sont intelligentes et interconnectées.
P
Philippe11:31
Et donc, est-ce que tu peux nous donner un exemple, est-ce que tu peux nous donner un exemple concret de qu'est-ce que c'est l'industrie 4.0 dans un exemple très concret pour qu'on puisse comprendre un petit peu ce que ça veut dire ?
T
Thierry Caye11:42
Alors je vais bien sûr te prendre un exemple Lectra. Donc attends, dans le domaine de la mode qui est notre marché phare et préféré, voilà, tout le monde peut le comprendre.
P
Philippe11:55
On est tous... la mode en France on est forts.
T
Thierry Caye11:58
Exactement, exactement. Donc pour illustrer, on parle bien sûr d'interconnexion de processus et à la fois de logiciel et d'équipement. C'est le positionnement depuis 50 ans de Lectra, c'est cette combinaison. Faut bien voir que l'on vend pas, on conçoit pas, donc dans mes équipes on ne vend pas du hardware, c'est-à-dire un élément qui est voilà comme un stylo que tu vas utiliser. On vend des services, on vend des équipements qui sont connectés avec des services associés qui sont des services de maintenance autour de ce point-là. Donc si je reviens à ta question sur la partie exemple, dès 2000, on a lancé en 2017 notre programme industrie 4.0. Donc dès 2018 on a lancé une solution qui s'appelle Fashion On Demand pour répondre au besoin croissant d'agilité des marques qui veulent pouvoir lancer en petite quantité. Là je suis pas sur la masse de production, on a des solutions aussi pour de la production de masse mais sur la production plutôt agile. On le voit, on parle de deux collections par an maintenant, il y a plus, on parle plus vraiment de ça, il faut lancer très rapidement. Donc on propose aux marques et à leurs sous-traitants des solutions qui permettent d'aller beaucoup plus vite. Donc Fashion On Demand, je vais essayer d'être très clair. Tu as des processus, tu imagines un ERP, je pense pas que j'ai besoin de le définir. On reçoit un ordre de commande, bah de ton sweat, il faut en produire. Donc un ordre de commande, il faut en produire 10000, il en faut une certaine quantité en XS, en XL, L et cetera. Donc tout ça arrive sur un ERP. Donc on vient connecter ces ordres qui arrivent de l'ERP et on va transformer ça dans des ordres de coupe, cutting orders, pour qu'on soit capable de couper. Donc on va processer automatiquement cette partie-là. Donc c'est capter de la donnée. On va avoir bien sûr des modélistes qui auront designé ton sweat. Donc on a aussi cette donnée qui arrive là avec ce qu'on appelle de la gradation, c'est-à-dire de pouvoir mettre la taille. Et ensuite on vient automatiquement placer. C'est-à-dire, faut bien voir que tu as un rouleau de tissu qui va arriver et on va venir placer les pièces. C'est une sorte de puzzle. On va venir placer en fonction des tailles. En fait ton sweat est composé d'une manche gauche, droite, d'un col, de face avant, face arrière qui vont être découpés pour après être cousus ensemble pour le faire. Donc nous on va gérer toute cette partie-là. Donc on a lancé cette solution qui permet de connecter l'ERP, de capter le patron, on appelle ça un patron, d'optimiser la partie placement. Et on a lancé en même temps un équipement qui est un équipement connecté qui s'appelle Virgaud, donc une machine qu'on appelle simple pli qui reçoit le tissu et qui va être complètement connectée au Cloud pour pouvoir découper de manière agile l'ensemble des pièces qui après iront sur la chaîne aval. Donc on a proposé Fashion On Demand pour des marques qui peuvent faire des plans de collection petite série pour aller vite, agile, avec des choses assez complexes qu'on a développé notamment si le tissu est uni c'est assez simple mais si le tissu a des motifs tu vas pas coudre les rayures dans un sens manche gauche ou manche droite. Donc voilà, ça illustre un peu le process de connexion de données et ensuite toutes les données qui arrivent de la machine de coupe sont également exploitées.
P
Philippe15:44
Ok, pour le coup j'ai compris donc c'était clair. IoT, Edge computing, cloud, comment on peut améliorer les performances de l'industrie avec ces trois technologies déjà ? Est-ce que tu peux nous expliquer, alors l'IoT je pense qu'il y a pas besoin d'expliquer parce que c'est quelque chose de très clair pour les gens qui nous écoutent. Le cloud c'est aussi quelque chose de clair. Par contre le Edge computing, est-ce que tu peux nous donner un peu une définition et en quoi ça peut aider les choses ?
T
Thierry Caye16:05
Alors en effet là quand tu cites ces points-là, peut-être remettre en perspective, tout à l'heure je parlais de charbon, d'électricité. Juste l'industrie 4.0 s'appuie en effet sur quatre technologies : l'IoT, le cloud computing, la partie, on en parlera aussi après, Big Data et l'analyse des données, et l'intelligence artificielle. Donc si on fait un focus sur la partie en effet IoT, Edge computing et cloud. IoT pas besoin de le définir mais en fait là tu parlais tout à l'heure, l'industrie c'est pas super clair pour toi. L'IoT les gens le connaissent, ben finalement ils ont la montre connectée, ils ont la petite caméra connectée de plus en plus, très utilisation domestique. Là il faut bien comprendre que on a des machines outils, des équipements qui sont également connectés. C'est pour ça qu'on parle d'IoT. Depuis 2007, Lectra a sorti ces machines qui sont connectées avec le plan 2017 de l'industrie 4.0. Donc on a mis en place du Edge computing. Donc la machine, l'équipement, l'Edge computing, tout ça ça se situe dans la salle de coupe, dans l'usine de nos clients. Et ensuite on imagine le réseau, l'Internet et le Cloud. Donc ce sont ces trois éléments. Le Edge computing c'est ramener de la puissance de calcul, de l'intelligence à proximité de l'équipement qui va être connecté. C'est-à-dire pour des questions, il y a plein de challenges autour de ce point-là. On vient capter les flux et donc on a développé en interne une appliance qui vient se mettre dans le système IT de notre client, donc dans l'usine, qui vient capter tous les flux, du HTTP, des flux de données et cetera pour être un peu une passerelle avant la partie cloud qui va traiter et sur laquelle on va voir toutes nos solutions web. Il faut voir qu'on est dans deux sens. Quand je t'ai donné l'exemple de Fashion On Demand, on a l'alimentation de la partie ERP qui va vers le Cloud qui donne les ordres de coupe, les ordres de fabrication on va dire plutôt, on vient l'envoyer et c'est le Edge qui va transformer ça en ordres de coupe et qui va alimenter les machines. Ça c'est dans un sens. Mais on a les données de production et les données des capteurs qui vont remonter dans l'autre sens. Donc c'est un élément central. On peut avoir trois, quatre machines dans l'usine, on a un seul composant Edge qui faut bien sûr avec une très haute disponibilité. Et donc ensuite on a la partie Cloud.
P
Philippe18:40
Alors si je résume avec mes mots et tu me dis si j'ai bien compris pour que ça soit le plus clair possible. Tu as la machine, la machine de découpe peu importe, elle te remonte de la donnée et vous la remontez pas en direct dans le Cloud pour différentes raisons de performance et compagnie. Vous passez par une sorte de proxy qui est l'Edge computing qui a une capacité de computing, c'est-à-dire de calcul, de traitement et qui derrière fera l'interconnexion avec votre système cloud dans un site cloud quelconque.
T
Thierry Caye19:07
C'est exactement ça.
P
Philippe19:09
Et ça bidirectionnellement parlant.
T
Thierry Caye19:11
Exactement, exactement. Une sorte de buffer.
P
Philippe19:13
Un buffer mais qui a une capacité d'analyse et de traitement.
T
Thierry Caye19:17
Tout à fait, tout à fait.
P
Philippe19:18
Parce que ça c'est effectivement un... alors je le dis pour les gens qui m'écoutent et qui font du développement web classique, la connexion Internet si elle est pas là, si elle est là et compagnie on peut pas forcément se baser dessus. Et dans un système industriel si tu as un coup de latence gigantesque parce que divers réseaux, tu peux pas arrêter tes machines de prod. Donc c'est pour ça qu'en fait finalement on fait du Edge computing, ça permet de créer cette j'ai envie de dire cette caractère discontinu en bénéficiant des services du cloud mais aussi en bénéficiant de tout ce qu'on peut faire en mode déconnecté quoi.
T
Thierry Caye19:51
C'est exactement ça. On a parlé de l'industrie de la mode, on est dans une usine, on imagine c'est de la productivité. Un temps d'arrêt de la machine parce qu'elle est plus alimentée par des ordres de coupe, c'est du temps perdu et de l'argent perdu. Si tu prends l'automobile, on est sur 38, elle fonctionne 24/7. Donc un arrêt de machine, ça veut dire que quand on met en place cette partie-là, il faut gérer. Tu as donné les points essentiels, la latence, voire même des ruptures de réseau. Faut voir qu'on est positionné partout dans le monde, on est également en Chine, on est où on a des endroits où les usines sont pas forcément les endroits où il y a le meilleur internet avec la fibre qu'on peut connaître. Donc tu as des ruptures et donc on doit resynchroniser. Donc le Edge nous permet aussi de faire ça, de capter et de finalement même une coupure franche d'Internet on peut continuer à processer pendant un certain temps. Voilà, et une capacité aussi de compute, on pourra en reparler un peu aussi avec l'IA. On a beaucoup de données qui remontent, des données d'événements, de capteurs mais également, on a des caméras donc des vidéos, tu vois la taille que ça peut faire, on va pas remonter ça sur le Cloud. Donc on peut préprocesser sur le Cloud pour amener je dirais de l'interactivité temps réel sur ce point-là. Donc c'est un composant qui est essentiel dans le cadre de l'industrie 4.0 et de l'industrie tout court.
P
Philippe21:20
Deux questions sur cette partie Edge computing et puis de manière générale dans le système. C'est quoi la stack aujourd'hui technologique ? C'est quoi l'ensemble de technologies que vous utilisez pour développer ces solutions-là, ces appliances ?
T
Thierry Caye21:35
Alors on a regardé ce qui existe sur le marché. Tu as des bonnes, je citerai pas des noms, mais des grosses sociétés qui peuvent proposer sur étagère ce type de solution. On avait regardé mais finalement avec la particularité que l'on a dans le monde de la mode, de notre activité, on a décidé d'investir et de développer nous-même cette partie-là. Donc on a à la fois fait des évaluations sur le matériel, donc il y a une partie hardware sur cette partie-là et une partie software. Donc on a sélectionné, à un moment le vulgaire PC bah ne va pas par rapport à de l'industriel, il va chauffer, ça marche toujours, il faut pouvoir le racker et cetera, il faut une double alimentation, tous ces points-là. Donc là on a fait les sélections qui vont bien. Et on a une stack en fait qui est sur une base Linux, qui est sur une base complètement durcie. C'est-à-dire que il y a des aspects aussi, le composant Edge permet de relever des challenges, on a parlé sur la latence mais également de sécurité. Donc cet élément de cybersécurité, cet élément on a je dirais épuré, utilisé déjà une stack Linux très épurée et en plus on a supprimé tous les services qui ne sont pas utiles. Donc on a développé une technologie sur cette partie-là. Notre dernière version, c'était pas le cas sur les toutes premières, on parle de 2018 qu'on a lancé, maintenant on est capable à distance de pouvoir changer complètement le code, un peu le firmware que l'on a. Parce que tu imagines après des centaines, des milliers qui sont dans la nature. Alors on a des techniciens terrain partout, Lectra c'est dépanner partout dans le monde en 24h nos clients. Mais bon en terme de, il faut passer en version point 4.2, il faut demander quelqu'un. Donc un peu voilà, le reboot automatique du firmware que certains connaissent sur les smartphones ou autres. Donc voilà, une technologie Linux et un développement propriétaire.
P
Philippe23:44
Alors du coup tu as entendu parler de CrowdStrike ? Ils ont poussé à distance une saloperie et ça a fait planter des millions de PC. Comment vous assurez la sécurité parce que là c'est le même problème, c'est-à-dire que vous avez dans le cœur de l'usine une brique technologique qui a accès quasiment à tout ou à beaucoup de choses. Comment ça fonctionne aujourd'hui la sécurité ?
T
Thierry Caye24:05
Alors je vais pour te répondre déjà, cette brique assure un élément important de sécurité. Pourquoi c'est essentiel ? C'est que là on avait des usines complètement déconnectées avant l'industrie 4.0, un bon vieux PC dedans. Bon le risque avec la clé, tant qu'il y avait de l'électricité ça marchait, tu le PC tout allait bien. Et on avait le Cloud séparé. Là maintenant on réunit les demandes via le Edge, donc compris communication dans les deux sens. Donc le risque, le RSSI doit commencer à valaliser un peu. Ah ben on a musclé les équipes, on a une équipe très très costaud au niveau cyber. Donc tu imagines de la propagation de virus, de hacking via le Cloud qui peut rentrer dans l'usine. Donc ça c'est moche, c'est quand même très très très compliqué. Ou le contraire, l'usine qui est je dirais très peu sécurisée, je mets l'automobile un peu à part mais tu imagines salle de coupe et cetera, et de remonter et de venir infecter toutes nos solutions sur le Cloud. Donc c'est pour ça que ce point-là est très très important. Donc déjà il y a des bonnes pratiques, ben aucun flux ne passe en dehors de l'appliance. Donc tous les flux soit sur du HTTP ou autre, c'est un point d'entrée unique. Donc on n'a pas de flux, ça permet de capter tout ce point-là. On a également, et c'est vrai pour toutes nos solutions, on a une approche où on vient réaliser des Pen tests, donc des tests de vulnérabilité sur toutes nos solutions y compris sur cette solution-là. Donc on a je dirais fait auditer notre solution Edge mais également la solution qu'on met dans la salle de coupe et la solution Cloud. On a notamment tout un système de PKI, de clés et cetera parce que là on a une identité par machine sur ce point-là pour pas venir se substituer, quelqu'un vient avec un PC et dit c'est une machine Lectra et se fait passer pour. Donc on a une complexité autour de ça. Donc des Pen tests mais on a été beaucoup plus loin et on a une vraie belle maturité sur du développement DevSecOps. C'est-à-dire qu'on a intégré la partie sécurité au cœur de notre développement DevOps classique avec du delivery continu sur le Cloud. On a une DevSecOps factory où on vient scanner l'ensemble de notre code en temps réel. Donc à partir du moment on prend, on vient scanner le Git et on a intégré en temps réel tous les frameworks qui vont bien de l'OWASP. On vient scanner les conteneurs, on vient donc avant le delivery pour détecter toutes les failles. On sait qu'une grosse partie des failles sont introduites par les développeurs. C'est pas volontaire, on les forme, on fait plein de choses, ça reste toujours compliqué. Donc voilà, donc un gros investissement sur cette partie-là.
P
Philippe27:06
Je vois que le temps file, on va essayer d'avancer un petit peu. On a un peu compris le concept général IoT, Edge computing, cloud. Maintenant on va parler un peu data. Alors c'est des buzzwords en ce moment donc on va essayer de faire atterrir sur des choses qui sont réellement utilisées et utilisables. Première information, moi j'adore toujours la partie chiffre. C'est quoi le volume de data qui est traité chez Lectra ?
T
Thierry Caye27:31
Alors sur le volume de data, on traite là, on est sur un focus vraiment industrie 4.0, on a aussi les solutions software. Donc on a aujourd'hui dans le monde plusieurs milliers d'équipements qui sont connectés, qui processent quotidiennement des ordres de coupe qui amènent, on a différents types de données. On a des données qui sont issues des capteurs, on a une centaine environ de capteurs. Donc ça peut être des capteurs de vibration, de température, de points, donc très hardware sur des composants. Et on a également tous les événements ou toutes les données qui proviennent de l'activité, donc de la production. Donc on est à plusieurs milliers d'équipements et on est à aussi un bon millier voire plus de données quotidiennement. Donc on processe des dizaines de millions d'événements ou de données on va dire au sens large.
P
Philippe28:46
Vous stockez ça dans quoi ? Vous stockez ça dans une énorme base de données ? Qu'est-ce que c'est ? Quelle est la stratégie derrière ?
T
Thierry Caye28:50
Alors on a dès 2017 une stratégie data que j'ai revu en 2023 avec notamment des nouvelles technologies qui permettent, je dirais, de traiter certaines contentions qu'on peut voir de données. Je pense que tu parles de base de données, le gros problème qu'on a tous depuis longtemps c'est de pouvoir injecter et consulter en même temps, d'avoir des workloads complètement différents. Donc comme on est 24/7, on peut pas dire, il y a pas réellement de samedi, il y a une petite fenêtre avec les time zones, mais en tout cas ça tourne tout le temps. Donc via le 4.0, on propose des services temps réel pour contrôler, donc ça injecte et ça permet de consulter clairement la donnée. On a eu deux approches dans ce plan data, qui est en place, c'est mettre en place un Data Hub qui permet de fédérer l'ensemble des données, des données de production d'industrie 4.0, mais j'ai poussé également, même si je gère pas l'IT en tant que DSI directement, mais un plan data complet sur l'entreprise, c'est-à-dire même les données internes, ce qu'on appelle les Master Data, équipement, donc là on déclare, c'est une table qui donne les équipements, nos clients qui viennent du CRM, qui viennent de notre propre ERP. On a combiné tout ça dans une solution data pour fédérer les données et d'être en capacité de les croiser et de les partager, enfin déjà de les traiter, il y a toute une phase de Data Quality, donc de pouvoir les nettoyer, les mettre propre avant de les présenter sur ce verrou de solutions pour nos clients. Donc toute une stack technique Data Hub qui a été mise en place, complètement nouvelle et qui permet d'aller beaucoup plus loin. Et comme on parle de beaucoup de données, la mise en place d'une gouvernance de la donnée, donc data governance, avec la mise en place d'un Data Catalogue, c'est un point vraiment essentiel qui permet de matérialiser le Data Catalogue, c'est un peu la carte, c'est un peu la cartographie des données. Elle contient pas les données, c'est Data Hub, mais elle dit où elles sont et ça permet de donner, il y a deux aspects dans le Data Catalogue et ça fait partie de nos choix, c'est utilisé par la tech donc mes équipes, mais aussi et surtout utilisé par les métiers et donc de se dire la donnée elle est à tel endroit, elle est captée par API, elle finit ici dans telle table et elle est utilisée par telle solution ou telle solution. Mais côté métier ça veut dire quoi ? C'est une donnée qui parle de la matière, qui parle de quels sont ses attributs et là on a une sémantique métier qui est autour de ça. Donc le plan data consistait vraiment à remplacer, on avait un Data Lake qui était fourni par le provider de Cloud qu'on avait mis en place en 2017-2018 et on a migré sur une autre solution qui nous permet de proposer un Data Hub et une solution de Data Catalogue.
P
Philippe31:58
Donc moi ce que j'adore avec les métiers de la data c'est que tous les 4 matins ils inventent un nouveau nom. Tu vois le Data Catalogue, je le connaissais pas celui-là.
T
Thierry Caye32:06
Donc alors c'est voilà, c'est vraiment essentiel.
P
Philippe32:08
Ouais, parce que effectivement comme tu dis, si tu sais pas où pointer, où chercher la donnée et qu'est-ce qu'elle veut dire, tu sais, ça n'a pas beaucoup de valeur. Tu as parlé tout à l'heure, vous êtes sur un cloud connu type les grandes plateformes ?
T
Thierry Caye32:22
Oui, tout à fait. On a un partenariat, je sais pas si on peut le citer, mais avec AWS, Microsoft, Azure.
P
Philippe32:34
D'accord. Et du coup cette partie data, moi c'est un truc qui intéresse je pense pas mal les gens qui nous écoutent, c'est que ça coûte pas une fortune aujourd'hui. Moi j'ai toujours du mal chez des clients à trouver la rentabilité de ces plateformes data parce qu'en fait ça coûte très très cher. Et tout ce qui est dès qu'on veut faire des requêtes sur des gros volumes de données c'est très très cher. Et en fait quand on fait l'étude bénéfice-investissement on s'y retrouve pas forcément. Alors je pense que fédérer et organiser les données est clé. Derrière pour aller plus loin, on parlera tout à l'heure de l'IA et de services et cetera, mais c'est clé.
T
Thierry Caye33:09
Donc quand on parle de cher, c'est par rapport à un service, il faut toujours voir quelle est la valeur que cela apporte. Exactement. Donc après tu as raison et ça fait partie, on est très pragmatique chez Lectra dans la sélection des technologies, c'est vraiment de sélectionner la meilleure technologie à date qui nous permet, comme je l'indiquais, de distinguer les workloads sur ces points-là, de proposer aussi de la data as a service parce que j'ai plusieurs équipes qui travaillent sur la data, ça faisait partie du plan, et voilà, qui puissent travailler chacun dans leur data warehouse propre sur la même stack technique mais avec une gouvernance qui permet de piloter ce point-là. Donc nous on a transformé, je dirais, nos choix technologiques et à chaque fois on a mesuré les coûts. Donc tout ça sont des solutions SaaS du marché avec des crédits, avec en fonction du compute et cetera, donc ça peut vite s'envoler. Donc on a fait attention là-dessus. On peut le citer, Snowflake par exemple, tu fais une requête ça coûte une blinde.
P
Philippe34:15
Alors bah c'est, tu l'as cité, donc c'est le partenaire qu'on a choisi, ça coûte une blinde.
T
Thierry Caye34:20
Oui, mais il faut être capable de le piloter. Donc on a réussi à baisser les coûts avec l'utilisation de Snowflake sur des bases de données très classiques comme de l'Azure SQL et cetera. Il faut vraiment piloter ça parce qu'on pouvait se retrouver à ce que l'équipe de développement, donc nos environnements dev, coûtaient plus que les environnements de prod. Donc voilà, c'est ce type de technologie qui est vraiment innovante et avec une maîtrise des coûts. Et donc à chaque fois on vient pas dire, bah tiens, on vient mettre les données dans sa FA, quel est l'usage, qu'est-ce qu'on va processer et cetera. Donc une vraie analyse en terme de cas d'usage.
P
Philippe35:05
Donc vous avez de la donnée, j'ai compris, depuis assez longtemps. Donc beaucoup de données arrive via l'IA. Alors aujourd'hui tout le monde dit tout et n'importe quoi sur le sujet, mais concrètement qu'est-ce que vous en faites de l'IA ? Est-ce que vous utilisez des modèles d'apprentissage que vous avez fait en interne ? Est-ce que vous utilisez des modèles sur catalogue ? Et en fait, est-ce que vous l'utilisez pour vendre ou alors que vous l'utilisez sur vraiment un cas d'usage qui est concret et qui apporte vraiment de la valeur ?
T
Thierry Caye35:32
Alors on l'utilise. Je distinguerai l'IA traditionnelle qui date des années 50 et toutes les technologies de machine learning, deep learning, sont pas nouvelles. C'est encore une fois un peu comme R, mais si tu dis ça aujourd'hui tu passes pour un vieux con. C'est la réalité. Et donc c'est un peu comme la Révolution, les différentes industries 1, 2, 3, 4, 4.0, c'est je dirais la puissance machine qui est arrivée et la partie internet avec l'explosion des données et le compute qui a permis en fin du 20e siècle d'exploiter les modèles et tout ce qui avait été inventé au niveau des années 50. Donc la partie IA traditionnelle, on l'utilise déjà depuis une dizaine d'années, tu l'as compris, on a 50 ans, on est une entreprise tech. Et la hype, l'IA générative qui est apparue en 2014 de manière assez confidentielle mais très connue avec le ChatGPT fin 2022 et ça s'est démocratisé. Donc pour revenir à nous, on est très concret sur ce point-là et dans les cas d'usage, c'est là où je pense qu'il y a le plus de disruption, c'est utiliser les données que l'on maîtrise, qui sont uniques, avec l'expertise que l'on a pour entraîner nos propres modèles. Donc dans les exemples concrets, on a déjà un premier niveau, on est en train d'améliorer encore ces modèles sur la maintenance prédictive. L'industrie 4.0 permet de capter beaucoup d'éléments des capteurs, comment on corrèle ses données pour dire, tiens, il y a une montée en température, une vibration, on se dit, tiens, le moteur va casser ou il faut anticiper. Donc on a des maintenances au bout de X heures de fonctionnement, donc on peut améliorer des modèles et proposer et affiner, soit modifier certaines pièces dans nos équipements, soit proposer finalement un remplacement au bon moment, pas trop tôt, pas trop tard. Donc là c'est de l'entraînement avec de l'IA traditionnelle, du machine learning, supervised learning sur ces points-là que l'on met également en place. Je citerai en deuxième exemple, c'est que on a digitalisé dans l'industrie 4.0, j'en ai parlé mais je redonne, c'est qu'on vient digitaliser la salle de coupe, on va parler de jumeau numérique où en fait l'idée c'est de se dire, voilà, telle machine a telle capacité, telle productivité, elle peut couper tel type de tissu et cetera, on digitalise tout ça et en fait on est capable avant de produire de simuler et donc de simuler comment on va pouvoir produire. Et donc l'idée, on est sur une première étape, on va aller beaucoup plus loin en amélioration continue sur l'IA, mais de se dire avant de produire et donc de se rendre compte que c'est pas le plus efficient, on va voir quelle est, et là c'est pas de l'algorithmique traditionnel, c'est vraiment de la simulation et quels sont les meilleurs paramètres pour être plus productif.
P
Philippe38:41
Vous avez une vraie culture de l'IA et vous avez pas juste encapsulé comme tous les gens aujourd'hui un ChatGPT en disant, ouais, on fait de l'IA. Vous avez une vraie culture avec des gens qui font vraiment de la recherche autour des modèles de machine learning ou de ce genre de choses.
T
Thierry Caye38:54
Tout à fait. Donc une grosse équipe de data engineering et data science qui travaille sur ce point-là. Et j'ai également fin d'année dernière lancé un plan notamment sur l'IA générative. Donc on est aussi à la fois de l'expérimentation et des cas d'usage appliqués avec des technologies telles que le RAG, toute la partie pour pouvoir profiter de toute la partie connaissance sur ces points-là.
P
Philippe39:22
Le RAG, est-ce que tu peux donner la définition ? Parce que même si pour toi je pense que c'est évident, pour la majorité des gens qui nous écoutent c'est quand même très récent dans les systèmes d'IA. Et du coup est-ce que tu peux nous donner une petite définition ?
T
Thierry Caye39:34
Oui, alors rapidement. Donc je parlais d'IA traditionnelle, avec l'IA générative on parle de GPT, pour pas le citer, c'est pre-trained, donc pré-entraîné. Donc des modèles pré-entraînés, comment il a été entraîné ? Il a été entraîné en venant capter tout l'Internet, toutes les infos de l'Internet, il a appris à parler, à comprendre et cetera. Donc c'est une petite révolution via une techno qui s'appelle les Transformers, c'est le thé de transformer, qui permet d'aller plus loin. Là on est content, on a un ChatGPT ou ChatGPT Lite, on lui pose des questions, mais on peut lui dire, quand auront lieu les prochaines élections aux États-Unis, on peut lui demander tout ça. Mais si on lui demande, que faire quand j'ai un tel type d'incident sur mon Vector, qui est le nom de notre machine de coupe chez Lectra, il le sait pas parce que la documentation est pas, voilà, c'est privé. Donc le RAG, qui veut dire Retrieval Augmented Generation, c'est-à-dire il va capter, il utilise ce qu'il a appris pour parler, mais en tout cas la donnée, il va utiliser de la base de connaissance interne et donc la base de connaissance Lectra. Donc on va lui donner les fautes, le troubleshooting, la documentation Vector et on va être capable de chatter, dire, j'ai tel type d'erreur, qu'est-ce qui se passe ? Il va dire, tiens, c'est le moteur qui est cassé, il faut que tu fasses ça, ça. Et donc c'est ça globalement le RAG qui permet d'utiliser la base de connaissance et c'est vraiment une petite révolution.
P
Philippe41:02
Ouais, c'est alors moi j'utilise une analogie, je sais pas si tu seras d'accord pour que les gens puissent comprendre ça. C'est en gros, ChatGPT c'est comme si vous avez un stagiaire venu d'école qui connaît tout sur le monde mais qui connaît rien à l'entreprise. Et le RAG, le principe c'est de lui dire, bah maintenant tu vas apprendre tout de ce qui est dans l'entreprise. Et à partir de là vous avez quelqu'un qui est capable d'avoir la culture générale et la culture spécifique de l'entreprise.
T
Thierry Caye41:27
Ouais, je suis en phase, je suis en phase. Et ouais, on avance.
P
Philippe41:35
RSE, le numérique de manière générale, vous avez une politique RSE qui est assez forte, on va essayer d'en discuter. Moi il y a deux aspects dans le RSE qui nous intéressent. C'est est-ce que le numérique, au-delà de la partie productivité, je suis capable d'être plus agile, tout ça, est-ce que ça peut avoir un impact dans les conditions de travail de l'industrie qui on sait ne sont pas toujours les meilleurs ? Deuxième chose, c'est côté environnemental, est-ce que le numérique avec tout ce qu'on connaît de l'effet rebond, c'est pas une boucherie ?
T
Thierry Caye42:05
Alors je pense tu as bien planté le décor parce que dans la partie RSE il y a quand même les deux points. Les gens retiennent souvent que la partie environnementale, le E, mais il y a la partie sociétale, sociale, conditions de travail. Donc sur ce premier point, oui, le numérique permet, je dirais, d'améliorer, on parle d'amélioration de productivité, d'automatisation dans l'industrie 4.0. Donc on peut automatiser notamment les tâches répétitives, certaines tâches répétitives, et c'était le cas. Si on reprend l'histoire, même si je suis pas un spécialiste des premières révolutions industrielles, mais globalement tu l'as dit, à un moment c'était compliqué, c'est utiliser le mot sale, enfin voilà, c'était des conditions très très compliquées. Donc là le numérique maintenant on est au 21e siècle, sur les tâches répétitives qui peuvent amener une fatigue, le numérique et l'industrie 4.0 et aussi augmenté par de l'IA permettre d'aller beaucoup plus loin et de pouvoir orienter les opérateurs, donc les humains, vers des tâches à plus forte valeur ajoutée. Ça c'est sur la partie conditions de travail. L'autre point c'est aussi la sécurité, on parlait tout à l'heure de cybersécurité, mais il y a la sécurité physique des personnes grâce au numérique. Donc on est sur un podcast, vous pouvez vous visualisez pas forcément la machine de découpe, mais bon c'est une énorme table, elle fait plusieurs mètres de long, une dizaine de mètres sur 3 mètres de large on va dire pour faire simple. C'est presque une ligne. Et tu as une tête de coupe, ou pour illustrer, c'est soit une scie sauteuse qui tourne, soit une pizza wheel, donc pour découper les pizzas, qui permet de découper, ça dépend, je rentre pas dans le détail mais voilà, donc tout ça coupe. Donc il faut faire attention, si la personne vient mettre, alors on a toutes les sécurité physique, mais le numérique on intègre des radars de détection de présence, des caméras et des radars qui permettent de ralentir la machine automatiquement si tu te rapproches et si tu vas un peu plus loin ça la stoppe, au-delà du bouton rouge qu'il y a dans toutes les machines côté industriel. Donc le numérique apporte quand même des vraies avancées en terme de sécurité au travail et de bien-être globalement.
P
Philippe44:27
Pour ceux que ça intéresse, il y a sur internet ça se trouve très facilement, il y a souvent des vidéos où tu vois cette espèce de scie circulaire qui tourne et le gars qui vient mettre son doigt sur la scie et la scie s'arrête. Et c'est quand même impressionnant quoi, parce que quand tu vois faire ça tu dis, il faut avoir confiance à la techno, parce que moi personnellement j'y mets pas mon doigt.
T
Thierry Caye44:46
Et ben c'est exactement ça, moins spectaculaire mais c'est ce que le numérique permet de faire et c'est ce qu'on a mis en œuvre côté Lectra sur la partie sécurité. Donc le deuxième volet qui est l'environnement, est-ce que c'est une boucherie sur ces points-là ? Alors côté Lectra on est vraiment très impliqué sur cette partie RSE et le 4.0. Alors on n'a pas défini une stratégie RSE parce que c'est le moment, voilà, c'est buzzword, quand tu es en bourse il faut le faire et rentrer dans du greenwashing et ce genre de choses. Donc en fait typiquement notre positionnement depuis longtemps c'est d'avoir les meilleures machines, d'un positionnement premium, donc de qualité sur nos découpeurs et donc d'avoir la meilleure efficience en terme de découpe. J'ai expliqué tout à l'heure le Tetris qui permet, donc si on revient sur l'environnement, clairement l'industrie de la mode c'est la première ou deuxième, entre le pétrole, en terme polluante pour la planète. Donc faut pas se le cacher, la chimie doit pas être loin non plus dans le top 3. C'est pétrole ou industrie de la mode avec le textile, avec tout ce qui se passe. Donc clairement c'est la production du textile, donc toute économie de matière qui est vraiment notre credo. Les meilleures machines qui permettent avec nos processus 4.0 d'optimiser la matière. Donc moins il y a de déchets de matière, on est spécialisé en découpe de matériau souple pour faire très simple, le tissu et le cuir pour l'ameublement, les sièges de voiture et les vêtements. Donc nos algorithmes et le numérique, la simulation numérique, le 4.0 nous permettent d'adapter nos solutions pour couper avec le moins possible de chute de matière. Donc tout pourcentage gagné c'est un pourcentage très important d'impact CO2, on parle de mètres linéaires gagnés de rouleaux de tissu si on est sur ce point-là, c'est aussi en nombre de peaux de cuir. Donc on a vraiment ce positionnement qui est très important, tous nos efforts vont être des gains en terme de profit et de marché pour nos clients mais aussi ça va dans le même sens, il y a pas l'intérêt économique qui va contre comme parfois dans certaines activités. Je citerai aussi nos découpeurs qui sont de haute précision, qui s'appellent iX6 ou iX9, qui permettent de découper en zéro buffer, c'est-à-dire que je citais tout à l'heure ton sweat avec la manche gauche, manche droite, des machines de nos concurrents ou des machines plus bas de gamme ne permettent pas de couper proprement une pièce et que ça soit le milieu, ça coupe deux pièces en deux qui soient utilisées, il y a toujours un buffer, c'est-à-dire 1 ou 2 cm au milieu pour être propre sur la coupe. Là nos machines nous permettent de placer les pièces de tissu contre, donc tu fais en une seule coupe tu as gauche droite et donc zéro perte. Donc on est sur du zéro buffer, donc on contribue fortement sur cette partie-là. Et voilà, le plus gros impact il est lié à ce point-là. On a intégré également de l'écoconception dans nos équipements avec la matière. Alors c'est bien la majorité, c'est le châssis qui est en acier, donc est hautement recyclable sur ce point-là. Mais je reviens, le plus important c'est l'économie de matière parce que le plus polluant et le plus impactant en terme de CO2 c'est bien la consommation de matière. Quand vous avez fait votre bilan carbone, la matière c'est vraiment là où vous avez le plus gros impact, exactement, et de très loin.
P
Philippe48:20
Et de très loin. L'avenir, j'imagine qu'il y aura une industrie 5.0 puisqu'il y a déjà eu 4.0. Est-ce qu'on a déjà des pistes sur ce que c'est ? Est-ce que tu as une idée ou juste une conviction ?
T
Thierry Caye48:32
Alors déjà le 4.0, on a dit 2011, c'est encore très récent malgré tout. C'est lié clairement à des ruptures technologiques, IoT, data, cloud, et donc ça c'est clairement identifié comme les autres on identifiait le charbon et l'électricité. Donc c'est encore très récent, suivant les industries ça a été plus ou moins avancé, rapide. On a des industries et notamment l'industrie de la mode, on est encore au début et on est précurseur, dès 2017 on a proposé, on a lancé le 10 octobre un lancement mondial de Valia Fashion qui est pour aller voir sur les réseaux, un bel événement sur l'industrie 4.0. Donc on est encore au début sur cette partie-là. Le 5.0 est apparu il y a quelques années, je dirais 2020 sur ce point-là. Moi je le vois plus comme un prolongement du 4.0 qui est pas encore complètement abouti, avec pas réellement une rupture technologique ou un événement marquant qui est identifié. Il est défini, enfin si on regarde un peu les papiers, c'est plutôt la symbiose entre l'homme et la machine, remettre l'homme au centre. Donc je pense que c'est plutôt l'aboutissement du 4.0, notamment avec l'IA et la partie robotisation, les cobots qui permettent de collaborer avec la machine. Donc c'est vraiment ce point-là qui est décrit dans le 5.0. Donc pour moi c'est du 4.0 plus, plutôt qu'un vrai 5.0. On peut pas clairement définir la technologie, c'est vraiment recentrer l'homme au cœur des choses, et donc c'est très RSE aussi. Donc je pense que c'est intéressant dans le concept mais le définir comme 5.0, voilà, nous on reste, on souhaite être un leader du marché de l'industrie 4.0 à 2030 dans nos marchés, notamment la mode. Donc on voit que voilà, on estime que d'ici 5, 6 ans il y aura une maturité dans le monde du textile, l'habillement et de la mode. Donc le 5.0, voilà, on y est pas encore.
P
Philippe50:42
On va avancer vers la conclusion. Il y a un certain nombre de questions que j'aime bien poser parce que je trouve qu'elles sont assez personnelles et puis elles me permettent aussi à moi d'avoir des idées. Est-ce que tu as encore un rêve technologique ou de projet, quelque chose qui te... alors je sais que tu as un certain nombre d'années d'expérience, que tu as commencé sur des ordinateurs plutôt assez vieux, mais est-ce que tu as encore cette petite fibre en toi qui dit il y a peut-être quelque chose encore d'extraordinaire que j'attends ?
T
Thierry Caye51:08
Alors moi je suis passionné tech, tu l'as compris, et passionné sur l'IA. Donc je pense que voilà, la vraie transformation globalement, lien de l'industrie 4.0 mais globalement sur les manières de travailler, sur l'industrie 4.0 on va parler d'autoadaptation, c'est-à-dire des machines qui pourront automatiquement mettre les paramètres qui vont bien pour la coupe. Donc là je suis sur ce modèle. Donc moi j'investis beaucoup de temps pro et très personnel, avec aussi des formations, j'ai l'occasion d'aller aussi sur Berkeley pour voir un peu, voilà, avoir une certification là ce qui se trame. Donc la combinaison, donc ça c'est vraiment le sujet et on est encore, je pense, il va y avoir beaucoup de choses. On parle d'intelligence mais on est encore très basique, c'est très spécialisé. Donc je pense tout ce qui émerge avec du multi-agent, avec ce qu'on dit, l'IA traditionnelle avec les bons modèles, l'expertise telle qu'on l'a, on peut aller beaucoup plus loin sur ces points-là. Je vois une combinaison en fait entre l'IA traditionnelle et l'IA générative, notamment avec des petits modèles, ça revient sur le RSE, pas prendre le canon pour écraser une mouche. Donc des petits modèles adaptés, donc le fine-tuning de LLM, donc combiner l'IA traditionnelle avec la partie LLM. Donc pour moi il y a encore une accélération, on est encore dans la rampe, même si Gartner indique qu'on est dans la pente descendante et c'est vrai il y aura beaucoup de déception, mais bon quand on est bien au cœur de tout ça. Donc moi j'ai une passion autour de ce point-là, à la fois professionnel mais à la fois sur ce que ça peut changer dans nos vies.
P
Philippe52:57
Autre question que j'aime bien poser parce que je trouve c'est toujours intéressant, est-ce que tu peux me donner avec tes propres mots une définition de ce qu'est pour toi une bonne technologie ?
T
Thierry Caye53:08
Alors bonne question, c'est pas facile. Une bonne technologie, je donnerai plusieurs critères : doit être innovante, elle doit résoudre des problèmes réels, elle doit être aussi suffisamment aboutie parce que sinon je la définirai pas comme bonne, elle est peut-être prometteuse. Donc suffisamment aboutie ou mature pour être intégrée dans l'écosystème existant. Donc on n'est pas dans des choses très lointaines, tout ça dans un délai acceptable. Donc voilà, innovante, aboutie, mature et qui servent à quelque chose et qu'on puisse implémenter dans un délai raisonnable. Alors tout ça peut être quelques semaines par mois.
P
Philippe53:57
Ouais, parce que le monde de la tech quand même est capable de produire un bon nombre de technologies qui sont in fine intéressantes mais qui ne servent à rien.
T
Thierry Caye54:03
C'est exactement ça. Donc résoudre des problèmes réels, ça sert à quelque chose. On peut se faire plaisir, la tech pour la tech c'est pas trop mon truc. J'aime bien lire des papiers, regarder, c'est toujours sympa, c'est rien quand on est entre techniciens c'est intéressant, bon ça fait de faire des blagues.
P
Philippe54:23
Dernière question, est-ce que tu as un conseil pour nos auditeurs ? Quelque chose, alors plutôt à destination d'un public jeune, tiens, j'ai envie de parler de ça, qui aurait envie de se lancer dans l'industrie et peut-être essayer de donner envie d'aller dans l'industrie parce qu'aujourd'hui c'est pas forcément un secteur qui fait rêver les jeunes.
T
Thierry Caye54:44
Alors je pense qu'on l'a parcouru tout au long de notre échange, l'industrie c'est vraiment de la haute technologie maintenant, quelle qu'elle soit. Et donc dans toutes les industries, on pourrait même parler de l'industrie sur l'agroalimentaire, sur de la pharmacie et cetera. Donc l'industrie c'est vraiment de la haute technologie. Après en terme de conseil, soit à un jeune, soit même à des entreprises qui se montent, je pense on a vu les technologies qui étaient sur l'industrie 4.0, celle qui est clé c'est la partie data et donc la compréhension de la data. On a vu des technologies émergentes, des nouvelles solutions comme Snowflake ou autre, la data c'est vraiment clé et donc la maîtrise de cette technologie autour de la data et investir sur ce point-là me semble essentiel. Parce que quel que soit, c'est vrai chez Lectra mais c'est vrai ailleurs, on a des couches, on a parlé de la couche cloud, mais au-dessus tu as une stack, une software factory, enfin tout ça c'est de la technique, mais la couche data c'est le lien entre la tech et le métier. Je parlais tout à l'heure d'Atac, tu découvriras un peu, mais c'est le lien entre le métier. Donc pour moi l'investissement sur la data, on en a parlé beaucoup, c'est un peu effacé avec l'IA, mais bon tout le monde dit, classique, pas d'IA sans data, ce qui est archivrai. Plus data de mauvaise qualité égale modèle de mauvaise qualité, sortie de mauvaise qualité, garbage in, garbage out. Donc la partie données, la partie data avec tous les éléments, un plan data, une entreprise ou une start-up ou plus mature, et d'investir je pense avec la compréhension de cette partie-là. Je pense que les générations sont plutôt bien habillées et bien équipées pour la suite.
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Philippe56:38
Thierry, merci, c'était un plaisir. Et puis on mettra en lien de ce podcast ton profil LinkedIn s'il y a des gens qui ont d'autres questions et qui pourraient être intéressés par l'échange.
T
Thierry Caye56:47
Avec plaisir.
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Philippe56:49
Merci Philippe.