Bienvenue dans ce nouvel épisode du Positive Leadership Podcast. Le podcast qui vous aide à grandir en tant qu'individu, en tant que leader et même en tant que citoyen du monde. Je suis Jean-Philippe Courtois et aujourd'hui, je reçois un entrepreneur qui a transformé une frustration de Noël en un phénomène mondial. En 2003, il a tout simplement pas trouvé de place dans le train pour rentrer chez lui, en Vendée. Et plutôt que de se résigner, il s'est dit "Ben en fait, il y a des millions de sièges vides sur la route. Pourquoi ne va-t-on pas les partager en fait, ces sièges ?"
Alors, normal, physicien, chercheur à la NASA, pianiste de conservatoire, il avait tout pour mener une brillante carrière scientifique mais il a choisi l'entrepreneuriat et après les premières années, un petit peu de galère quand même, on en parlera avec lui. 20 ans plus tard, sa plateforme rassemble plus de 100 millions de membres dans 22 pays et a permis d'éviter déjà plus de 2,5 millions de tonnes de CO2 en 1 an. Mais mon invité ne s'est pas arrêté là. Après avoir bâti la première licorne française, il s'est lancé dans une deuxième très belle aventure DIFT, une plateforme qui réinvente le messagerie d'entreprise en redirigeant des budgets marketing vers des causes sociales et environnementales. Il est aussi coprésident de France digitale, la plus grande association de start-up en Europe, animateur de l'émission Les pionniers sur BFM Business et vient tout juste de lancer d'ailleurs le prix des citations, le Nobel de la citation sous le patronnage du président de la République, Frédéric Mazzella. Fred, fondateur BlaBlaCar et de DIFT, un très chaleureux bienvenu au Positive Leadership Podcast. Très heureux de t'accueillir.
Alors Fred, j'aime toujours commencer par le commencement, l'enfance, les valeurs, l'enracinement profond. J'ai cru comprendre que tu avais grandi à Séier, un petit village de Vendée. Ton père était un prof de math, ta mère prof de français. Au collège, François Viette de Fontenay-le-Comte. Un beau nom ça. C'est bien renseigné. Et en parallèle très tôt, tu te passionnes pour la musique, prix de piano au conservatoire de La Rochelle puis le conservatoire national supérieur de musique de Paris et tu joues d'ailleurs quatre instruments au moins, peut-être plus depuis.
Enfin deux principalement, un peu moins bien quand même, principalement.
Bon moi ce que je trouve intéressant c'est ce double héritage finalement, les chiffres et les lettres parce que il y a les deux, il y a les deux, la rigueur et la créativité. Alors, qu'est-ce que cette double influence finalement parentale d'un côté ? Je simplifie hein, les maths du papa, le français de la maman et puis cette enfance vendéenne aussi parce que la Vendée c'est quand même un pays en soi quasiment, on peut dire. J'ai eu d'ailleurs un autre invité qui est originaire de Vendée que tu dois connaître, Jean-Pascal Tricoire, et donc trempé de ces valeurs là aussi. D'où vient cette passion précoce aussi pour la musique ? Alors voilà, les chiffres, les lettres, la musique, la Vendée, plante-nous le décor un petit peu.
Ben voilà. Ouais, je pense c'est un tout effectivement. Alors les bon, les chiffres, c'est vrai qu'assez tôt, je me souviens que mon papa s'amusa à me faire compter en base 2 et ça épatait beaucoup ses collègues de math parce que en fait je comptais très bien en base 2 quand j'avais pas 5, 6, 7 ans. Ouais. Et non, moi j'ai toujours aimé enfin beaucoup les chiffres, les maths et puis ben le français, enfin la rigueur aussi à la fois d'une bonne expression et puis d'une bonne écriture et la lecture aussi, et puis la lecture évidemment beaucoup. Donc voilà, c'est sûr que ça a baigné toute mon enfance. J'ai compris que c'était important en fait de bien s'exprimer, de savoir bien compter, et puis la musique qui m'a apporté énormément d'émotionalité, de créativité. Et donc en fait, je pense que c'est un mix qui a développé enfin aidé mon cerveau gauche et mon cerveau droit.
Parce que c'est à la fois voilà, c'est à la fois rigoureux et créatif. Je pense la musique apporte beaucoup cela. C'est-à-dire qu'il y a beaucoup évidemment d'innovation et de création et d'émotion dans la musique. Il y a aussi beaucoup de technicité. Je crois que bon au final évidemment les maths et le français c'est indispensable, c'est nécessaire, c'est important. Je pense que c'est la musique qui m'a le plus aidé dans ce qu'elle a de rassemblement de toutes ces capacités là en même temps. C'est-à-dire que quand tu joues, si la technique n'est pas parfaite à la hauteur, tu peux même pas espérer déclencher de l'émotion. Ouais. Donc en fait, on se rend compte que pour arriver dans la couche artistique, dans la couche émotionnelle, qui est évidemment un énorme plaisir, et bien il faut avant cela maîtriser parfaitement la technique. Et je pense que si je fais le parallèle avec l'entrepreneuriat, c'est un peu la même chose. C'est-à-dire que pour pouvoir faire in fine une expérience d'utilisation d'un service ou d'un produit qui soit bonne et qui donne envie aux gens de le réutiliser, bah il faut que tout l'indispensable, tout le nécessaire, tout le technique soit là. Il faut faire ses gammes quoi en fait. Faire ses gammes. Voilà et quand le produit fonctionne parfaitement, après tu peux te permettre de rentrer dans la couche du plaisir justement de l'utilisation. Donc voilà, il y a plein de parallèles à faire évidemment autour de la rigueur et de la créativité notamment qui sont des caractéristiques je trouve communes entre la musique et l'entrepreneuriat.
Oui. Et dans ces épisodes Fred, j'ai eu des invités qui avaient aussi des passions de jeunesse des fois qui semblaient d'ailleurs totalement déconnectés avec ce qu'ils ont fait ensuite mais qui ont pu les aider. Alors toi dans ton cas, tu as été formé comme physicien à l'École normale supérieure, évidemment une très très belle école de notre pays avant d'aller à Stanford travailler sur la robotique chirurgicale pour la NASA. Qu'est-ce qui te captivait à un moment donné quand même de partir dans la science et qu'est-ce que cette formation scientifique finalement t'a apporté fondamentalement dans ces premières années ?
Je pense c'est très très, il y a un côté rassurant je trouve dans les sciences parce que quand on réfléchit beaucoup et qu'on finit par trouver une solution, il y a cette satisfaction quelque part de la preuve, de la logique, d'avoir compris quelque chose. Voilà, quand on comprend pourquoi le ciel est bleu et que c'est la loi d'absorption de Rayleigh en oméga 4, bon, on fait tous les calculs et on arrive au bout du tableau parfois assez long et tu encadres un résultat et tu dis et c'est pour ça que le ciel est bleu. Donc c'est il y a un côté comprendre son environnement qui est assez satisfaisant je trouve quand on arrive à trouver un raisonnement logique de bout en bout. Donc ça c'est vrai que c'est quand même une satisfaction intellectuelle très forte.
Voilà. Peut-être aussi dans mon parcours ce qui a beaucoup joué, je l'ai pas mentionné sur la Vendée mais évidemment c'est la Vendée elle-même, c'est-à-dire que bah cette notion d'espace ouvert, de campagne, c'est moi j'ai grandi à la campagne, je faisais bah du vélo et de l'équitation.
Tu es arrivé ici en vélo ? Je tiens à le dire, c'est pas le même cadre à Paris, c'est sympa.
Mais je faisais beaucoup de enfin je profitais beaucoup de la campagne autour. On avait des chevaux aussi, tu vois. Donc on faisait des balades à cheval dans la campagne. Enfin, c'était très très ouvert, très sympa. Et c'est ça m'a beaucoup beaucoup influencé sur la suite aussi. D'ailleurs, quand je suis arrivé à Paris au début, j'ai eu beaucoup de mal. C'est marrant parce que la première fois que je suis arrivé à Paris pour faire la suite de mes études quand je suis arrivé en terminale, au bout d'une semaine, je me dis tiens, il a pas fait très beau cette semaine. Au bout d'un mois, je me dis pas fait très beau. Peut-être mois prochain, ça ira mieux. Pas fait très beau pendant un mois puis au bout de 3 mois tu dis non en fait c'est quand c'est quand qu'il fait beau ? Parce que c'est vrai qu'en Vendée, on a une météo qui est plus favorable avec la mer à côté forcément ça nettoie. Puis il y a des valeurs historiques vendéennes quand même très fortes. Il y a une histoire la Vendée qui est toujours présente mais alors bon c'est pas forcément cette culture là que je vais ressentir. C'est plus une forme d'honnêteté et d'intégrité intellectuelle que je trouve très très forte en Vendée. En tout cas c'est voilà, on fait ce qu'il y a à faire, on le fait bien. C'est une terre d'entrepreneurs aussi la Vendée. Il y a beaucoup d'entrepreneurs qui viennent de Vendée. Donc oui, il y a ces valeurs forcément dont j'ai hérité et qui me conviennent parfaitement.
Alors pour revenir aux sciences, oui, j'étais très attiré par tous les raisonnements logiques qui nous permettent de comprendre le monde qui nous entoure. Donc j'ai fait beaucoup beaucoup de physique. C'est pour ça que j'étais plus intéressé moi par la physique que par les maths.
Physique. D'accord. D'ailleurs, je me souviens d'un petit échange que j'avais eu avec Cédric Villani qui lui est donc plus sur les maths que sur la physique et je lui avais dit "Mais Cédric, c'est quoi pour toi la physique ?" Il me dit "La physique c'est une branche des mathématiques." Ouais. Je dis "Bah écoute, ouais enfin c'est la branche qui touche le sol quand même." Enfin tu vois.
Tu as raison, c'est le tronc.
Ah c'est une belle histoire ça. J'aime bien.
Et je lui dis bah voilà, je dis moi j'aime bien la physique parce que c'est le tronc des mathématiques. C'est-à-dire c'est le truc qui relie bah toute la pensée on va dire et les modèles conceptuels aussi, conceptuels des mathématiques à la terre, c'est-à-dire ce qui nous entoure et comprendre ce qui nous entoure. Donc les formules mathématiques comme ça permettent d'expliquer le monde qui nous entoure. Alors évidemment c'est très technique aussi. C'est ça que j'aime dans la physique, c'est que bah si tu te trompes sur tes calculs, tu n'auras pas le bon résultat non plus. Et donc il faut d'abord avoir fait tes maths et après passe par là et voilà et après tu comprends le monde qui t'entoure. Voilà.
Et tu le bâtis. Alors justement ces études alors tu c'était déjà en ta tête, tu dis "J'ai envie de résoudre des problèmes dans le monde. Donc du coup je vais m'armer en physique et je vais aller dans les meilleures écoles du monde d'ailleurs en France, aux US. C'était quoi ton raisonnement ?"
Euh non, le raisonnement c'était d'aller le plus loin que je pouvais en me disant si je réussis bien toutes mes études, j'aurais les portes ouvertes. C'était plus voilà. Point. Je sais que j'aurai les portes ouvertes. Après, je sais pas quelle porte je prend, après je verrai. Après, je verrai.
D'accord. Voilà. C'est ça. Tu plutôt cette notion là. D'accord. Alors après le Normal Sup donc tu pars à Stanford pour un master en informatique, tu te retrouves en pleine Silicon Valley, je crois que c'était à la fin des années 90, donc un moment clé quand même, il s'est passé des choses ou juste autour des années 2000.
Voilà, juste au moment du fameux, la fameuse bulle qui a un petit peu éclaté.
Et pendant 3 ans, tu travailles dans un labo de robotique affilié à la NASA sur la modélisation du corps humain qui est un gros sujet maintenant réactualisé à l'heure de l'IA d'ailleurs. On en parlera peut-être un peu plus tard et puis je crois même au Japon chez NTT aussi.
Tout à fait. Ouais. Ça c'était sur le signal audio.
D'accord. Alors, qu'est-ce que ces expériences ? C'est peut-être une ou deux anecdotes histoires Stanford ou NASA sur des sujets passionnants et puis la manière tu t'es imprégné de l'Amérique, de la Silicon Valley, on l'essait en toi finalement et est-ce que ça ça ça semait un petit peu ? Ça germait l'entrepreneuriat germait là-bas finalement.
Oui, je pense en grande partie parce que bon déjà quand je suis arrivé à Stanford donc j'y allais pour effectivement faire un mix entre de la physique et de l'informatique. Donc c'était le labo qui s'appelait le Stanford NASA Biocomputation Center, donc le centre de biocomputation, on va dire, de la NASA et de Stanford. Ouais. Et il recherchait quelqu'un qui était fort en physique pour coder en fait les déformations des tissus humains pour simuler le corps humain donc en opération.
Pourquoi ? parce que c'était pour envoyer en même temps qu'un équipage que tu envoies sur Mars, un équipage d'astronautes, envoyer un chirurgien dans l'équipe au cas où il y a un astronaute qui se blesse et qui a besoin de le réparer entre guillemets. Donc comme tu peux pas le renvoyer sur terre pour faire opérer, faut l'opérer là-bas sur place. Et donc on envoie un chirurgien. Sauf que le chirurgien est forcément spécialisé dans certaines opérations, pas toutes, il y en a des centaines. Et donc nous, on construisait un outil de enfin tout un environnement de chirurgie virtuelle pour qu'un chirurgien puisse s'entraîner sur d'autres modalités d'opération quoi. Finalement, voilà. Sur un environnement virtuel avant d'opérer la vraie personne et donc avec plus de chance de réussite sur les vraies personnes. Voilà.
Intéressant. C'était pour la pratique de l'entraînement en fait.
Voilà, c'était pour l'entraînement des chirurgiens. Donc ça nécessitait de modéliser tout le corps humain, donc à la fois tous les tissus mous, donc évidemment la peau, les muscles, les veines, les os, enfin tout ce qui compose le corps. Et donc, il fallait mettre des équations physiques là-dedans, mais des équations physiques suffisamment approximées, on va dire. Pour que ça soit, pour que le calcul se fasse rapidement. Et donc moi j'étais spécialement sur les dispositifs à retour de force parce qu'il y avait tout l'aspect vision en 3D puis il y avait tout l'aspect sensation dans les mains avec des outils qu'on appelle des haptic devices qui permettent de ressentir la sensation quand tu opères. Donc voilà, donc c'est là que j'ai commencé à basculer dans l'informatique parce que eux c'était dit et je pense qu'ils avaient raison qu'il valait mieux prendre quelqu'un qui était fort en physique et lui apprendre l'informatique que quelqu'un qui était fort en informatique et lui apprendre la physique parce que c'est pas les mêmes disciplines. Et donc c'est comme ça que je suis vraiment tombé dans l'informatique par l'obligation parce qu'il fallait que je code tout ce que j'imaginais comme équation physique en code informatique.
Et donc en même temps j'ai fait un master d'informatique à Stanford. Donc je faisais à la fois la recherche en parallèle. Voilà. Donc je faisais ma formation d'informatique en même temps que le côté pratique. Donc j'ai bah je suis passé à l'informatique vitesse grand V hein. C'est-à-dire que là c'était à la fois la théorie et la pratique et une immersion directement en master d'informatique là-bas. Donc non, c'était superbe. Mais en même temps, j'ai vu dans enfin à Stanford, je voyais des étudiants qui faisaient leur master ou même un peu plus loin leur PhD et qui mais qui finissaient pas nécessairement leurs études et qui allaient directement créer une boîte. Et là, je me dis c'est pas possible. Ça on m'avait jamais dit qu'on pouvait ne pas terminer. Non, ça se fait pas. Et c'était des gens qui avaient tu vois qui étaient très très intelligents, très performants. Donc enfin c'est des exemples aussi.
Tu restes en relation avec certains d'entre eux de l'époque ?
Euh oui certains enfin alors il y en a qui il y en a d'autres qui sont partis aussi chez Google qui recrutaient à fond parce que quand je suis arrivé Larry Page et Sergey, les deux fondateurs de Google, quittaient juste le campus et ils étaient en train de siphonner, recruter tous les talents dans le master d'informatique de Stanford.
Et ils t'ont pas siphonné parce que tu aurais pu avoir une histoire très différente finalement.
Non bah oui c'est vrai mais non ils sont pas venus chercher à cause de l'accent français peut-être. Peut-être c'est ça. Mais ouais. Et donc ça a planté la graine. Oui. En moi, c'est sûr, du fait que créer une société pouvait faire partie de mon parcours. Je savais pas à quel moment, je savais pas quand. Mais oui, jusqu'à présent dans mon cursus, jamais enfin dans mon pas un futur possible. Non, on m'avait pas tellement présenté ça comme un futur possible. Créer une boîte pas trop. Bah tu vois, mes parents sont profs. En plus, toute la génération de mes parents dans ma famille était prof aussi. Donc j'avais pas cet exemple en entrepreneuriat et puis même dans mes études, enfin tu vois à Normal Sup, on m'a pas dit ton futur c'est de créer une boîte. Ça a changé un petit peu maintenant mais enfin il a fallu quelques années quoi.
Oui. Alors c'est effectivement complètement en train de changer aujourd'hui et puis surtout je trouve qu'il y a un vrai grand parallèle moi entre le monde de la recherche et le monde de l'entrepreneuriat parce que en entrepreneuriat tu cherches hein. Oui c'est pas c'est pas trouver quelque chose. Et donc tout cet aspect de rechercher, d'essayer, de passer à la suite, ça rejoint beaucoup en fait, moi je trouve le domaine de l'expérimentation physique aussi parce que avant de tu vois avant de réussir à faire quoi que ce soit comme expérience en physique, tu fais plein d'essais puis il y a plein de trucs qui marchent pas. Donc voilà. Oui, mon passage aux États-Unis, enfin en Californie à Stanford a clairement planté la graine de l'entrepreneuriat en me disant "C'est une possibilité, on verra." gros déclencheur.
Et donc on fast forward de pas très longtemps après en Noël 2003, j'en ai parlé un petit peu dans l'avant-propos, tu dois rejoindre ta famille en Vendée, je crois pour fêter Noël avec ta sœur me semble-t-il et puisque tu trouves plus de place dans les trains. Voilà. Donc tu te dis ben on va y aller ensemble et puis sur l'autoroute, qu'est-ce qui se passe ? Tu dois nous dire un petit peu comment il y a est-ce qu'il y a un moment comme disent les Américains le moment ou non c'est sur l'autoroute à 10 bah quand pour ceux qui l'ont prise ouais il y a un moment on se fait doubler par les TGV enfin absolument je l'ai prise plusieurs fois déjà.
Et là je vois un TGV passer et je dis à ma sœur bah tu vois le TGV là je sais que il y a plus de place dedans parce que j'ai essayé de prendre des places il y en a plus. Et puis en même temps ma joie des dizaines de voitures, des centaines de voitures quasiment vides sur l'autoroute avec un conducteur, c'est tout. Et là, je me dis mais en fait des places pour aller en Vendée, il y en avait des milliers, elles étaient pas, elles étaient plus dans les trains manifestement mais elles étaient dans les voitures. Comment est-ce qu'on fait pour aller simplement indexer toutes ces places libres dans les voitures et puis les proposer à des personnes pour qu'elles puissent bah tout simplement en profiter ? Parce que bon moi j'avais eu la chance de trouver une place vide dans la voiture de ma sœur donc tu connaissais très bien donc oui la confiance familiale personnelle on y reviendra était là parce que c'est un élément important quand même. On reparlera dans quelques moments donc voilà mais je l'avais pas trouvé sur un service grand public donc je me suis dit bon il faut faire un service pour que tout le monde puisse trouver toutes les places libres et puis simplement après faire un échange avec le conducteur en partageant les frais parce que voilà c'est ce qu'on fait. Mais cette idée est venue réellement lors de ce voyage.
Et tu es arrivé, tu as fêté Noël et en fait pendant Noël, tu pensais qu'à créer ta boîte ou ça s'est décidé petit à petit, tu as commencé immédiatement.
Ouais, mais j'ai trouvé je me suis dit mais en fait si tu veux je quelque part je connaissais le covoiturage ou le carpool on va dire aux États-Unis on en faisait puis même aux États-Unis il y avait il y a des voies tu sais des carpool lanes absolument. Voilà et moi j'en faisais entre San Francisco et Stanford assez souvent enfin j'en faisais avec des copains quoi. C'est dire qu'on s'arrangeait pour pas prendre plusieurs voitures mais prendre qu'une seule voiture quand on faisait les trajets le matin et le soir parce que j'habitais à San Francisco à un moment et je travaillais à Stanford donc je faisais le commute tous les matins. C'est 50 minutes quoi. Ouais ouais. Et donc sur ce trajet-là, on faisait du covoiturage assez facilement et mais j'avais pas fait le lien avec les capacités technologiques dont on disposait à ce moment-là qui faisait que c'était possible de créer tout simplement une place de marché pour trouver des covoiturages.
Et c'est à ce moment-là que j'ai fait le lien en me disant "Mais attends, c'est techniquement faisable ?" Parce que là, pour le coup, j'avais fait beaucoup beaucoup d'informatique. Donc je savais ce qui était faisable, ce qui était pas faisable. Donc je savais très bien que ce truc-là était techniquement faisable. Il y a pas d'obstacle. Ouais. Et en même temps je savais que bah mettre plusieurs personnes dans une voiture c'était faisable aussi tu vois. Il y avait pas d'émotionnellement aussi. Il y avait des places libres. Donc je me dis bah il y a clairement un match, il y a une opportunité et ce truc-là va arriver. Je sais pas si c'est moi qui vais le faire mais ça va exister. Et donc j'étais persuadé que ça allait exister. Et tu sais c'est un petit peu j'imagine comme quand les gens qui cherchent de l'or tombent sur une pépite, ils la regardent 10 fois en disant "Mais est-ce que je suis en train de rêver ou pas ? C'est bien là ou pas ?" Et là quand j'ai trouvé ce truc-là, je me dis "Mais en fait non mais c'est vraiment un truc qui va marcher ça, c'est sûr. Enfin c'est juste il y a personne qui l'a vu."
Qu'est-ce qui s'est passé ? Il y a personne qui l'ait vu ou il y avait déjà des modèles ?
Alors après quand j'ai cherché, j'ai vu qu'il y avait été racheté je crois une société qui s'appelait covoiturage.fr. J'ai racheté le site internet après mais ouais, j'avais commencé moi à coder en même temps. D'accord. Et puis après aussi, j'ai découvert qu'en Allemagne, ils le faisaient mais depuis assez longtemps, mais par d'autres méthodes. C'était un réseau associatif avec des cabanes enfin des guichets dans les gares. Et donc c'était structuré d'une autre manière, soit par téléphone, soit tu allais carrément à la gare et tu disais "Bah la semaine prochaine, je voudrais aller je sais pas où à Francfort." Et un conducteur passait en disant "Bah la semaine prochaine, je vais à Francfort." Ah ouais, c'est bon. On a vu un passager qui est passé hier et qui voulait aussi aller à Francfort. Je vous mets en relation. Donc ça se passait vraiment à l'ancienne et pas du tout internet. Enfin, c'était en train d'arriver sur internet. Mais en tout cas moi qui voyageais beaucoup, je n'avais pas croisé ce service-là.
Tu vois tous les gens qui voyagent aujourd'hui, enfin quasiment tous ont entendu parler de BlaBlaCar. Ils savent que ça existe. Moi quand je voyageais beaucoup aussi, je n'avais jamais entendu parler d'un système qui permettait de nous mettre en relation. Et donc je me suis dit bon bah ce truc enfin si ça existait en tout cas à l'échelle à laquelle ça doit exister, c'est-à-dire à l'échelle d'un service de transport enfin de mobilité très généralisé, j'en aurais entendu parler. Et donc je me suis dit ça ce truc-là soit ça marche pas pour des raisons des obstacles techniques ou juridiques que je n'ai pas vus. Soit si ça marche c'est pour tout le monde. Sûr ça va être massif. Et voilà et en tout cas à date c'est pas pour tout le monde parce que j'en ai jamais entendu parler alors que je me déplace beaucoup. Ouais. Donc c'est ça qui a aussi forgé ma conviction sur.
C'est là où tu as recherché, tu as vu ce site web et tu t'es dit ben je vais acheter ce nom déjà de site web. C'est ça.
Non, c'est passé plus de temps que ça parce que en fait il était pas encore, était pas connu le truc. D'accord. Moi j'avais le service, je l'avais appelé Comuto au début parce que ça venait de Comuto, Comutare en latin qui veut dire échanger des services parce que ça allait plus loin. Après je me suis dit mais on peut faire ça pour beaucoup d'autres choses et pas que le covoiturage tu vois. Ça peut aussi être tout un tas de cours particuliers ça peut être bon plein plein de services entre particuliers différents très holistique. Ouais. Et Comuto, c'est échange de service en latin par comparaison à l'échange de biens type eBay. Parce que moi dès que j'ai commencé à avoir cette idée-là, c'était plutôt eBay le modèle que j'avais en tête. Je me dis tiens c'est mais ça se rapproche d'eBay en fait ce truc-là sauf que c'est pour autre chose. C'est pas pour des biens ou c'est pour des services. Pour les services de mobilité. Voilà, donc c'était ça l'idée de départ et puis non, après ce qui s'est passé c'est qu'il y avait un étudiant René qui avait lui essayé de lancer justement un service de covoiturage comme ça sur internet et qui l'a simplement revendu qui m'a dit bah voilà si tu veux le reprendre d'accord vas-y voilà et moi j'ai pris tout le code que j'avais développé tout seul avec non avec Damien avec mon copain Damien assez vite on s'est mis ensemble et je l'ai redéployé du coup sur une autre URL. Mais c'est enfin c'était bien sûr.
Et c'est à cette époque donc tu t'es lancé avec tes cofondateurs Nicolas Brusson et Francis.
Alors ouais ça a pris un petit peu plus de temps que ça. J'ai rencontré après Francis, il y a aussi Nicolas de Roche qui nous avait rejoint qui était un ancien collègue. Ouais. Et puis ensuite je suis parti à l'INSEAD. Alors là j'avais lancé le service déjà de covoiturage. Je suis parti en MBA à l'INSEAD et quand parce que tu disais j'ai pas ce bagage business. Exactement. Ouais. J'avais l'impression d'être trop tech.
Euh, j'étais trop enfin trop, on n'est jamais trop mais j'étais très tech et pas business.
Et tu penses qu'aujourd'hui tu referais ces deux écoles ou pas ou tu ferais l'impasse sur l'INSEAD ? Une curiosité, je.
Non, je referai. Ouais, je referai carrément parce que l'INSEAD m'a apporté beaucoup plus que simplement une culture économique. Ça m'a apporté beaucoup d'outils et de compréhension sur comment on crée une société. C'est-à-dire toutes les étapes de l'association aux différents partenariats qu'il faut monter, à comment tu gères tout simplement. Ouais. Mais aussi ça m'a apporté beaucoup de connaissances et de personnes qui m'ont aidé. Un réseau aussi, un réseau incroyable et aussi une forme de crédibilité mine de rien vis-à-vis des investisseurs qui se disaient bon ça va c'est pas juste un tech entre guillemets, c'est quelqu'un qui a une formation business et donc j'avais le même vocabulaire aussi et ça aide énormément pour pouvoir lever des sous. Ouais. Ouais. Donc non, ça a été très très utile même par rapport à l'INSEAD que je dis souvent c'est que j'ai deux regrets. C'est un de pas l'avoir fait plus tôt et deux de pas pouvoir le refaire vraiment parce que tu le fais qu'une fois.
Ils t'accueilleront toujours hein. Je pense que tu vas en tant que mais le MBA tu le fais qu'une fois donc tu vas en tant que.
Alors je sais que les premières années elles ont pas été si simple d'après ce que d'après mes renseignements, une banque te refuse.
Ouais bah c'est-à-dire que pour ouvrir un compte en banque le mot internet faisait fuir faisait peur.
Je voulais pas mais j'ai même une fois un banquier qui m'a enfin un agent d'une banque qui quand je lui ai exposé ce que je voulais faire donc je voulais juste ouvrir un compte en banque je voulais mettre 10 000 € sur le compte en banque mais même il voulait pas m'ouvrir mon compte parce que je disais internet et il y en a un qui m'a raccompagné à la porte en me tapant sur l'épaule en me disant merci monsieur mais internet en a déjà donné.
Ah oui carrément. Waouh vous avez tout compris l'histoire. Et ça c'était en quelle année ? 2000 ?
D'accord. Alors, je sais que pendant des années tu as pas vraiment touché de salaire hein. En tout cas c'est toujours bon entendre pour nos auditeurs aussi sur les des fois les.
C'est pour ça que souvent je dis que le meilleur ami des entrepreneurs, c'est les pâtes. Ouais. Parce que tu vois ça nourrit et c'est que ça coûte pas cher. Et donc c'est pas les pizzas. Alors bah les pizzas ça coûte un peu plus cher les pâtes ça coûte moins cher que les pizzas. C'est beaucoup moins cher.
Alors Fred, tu as eu cette phrase que j'aime beaucoup. Tu as dit "Dans l'entrepreneuriat, il n'y a pas d'ascenseur mais seulement des escaliers." Ouais. Alors parle-nous un peu des escaliers.
Oui, j'aime bien cette analogie parce que ce que l'on voit souvent dans l'entrepreneuriat, enfin en tout cas quand ça marche, on a l'impression que ça monte. Enfin, tu vois, il y a cette image ça monte, ça marche le courbe exponentielle, le scale, le machin ou voilà il y a une idée de s'élever en fait, de monter. Donc pour monter, qu'est-ce qu'on a inventé nous les humains ? On a inventé deux trucs, les escaliers et les ascenseurs. Les escaliers avant les ascenseurs. Et en fait croire qu'on va s'élever comme dans un ascenseur quand on monte une boîte, c'est se tromper. Parce que quand on monte avec un ascenseur, il y a zéro effort. Quand on monte avec un escalier, on sent chaque marche. Ouais. Et puis en plus l'escalier de l'entrepreneuriat très souvent c'est tu montes de deux marches, tu redescends de trois, tu remontes de trois, tu redescends deux, tu remontes de 4, enfin tu vois. Et donc cette image-là, elle fait comprendre que l'ascension, ça ne se fait pas sans effort, sans essais, sans tout ça. Et donc c'est pas magique. Et que un entrepreneur qui bah beaucoup de travail, ouais, qui essayerait de enfin qui se dirait tiens je vais créer une boîte et ça va monter tout seul et qui cherche le bouton de l'ascenseur, il va être déçu. Ouais. Enfin je l'ai pas trouvé, j'ai pas trouvé de bouton.
Euh non seulement tu as pas trouvé de bouton mais je crois que tu as essayé cinq boutons différents, cinq modèles économiques différents, si je peux utiliser cette analogie-là encore sur l'ascenseur mais qui était un escalier et qui ont pas fonctionné et donc là où pas mal se serait arrêté toi tu as poursuivi mais explique-nous c'est intéressant dans parmi nos auditeurs, il y a beaucoup d'entrepreneurs, jeunes entrepreneurs notamment Impact et autres. Quelle est la leçon que tu retires un peu de ces cinq échecs finalement de modèles et le conseil que tu pourrais donner sur cette fameuse itération, ce fameux pivot dont on parle à toutes les sauces ?
Oui, c'est une forme de aussi d'humilité que tu développes parce que des fois tu as des idées sur la manière avec laquelle ça doit fonctionner et puis la réalité te rappelle que c'est elle qui décide. Ouais. Que c'est pas toi. Et donc il faut que tu essayes jusqu'à ce que ça marche mais tu n'as pas forcément toujours les bonnes méthodes, la bonne idée pour que ça fonctionne et donc ta seule manière d'y arriver c'est d'essayer plusieurs fois. Alors après, il y a une citation d'Einstein qui m'accompagne tout le temps. Ouais. Qui dit que le signe de la folie c'est d'essayer plusieurs fois la même chose en espérant un résultat différent. Ah, j'aime beaucoup. Voilà. Et donc il faut faire attention, faut pas essayer toujours de la même manière. Non, il faut varier tes essais mais ça finit par marcher.
Quelle est ta recette dans cette variation ? Est-ce que tu veux donner juste deux exemples peut-être entre le premier modèle et le modèle où tu as eu le où tu as craqué le modèle. Voilà.
Mais je pense que la base, mais c'est comme quand on construit n'importe quel produit, c'est de revenir au problème qu'on cherche à résoudre et de ne pas tout de suite comment dire passer à la solution. Solution. Ouais. Ne pas tout de suite imaginer une solution. Il faut quand ou alors parce que quand on essaie de construire un produit ou un service, on essaie justement quand même de construire la solution mais quand ça ne marche pas, il faut pas rester dans cette solution-là. Il faut revenir au problème de départ et se dire "Attends, attends, attends, pourquoi je fais ça ? Qu'est-ce que je cherche à résoudre ?" Tu sais, c'est comme tu recules par rapport à l'obstacle pour mieux le voir de plus loin et puis te dire tiens en fait ben non, on peut passer par il y a un autre passage par là-bas. Est-ce que je ouais. Voilà. Et donc, il faut se défaire de la solution qu'on a imaginée et se replacer dans la perspective de l'objectif. Ça c'est dur même au niveau émotionnel pour certains. J'ai remarqué entrepreneurs, moi je leur dis souvent nos jeunes entrepreneurs impact, ne tombez pas amoureux de votre solution mais de votre problème. Oui, c'est exactement ça.
Because it's the most important thing. And that's exactly it. So, there are several difficulties in there. I think that indeed there's the creative side, but that can be solved by taking a step back. But there's also the emotional side of the attachment to what you've built, because even if it doesn't work, you've still done something. You've built something, and that's...
So, another way to see it is that for me, the only structures that can progress are those that have assimilated the notion of sunk cost. Jean-Philippe must be familiar with that.
Sunk cost. So, in French, it translates a bit poorly, but it's the irrecoverable costs, let's say.
And so it's an investment, well, you thought it was an investment, but in fact, it's not going to serve you for the future.
It's an investment that doesn't serve for the future. That is to say, it's a loss.
It's a loss. It's a write-off, as Americans say. It's a write-off.
Exactly. So, but you have to succeed in acknowledging that it's a sunk cost and not tell yourself... and be ready, you know. And not say 'No, no, but there's still something I can reuse.' No, in fact, this thing is dead. You can't reuse it anymore. And so when you've assimilated that, you're able to imagine something else and to get rid of...
...of what you had built previously, even if you invested a lot of energy. And that's a bit contrary to everything we're often taught, including obviously in our studies, because there's a very predictable and linear side to everything we generally learn in our studies.
Because we're taught things that work with certainty.
Because if they teach us them, it's because there are already thousands, tens of thousands, sometimes millions of people who have already walked that path, and we know that path works to validate it. So everything we do when we're taught things in our studies is to make us walk paths that have already been cleared. And so the time we spend is always indeed an investment and always helps us progress on that path.
Unlike when you create something, you take... well, there's no path by definition, and so sometimes you're completely wrong, you're not on a road at all, and so it's a dead end and you have to come back and change. First, this humility too. That's where I think probably that partners, trusted people with whom you can have very direct discussions about...
Not getting attached to your own solution.
Can help. Is that... yes, I think that's... we're going to come back to music. Music taught me a lot for that because you see, typically when you play a piece... it taught me a lot to detach myself from what I've done to think objectively, externally, about other potential ways to do better. So, not being too emotionally attached to what I've built for the sake of what I need to build, to potentially imagine other solutions. But so why music? Because for example, you see, when you play a piece by Chopin, and you play in front of people, well, people will be able to appreciate it or not. In any case, if they don't appreciate it, that corresponds to you having delivered a product that doesn't work when you translate that.
You translate that into entrepreneurial language. That's it. So you played and people don't like it. You made a product that doesn't work. So, but when you play a piece by Chopin and people don't like it, they'll be able to criticize your interpretation, different things, but they won't say Chopin is bad.
They won't say that because Chopin isn't bad. Chopin is one of the best, maybe even the best piano composer I know. But on the other hand, when you've composed a piece...
...or even gone further, you've added lyrics and your work, and you've sung and you're doing everything. You're playing, singing your text, and there you play your piece and people don't like it. It hurts.
It hurts very, very, very much. And because you feel that for once, everything, that everything is being rejected, that it's you, they're rejecting your whole personality because you've put all your passion into this piece and into your interpretation. And so when people don't like it, it teaches you to detach yourself because it's necessary, because otherwise, it's even vital. If you don't detach yourself from what you've done, you're dead.
Because you feel that people are judging you entirely. And so that, since it's happened to me quite a few times to play things, to compose things and for them not necessarily to be received with the greatest enthusiasm, it taught me to detach myself from what I do, from what I've created, to look at it from another angle, including from the angle of the person who criticizes it or explains why they don't like it. And to be able to try again differently, to redo and to go back. And that's a real strength.
I'm smiling because it happens that yesterday, I recorded another podcast, I'm doing several in a series remotely with the author of Chatter, I don't know if you know him, Ethan Kross. It was a book that had a lot of success a few years ago. He wrote a second one which is Chatter. It's that little voice we have inside us that tells us 'Jean-Philippe, you were bad there, you were below everything, Fred on that Chopin. It's horrible what you did.' And in fact, Chatter, well, I won't spoil the episode which will perhaps not be out by the time this one is released, Fred, it's about learning to step up to the balcony and see yourself. Fred, you're the first person who talks about himself and managing to take this elevation and this distance with respect to oneself, to accomplishments, to actions we take, and managing to manage our emotions. And I find that at the heart of what is our subject of positive leadership, it's an extremely important virtue and for many scenarios, not just entrepreneurial ones, by the way.
Yes, because in fact, the difficulty... so there's the difficulty with respect to oneself, with respect to a form of self-love and pride that we want to feel. So, realizing we were wrong is always delicate with respect to oneself. But then, there's also the gaze of others, completely. That is to say, we tell ourselves 'But what will they think?' So, well, you have to try as much as possible to get rid of that because if the gaze of others prevents us from improving, we've missed something. We've really missed a lot.
So that's where it's important indeed to have around you a form of benevolence because... and that people don't hold it against us when we make mistakes, saying 'It's okay, I still love you Fred, you...'
Benevolent but able to tell you also that you messed up.
Yes, yes. No, no, not complacent. Or no, it's not the same, indeed, benevolent but not complacent, of course.
And so understanding that, well yes, failure, error is part of the journey. But that, for that, it's what you also understand by doing research. So there's an episode that marked me also regarding that since Normal Sup is a school to train you as a researcher. I will remember all my life this first day at Normal Sup. They had received us in the amphitheater. So, you see what the Normal Sup exams are like, they're quite complicated. I never took the type personally... which are quite complex and then very often you finish because it's really very, very, very long and so you finish and you tell yourself 'I don't know, I did 25 or 30% of the exam, it won't work.' Then finally you end up with 14, 15, or 19 and you tell yourself 'Ah yes, so in fact it wasn't meant to be finished, it was for 3 days. It's not possible.' And so she receives us in the amphitheater and then the acceptance rate is barely 1% I think of people who are admitted compared to thousands who present themselves. And in physics, there were 23 places, so it's not many. And so you still feel like you've crossed a real barrier when you get in. And there she tells us 'Hello everyone, bravo, you got into Normal Sup, you answered a multiple-choice questionnaire.' I say 'Yeah, your questionnaire was a bit tough, it was a little bit tough.' She says 'But yes, because you need to understand that all the questions you answered...'
...others have asked themselves. You only answered a stimulus, a stimulus, and now together we're going to learn to ask the questions. There. And that's... And there you say 'Ah yes, okay, that's it.' So there, I crossed the barrier, it was the sandbox. I know how to do 3 times 4 is 12. And there now, we're going to use somewhere this new agility we have, this dexterity, this facility of calculation since we also speak of that, typically to go much further and ask new questions and then, well, we're equipped normally to go clear much faster on new problems. And that was... Yeah, it was transformative for me to really tell myself 'Okay, now it's fine, I have the basics.'
I know how to count, I know how to read, I know how to write, and now I can search.
I can search, I can create, I'm ready, and notably I can ask questions and relevant questions. It's so true what you're saying. And I had a superb episode with someone for whom I have a lot of respect and who is a master coach, a guru coach who wrote one of the two bestsellers, Coaching Habits, and he developed a whole coaching model around seven fundamental questions. So in fact, there's a whole battery and you can go much further than these seven, but you realize and you know like me when you have relationships, whether personal, friendly, family, but especially also professional, employees and others, that the ability to enter into a relationship that will be strong in terms of trust and then also in terms of what we can accomplish together, well, it requires so much curiosity that you can have towards the other. And the art of asking questions with a certain curiosity while respecting the person allows you to go much further in the ability to create things together. There. I'm closing the parenthesis, but I'm so convinced that the difference between two questions between two people can create such a difference in perhaps the search for a solution, a product, or other things, based on these questions asked. So thank you for reminding us because I find it's very powerful, the art of the question.
Yes, it's... it's not... So now, I'd like us to move on to this trust model. What fascinates me most in the BlaBlaCar model is that you put people, or millions of people who don't know each other, and who through an approach that you defined, I want to say. So you'll talk about it better than me. You formalized a framework called DREAMS. With NYU Stern School of Business and also studied by Harvard, INSEAD, Warwick, and it's a model that showed that BlaBlaCar members with a complete profile were considered more trustworthy than work colleagues or even neighbors. And I find that quite incredible. And so explain to us how you built this trust mechanism and how you were sensitive to that because it's perhaps not an immediate finding.
So, thank you very much for bringing up this subject because if I take a step back from everything I've been able to discover and do up to today...
It's the most amazing thing, the most fundamental thing I've discovered.