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Christine Lagarde
President, European Central Bank

CHRISTINE LAGARDE détaille la STRATÉGIE de la BCE face aux TENSIONS MONDIALES

🎥 Jun 15, 2026 📺 France Culture ⏱ 38m 👁 3418 views
Alors que s’ouvre le sommet du G7 à Évian, Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, explique comment l’Europe entend préserver sa souveraineté économique face aux stratégies commerciales américaines et à la concurrence chinoise. Elle revient également sur la récente hausse des taux directeurs et ses implications pour l’économie européenne. 00:00 — Christine Lagarde face aux tempêtes du moment 02:00 — Trump, Iran : le retour de la stabilité ? 05:00 — Pourquoi la BCE remonte ses taux d'intérêt 08:30 — Inflation : le danger que veut éviter Lagarde 12:00 — Qui gagne et qui...
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About Christine Lagarde

Christine Lagarde, President of the European Central Bank, has been navigating the economic impact of the war in the Middle East and the resulting energy price shock. In April 2026, the ECB's Governing Council decided to keep interest rates unchanged, citing intensified upside risks to inflation and downside risks to growth. Lagarde stated the conflict has led to a sharp increase in energy prices, pushing up inflation and weighing on sentiment, and that the longer the war continues, the stronger the likely impact on broader inflation and the economy. She emphasized a data-dependent, meeting-by-meeting approach and ruled out pre-committing to any particular rate path. In June 2026, the ECB raised its three key interest rates by 25 basis points. Lagarde described the decision as unanimous and not an "insurance" or "preemptive" move, but a response to the major energy shock enduring longer than expected and broadening through direct costs. She said the rate hike was robust across a range of scenarios and that the ECB remains committed to stabilizing inflation at its 2% target in the medium term. Among other topics, Lagarde advocated for the swift adoption of a digital euro, which she said would enhance Europe's strategic autonomy and financial integration, and called for deeper capital markets union, including a mutualized debt instrument to provide market depth and liquidity. She also spoke on gender equality, stating that closing gender gaps could boost GDP and that building confidence is important for women in leadership roles.

Source: AI-verified profile updated from Christine Lagarde's recent appearances. Browse all interviews →

Transcript (35 segments)
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Guillaume Erner0:00
Christine Lagarde. Bonjour Guillaume Erner, vous êtes présidente de la Banque centrale européenne, c'est-à-dire l'une des femmes les plus importantes du monde, les plus puissantes en Europe. On va revenir d'ailleurs sur le rôle de la Banque centrale européenne. Vous avez auparavant de 2011 à 2019 dirigé le FMI, le Fonds Monétaire International. Mais avant tout, je suis obligé de vous faire réagir à l'information de la nuit. C'est la une du Figaro. J'ai suspendu l'accord entre Trump et l'Iran. Il y aurait donc un accord conclu. Celui-ci serait signé dans quelques jours en Suisse. Votre réaction Christine Lagarde ?
C
Christine Lagarde0:41
Écoutez, si cette nouvelle est confortée par les développements des jours qui viennent et la signature d'un memorandum of understanding, d'après ce que j'ai compris vendredi en Suisse, c'est une bonne nouvelle. On ne peut que s'en réjouir surtout si elle consacre l'ouverture et le déminage du détroit d'Ormuz puisque c'était vraiment ce détroit par lequel transitait un volume important de gaz et de pétrole qui a entraîné une augmentation phénoménale des cours des matières premières et beaucoup d'instabilité dans le monde. Donc c'est en soi, si c'est confirmé, parce qu'on a été échaudé un certain nombre de fois par l'imminence d'un accord, mais il semble d'après ce que non seulement les tweets des uns et des autres indiquent mais surtout ce que des officiels des deux côtés des affaires étrangères indiquent, il semblerait que cette fois-ci ce soit le bon. Donc on va voir. Ce que j'en comprends, c'est qu'il est prévu la réouverture progressive du détroit d'Ormuz. Pas de péage prélevé par les Iraniens, le déminage qui commencerait, auquel peut-être un certain nombre d'autres pays participeraient en soutien, et puis 60 jours supplémentaires pour encore négocier. Donc on n'a pas encore fini l'histoire, et en particulier toute la question de l'enrichissement de l'uranium reste à débattre, à convenir et à conclure en forme d'accord puisque c'était un des, entre guillemets, buts de cette guerre étrange.
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Guillaume Erner2:11
Et alors ce G7, vous en attendez quoi justement dans ce contexte là ? Christine Lagarde, est-ce que c'est ça en fait le point le plus important ? Le retour à l'apaisement ?
C
Christine Lagarde2:22
Vous savez, vous avez mentionné que j'avais été directrice générale du Fonds Monétaire International. Chaque fois que la paix revient, c'est une bonne nouvelle. Moi, j'ai vu des pays dans lesquels nous avions fait des programmes pour aider au développement économique, à l'amélioration des conditions de vie des citoyens, où la guerre revenait et où tout était mis par terre à nouveau. Donc le retour de la paix dans l'absolu, de toute façon, c'est une bonne nouvelle. Donc après, vous savez, il y a des calendriers de communication, c'est-à-dire que le fait que la signature soit annoncée hier, le jour de l'anniversaire du président Trump, la veille du début du G7 qui commence ce soir avec une perspective de signature en Suisse en plus tout près de Biarritz. Tout ça n'est pas totalement anodin. Il y a des communicants de grands talents qui prévoient les choses, mais peu importe à la limite dès lors que ce serait vraiment la paix, on peut s'en réjouir. Le G7, chacun des membres participants arrive avec ses buts de négociation et c'est toujours très intéressant. Moi, j'ai participé à pas mal de G7, en particulier les 8 années où j'étais directrice générale du FMI. Chaque pays fait sa déclaration avant. Ils font une conférence de presse, ils écrivent une lettre et ce qui est très intéressant, c'est de voir s'il y a une espèce de convergence des buts de négociation. Ce n'est pas toujours le cas. Je crois que l'agenda français, c'est de se concentrer sur les grands déséquilibres entre les différents blocs, les États-Unis, la Chine, l'Europe et pour voir de quelle manière on pourrait les résorber.
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Guillaume Erner4:01
J'ai dit en introduction, vous étiez l'une des femmes sinon la femme la plus importante d'Europe. Qu'est-ce que Christine Lagarde peut faire pour moi ? Qu'est-ce que la Banque centrale européenne ? En quoi votre rôle et celui évidemment de l'institution que vous présidez est important pour les auditrices, les auditeurs ? Expliquez-nous.
C
Christine Lagarde4:24
Notre mission telle qu'elle a été fixée par les fondateurs de la Banque centrale européenne il y a plus de 25 ans, c'est la stabilité des prix. C'est explicité noir sur blanc dans le traité qui nous gouverne. Donc depuis plus de 25 ans, notre mission c'est de garantir la stabilité des prix dans tous les États membres de la zone euro. Alors on a commencé petit, on est maintenant 21 États membres depuis qu'on a intégré la Croatie puis la Bulgarie. Et dans ces 21 États membres, en les regardant comme un bloc économique, on peut revenir là-dessus parce que c'est un des problèmes auxquels nous faisons face, on doit maintenir la stabilité des prix qu'on a définie comme étant 2% d'inflation. Pourquoi 2% ? Parce qu'on considère que c'est le chiffre qui permet à la fois un peu de négociation salariale, un peu d'erreur statistique et en même temps qui ménage une espèce de petit coussin de confort, et c'est surtout un taux d'inflation qui est relativement indolore dès lors que les négociations salariales avancent à peu près au même rythme que l'inflation plus la productivité. Donc ça c'est la mission stabilité des prix qui est destinée à éviter l'inflation. Sachant que chaque fois qu'on se trouve en situation d'inflation, c'est assez dramatique pour le pouvoir d'achat, pour la consommation des ménages à moindres revenus, que ça entraîne des primes de risque associées aux investissements et aux emprunts à la fois des ménages, des entreprises et des États membres. Donc c'est très important d'arriver à cette stabilité. La deuxième mission que je considère comme la nôtre à la BCE, c'est de préserver l'euro. C'est notre monnaie commune à nous tous les 360 millions d'Européens qui réfléchissons, gérons, payons en euros.
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Guillaume Erner6:17
Voilà, vous avez décidé, vous collectivement, la Banque centrale européenne a décidé une augmentation des taux. Alors, il faut dire pour fixer les choses, sans entrer trop dans la technique, la BCE considère qu'un taux d'inflation cible est d'environ 2%. C'est 2%, ouais. Et les taux, alors il y a trois taux directeurs, c'est des taux très importants dans notre vie quotidienne. Si vous voulez par exemple acheter un appartement, ben vous dépendez de ces taux. Ces trois taux directeurs, vous avez décidé de les remonter, ce qui n'a pas été fait depuis 3 ans. Vous êtes aux alentours de 3,5% en augmentation de taux. Pourquoi avez-vous pris cette décision ? Est-ce que cette nouvelle de la nuit, le fait que l'accord soit pris, est-ce que c'est de nature à modifier cette décision ? Christine Lagarde ?
C
Christine Lagarde7:06
Alors, les trois taux, qu'est-ce que ça représente ? C'est le taux auquel les banques se refinancent chez moi à la BCE et ça leur donne le coût de l'argent qu'elles facturent ensuite aux entreprises ou aux ménages ou à l'État éventuellement pour qu'ils empruntent. Donc quand vous Guillaume Erner allez acheter un appartement, vous allez obtenir un crédit hypothécaire probablement dont le taux sera fixé par la banque en tenant compte du taux auquel elle se finance chez moi et de la marge qu'elle va réaliser et du risque que vous constituez. Voilà, c'est à peu près ça. Le taux principal, celui dont on parle tout le temps, c'est le taux traditionnel de refinancement quotidien des banques. Aujourd'hui, non, je vais revenir en arrière une seconde. Avant la guerre, c'est-à-dire avant le 28 février, le taux directeur était à 2% et on avait une inflation qui était presque à 2%. Donc c'était parfait. Enfin, j'exagère, mais c'était une bonne réalisation : 2% d'inflation, un petit peu plus de 2% d'inflation, 2% de taux d'intérêt. OK. Qu'est-ce qu'on a vu ? On a vu un choc pétrolier brutal qui est un choc extérieur qui apporte une augmentation des prix. C'est un peu comme une taxe qui serait facturée par les États producteurs et distributeurs de produits pétroliers. Mais il faut qu'on la paye. En soi, si ça n'est que ça, si ça dure pas trop longtemps, on peut considérer qu'on va pas bouger parce que ça va graduellement se résorber tout seul parce que le choc est de relative faible intensité, de relative faible durée. En revanche, et c'est ce que nous avons commencé à voir, c'est que un choc de cette nature, il est éventuellement durable. 100 jours, c'est assez long et il est assez fort. Et surtout, et c'est ça qui est le point le plus important et que j'espère les auditeurs pourront comprendre, c'est qu'un choc de cette nature, il se diffuse ensuite dans l'économie. C'est-à-dire que dans un premier temps, si vous allez, je sais pas, si vous allez au restaurant, vous allez conduire votre voiture pour y aller, enfin vous non parce que vous roulez en vélo, mais vous conduisez votre voiture, le prix à la pompe, il aura augmenté. Ça c'est l'effet direct de l'inflation. S'il y a que ça et si ça s'arrête là, on peut imaginer que la banque centrale, elle laisse faire. Si un mois plus tard, vous retournez dans ce même restaurant, vous prenez toujours la voiture, vous allez payer un peu plus à la pompe, mais vous allez probablement aussi payer un peu plus au restaurant parce que lui, il aura des produits qui auront augmenté, il aura une note de gaz qui aura augmenté, il aura des coûts supplémentaires. Effet indirect de l'inflation. Ça, on a absolument commencé à le voir un peu partout depuis plusieurs semaines. Et puis si vous retournez 2 mois plus tard, la note sera peut-être un peu plus élevée pour vous parce que vous payerez toujours le prix à la pompe. Vous payerez toujours des frais de matière première, de nourriture, de farine, de gaz du restaurateur, mais vous allez aussi payer une augmentation probable des salaires. Et ça, c'est ce qu'on appelle l'effet de second tour si vous voulez. Et ça, notre mission à la Banque centrale européenne, dès lors qu'on commence à identifier ça, il faut tout de suite prendre des mesures et c'est la raison pour laquelle à l'unanimité des 21 gouverneurs des banques centrales, nous avons décidé d'augmenter de 0,25, faisant passer le taux de 2 à 2,25%. Voilà.
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Guillaume Erner10:37
Mais alors l'une des conséquences de tout cela Christine Lagarde, c'est qu'évidemment on le comprend, l'argent est plus cher, l'argent est plus cher, donc il y a moins de recours à l'investissement. Alors, ça n'est pas seulement les ménages, même si les ménages ont un rôle, ce sont aussi les entreprises et tout cela peut freiner des investissements. Alors même que l'Europe, on va évidemment reparler mais c'est le sujet central, l'Europe est disons dans une mauvaise passe presque structurelle sur le plan économique notamment du point de vue de son industrie.
C
Christine Lagarde11:08
Vous avez dit le mot, elle est dans une mauvaise passe structurelle et ce sont des mesures structurelles qui vont pouvoir répondre aux circonstances actuelles. C'est-à-dire, mais ça j'espère qu'on y reviendra tout à l'heure, mais éliminer les barrières internes, garder l'argent et l'épargne colossal des ménages des entreprises en France pour de l'investissement dans l'innovation et dans la compétitivité, c'est exactement la bonne réponse qu'on doit apporter. Moi, Banque Centrale, je suis obligé de remplir ma mission. Je dois assurer la stabilité des prix quand je commence à voir le nez de l'inflation qui sort et que je me dis non seulement on a des effets directs, on a des effets indirects. Vous souvenez le restaurant, vous allez au restaurant et cetera, mais qu'on commence à sentir frémir les effets de second tour, c'est-à-dire des risques d'augmentation des salaires en particulier, on doit nécessairement prendre des mesures et on a un indicateur qu'on regarde attentivement, c'est l'inflation sous-jacente. L'inflation sous-jacente, c'est l'augmentation des prix que vous supportez, que je supporte, dont vous défalquez les prix de l'énergie, les prix de la nourriture parce que ça, ce sont des éléments très variables. Vous gardez le cœur et ce cœur-là aujourd'hui, il est à la hausse. On est à 2,5% de prévision d'inflation sous-jacente. Je regarde un deuxième élément de manière très attentive aussi, c'est le prix des services parce que dans le prix des services, vous avez un élément salaire important. Le prix des services aujourd'hui, il est passé de 3 à 3,5%. Donc, j'entends les critiques, c'est souvent des critiques françaises et je les comprends. Bon, voilà, elle est en train de prendre des mesures, ça va tuer la croissance. Moi, je dois tuer l'inflation si elle se réveille parce que si elle sort de la bouteille, l'inflation, pour la faire rentrer, ça sera beaucoup plus difficile, ça sera beaucoup plus coûteux. Et une situation inflationniste de long terme, c'est pas acceptable pour les consommateurs, pour les entreprises non plus. Et moi je remplis pas ma mission.
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Guillaume Erner13:06
Il y a différents types d'inflation. Alors, vous avez rappelé un type d'inflation, mais il y a aussi une inflation sur les actifs. Et on dit souvent qu'il y a toujours, c'est un peu comme dans la galaxie, il y a toujours de l'inflation quelque part dans l'univers, y compris de l'inflation en matière d'actif. On le voit avec la bourse qui atteint des sommets record. Certains biens immobiliers, des biens de luxe. Tout ça pour vous dire que les taux élevés profitent aux gens riches, très très riches. Et on peut redouter que cette décision dont on comprend les tenants et les aboutissants renforce encore les inégalités en permettant aux gens extrêmement riches, ceux qui ont du cash et qui profitent donc de ces taux, de devenir encore plus riches. Christine Lagarde.
C
Christine Lagarde13:54
Il y a beaucoup de choses justes dans ce que vous dites, mais quand je regarde moi ce contre quoi je lutte, qui est l'inflation, qui est-ce qui est le plus affecté par l'inflation ? Ce sont les ménages les plus pauvres. Ce sont eux qui consacrent une grande partie de leurs revenus aux achats d'énergie alimentaire, aux loyers, aux crédits à la consommation et cetera. Donc moi, ma mission c'est de lutter contre l'inflation. Une augmentation des taux d'intérêt de 0,25, c'est pas ça qui va enrichir les plus riches. C'est plus favorable parce que quand vous investissez, quand vous épargnez, si le taux d'intérêt est un peu plus élevé, c'est plus confortable et ça vous fournit plus de revenus de votre capital. Mais si je laisse filer l'inflation, qu'est-ce qui va en payer le plus le prix ? Ce sont les ménages les plus pauvres.
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Guillaume Erner14:49
Et si on décidait tout simplement de gager, de relier les salaires à l'inflation, il y aurait une possibilité de dire voilà pour les ménages les plus pauvres, il n'y a aucune incidence à une inflation puisque les salaires augmenteraient mécaniquement.
C
Christine Lagarde15:07
Alors c'est un petit peu ce qui se passe. C'est tout à fait ce qui se passe par exemple en Belgique parce qu'ils ont gardé le mécanisme d'indexation, pas en France. Alors en France, rappelez-vous, on a quand même le SMIC qui lui est indexé sur l'inflation. Dès que l'inflation dépasse un certain seuil, hop, ça déclenche une augmentation du SMIC qui est décidée par le ministre des finances dans des conditions qui sont parfaitement convenues. Donc, on a un mécanisme d'indexation sur l'inflation pour la partie des salariés qui en France sont rémunérés au niveau du SMIC. Ça entraîne souvent un effet cliquet au-dessus dans le cadre de négociation salariale. Donc là, il y a toujours un peu de perte de temps entre l'inflation qui tape et la négociation salariale qui intervient un peu plus tard, mais on a fort heureusement un décrochage par rapport à l'indexation complète qu'on avait avant qui elle auto-alimentait l'inflation. Ça c'est un des grands succès de Jacques Delors.
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Guillaume Erner16:04
Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, on se retrouve dans une vingtaine de minutes. On vous posera des questions politiques également puisque votre mandat s'achève en 2027. Je crois que 2027 ça n'est pas une date complètement neutre pour la France. On aura l'occasion d'en reparler 8h sur France Culture. Les matins de France Culture. Guillaume Erner. Et oui, notre invité Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne. On a évoqué avec vous madame le rôle extrêmement important de cette institution. Or il se trouve que votre mandat expire normalement fin octobre 2027. C'est un mandat de 8 ans. Il n'est pas renouvelable. J'ai pu lire en février dernier dans le Financial Times que vous envisagiez de ne pas aller au terme de votre mandat pour permettre un renouvellement peut-être avant la date qu'évoquait mon camarade Jean Lesmarie, autrement dit la présidentielle française pour, bon, on va le dire explicitement aux auditrices et aux auditeurs pour que, et bien Emmanuel Macron, le chancelier allemand Friedrich Merz par exemple, et la possibilité de choisir votre successeur avant que ne vienne à l'Élysée par exemple un président appartenant au Rassemblement national ou que de spéculation.
C
Christine Lagarde17:27
Bon, ce que j'ai pu envisager au mois de février dernier, c'était sous l'empire d'une situation que je vous ai décrite tout à l'heure, c'est-à-dire inflation 2%, taux d'intérêt 2%, l'euro digital en bonne voie de législation. Donc je pouvais avec un certain confort me dire que la mission était accomplie, que j'avais 70 ans et que finalement je pouvais peut-être prendre une retraite un tout petit peu anticipée. J'ai un sens du devoir et je considère que quand il y a un peu de tempête, le capitaine reste à bord. Donc le capitaine du bateau Banque centrale européenne, il est à bord et aujourd'hui nous faisons face à une situation dont on espère qu'elle va s'améliorer un peu avec les accords qui ont peut-être été trouvés en matière de guerre au Moyen-Orient, mais où on a des regains d'inflation, où nous avons été obligés, à l'unanimité de tous les États membres, d'augmenter le taux d'intérêt de 0,25%. Moi, je considère qu'il est de mon devoir d'accomplir la mission, la stabilité des prix et pour l'instant c'est ce qui guide mon action. Va de soi que je vais être attentive au propos des uns des autres, aux campagnes, au programme. Si je considère que l'ancrage de la France au sein de l'Union européenne était menacé par des incompréhensions, par des velléités de séparatisme, je m'exprimerai. De là à dire que je suis candidate à quoi que ce soit, certainement pas.
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Guillaume Erner19:01
Alors, attendez parce que j'avais une autre idée à vous soumettre. Christine Lagarde. Peut-être que si vous n'alliez pas au terme de votre mandat, vous pourriez par exemple prendre part à la présidentielle française, ce qui aurait pour effet de prévenir un certain nombre de tentations populistes puisque vous incarnez une forme de rationalité qui par les temps qui court peut être appréciée par certains ?
C
Christine Lagarde19:29
C'est pour ça que je vous dis que si je m'aperçois que l'ancrage européen de la France est en danger, je trouverai les moyens de m'exprimer en soutien de cette mission, de cet ancrage européen, de cet impératif européen au sein duquel la France doit continuer à porter une voie nationale française profondément européenne afin tout simplement qu'ensemble nous soyons plus forts.
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Guillaume Erner19:57
J'aime votre beau langage mais j'aimerais comprendre le sens de cette phrase. Est-ce que vous exprimez que de toute façon, heureusement la présidente de la BCE s'exprime mais s'exprimer politiquement, prendre part au jeu politique, par exemple que le risque que des gouvernements populistes nomment votre successeur est un risque trop important pour que vous le preniez.
C
Christine Lagarde20:21
Ce qui guidera ma mission, c'est la mission, c'est-à-dire réaliser l'objectif et rendre les clés d'une banque centrale européenne qui aura garanti la stabilité des prix pour nos concitoyens. Ça c'est l'impératif numéro 1. L'impératif numéro 2, c'est la protection de notre monnaie pour que l'euro soit stable, soit sûr, soit une monnaie respectée, une monnaie forte dans le monde puisque c'est la deuxième devise internationale aujourd'hui. Le troisième impératif, c'est ce que je vous disais, c'est l'ancrage de la France au sein de l'Union européenne. Donc voilà, je vais essayer de servir ces trois impératifs par ordre décroissant et je trouverai les moyens de m'exprimer.
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Guillaume Erner20:58
Jean Lesmarie, ça vous inspire une question ? Une question toute fraîche ou toute chaude, je sais pas comment il faut dire puisqu'elle concerne une interview que Jordan Bardella vient de donner au site Politico. Le Rassemblement national pourrait entrer à l'Élysée l'année prochaine. C'est une hypothèse. Et dans cette hypothèse, Jordan Bardella explique que la France réduirait de moitié la contribution française à l'Union européenne, 25 milliards environ. Est-ce que la France retrouverait ainsi des marges de manœuvre ? Christine Lagarde.
C
Christine Lagarde21:29
Premièrement, j'ai pas lu l'interview. Deuxièmement, je ne veux pas prendre position dans un débat politique en cours, en précampagne électorale. J'observe simplement que l'Europe c'est un club éminemment important qui a permis de garantir la paix depuis plus de 70 ans, qui a permis l'échange des biens, des services, des capitaux et le mouvement des peuples au sein des États membres de l'Union européenne et que quand on fait partie d'un club aussi fondamental que celui-là, on en respecte les règles. On n'arrive pas en disant "Je renverse la table, je change tout." Donc il y a des règles. Moi je le vois, vous savez au sein du Conseil des gouverneurs, il y a 21 gouverneurs qui viennent de 21 États membres différents avec des contextes politiques différents. Donc il faut se parler, il faut s'écouter, il faut trouver des convergences et il faut respecter la feuille de route initiale. Il y a des pères fondateurs de l'Europe qui étaient animés par un projet. Il y a eu d'autres successeurs par la suite qui ont amplifié ce projet. Je crois qu'on a encore beaucoup à faire pour que l'Europe soit une région à la fois puissante qui garde son attractivité, qui garde son épargne et qui permette la productivité et le bien-être des concitoyens.
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Guillaume Erner22:43
Alors justement sur l'Europe, on a évoqué aux informations les décisions de Donald Trump à la fois sur le fond, sur la forme. Tout ceci peut susciter certaines formes de perplexité chez certaines personnes. Et Christine Lagarde, l'un des enjeux extrêmement importants, c'est la question du dollar. Le dollar peut-il rester une monnaie de référence avec un président américain au style aussi bigarré ? Dans ces conditions, l'Europe a une carte à jouer. Est-ce que l'euro pourrait devenir la monnaie de référence ?
C
Christine Lagarde23:21
Je vais retenir votre premier propos. Est-ce que l'Europe a une carte à jouer ? Réponse oui. Est-ce que l'euro demain peut être le remplaçant du dollar ? Parce que ça fonctionne pas comme ça. Est-ce que l'Europe a une carte à jouer ? Bien sûr, parce que la région européenne, zone euro 360 millions d'habitants, l'ensemble de l'Union européenne 450 millions d'habitants, soit 100 millions d'habitants de plus que les États-Unis. Une région géographique riche de sa diversité, de ses talents, de son épargne considérable et qui a des fondamentaux qui inspirent la confiance. Moi, j'entends les investisseurs étrangers, ceux qui achètent de la dette dans le monde entier. Aujourd'hui, il y a un véritable intérêt, pas un engouement, mais un intérêt véritable pour les émissions de dettes souveraines émanant de l'Union européenne et tout particulièrement de la zone euro. Pourquoi ? Parce qu'on est prévisible, parce qu'on respecte la règle de droit, parce qu'on change pas d'avis tous les matins. Alors, c'est un problème parce que parfois la gouvernance européenne, on dit "C'est lourd, ça prend du temps, il faut se consulter, il y a des comités, il y a des task forces et cetera." C'est vrai, c'est vrai. Mais en contrepartie, on sait exactement à quoi s'attendre et par conséquent, les investisseurs savent que leur argent est bien investi dans un univers dont les règles sont connues et sont certaines.
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Guillaume Erner24:50
L'un des freins à l'idée de faire des bons du Trésor européens, des eurobonds, des safe assets, des actifs sûrs, ce sont les Allemands qui ne veulent pas mutualiser les dettes. Mais ce faisant, est-ce qu'on ne se prive pas en Europe d'un outil important ? Parce que là, on a une fenêtre, on voit bien que les bons du Trésor américain sont moins sûrs qu'auparavant, qu'il y a un risque, je dis pas que c'est un risque probable, je dis que c'est un risque possible de rééchelonnement de la dette américaine.
C
Christine Lagarde25:25
Je vais pas me prononcer sur le sujet d'un rééchelonnement de la dette américaine. En revanche, je pense que le grand projet de l'Union des marchés de capitaux, qu'on appelle l'Union de l'épargne et de l'investissement maintenant, ne sera un vrai succès que si on a un instrument de dette mutualisé qui donne de la profondeur et de la liquidité au marché. Ça c'est une des clés de la réussite des États-Unis. Le dollar est fort parce qu'il y a aussi des bons du Trésor à profusion et que les investisseurs ont de la liquidité. Par conséquent, nous aujourd'hui on n'a pas encore ça. C'est pas qu'on sait pas le faire hein, on l'a fait une fois en réponse au Covid, on a émis un emprunt européen d'environ 800 milliards d'euros qui a permis de répondre aux impératifs économiques, financiers de liquidité de l'ensemble des États membres au moment de la crise du Covid. Mais on n'a pas forcément besoin du Covid pour faire ça. Et moi ce que j'espère dans la perspective d'une union économique et monétaire dont nous fournissons la partie monétaire, c'est que la partie économique et financière, elle pourra être développée entre les États membres, notamment de la zone euro, autour de projets fédérateurs qui justifient un financement collectif. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que si par exemple on s'accorde tous ensemble pour dire que la défense c'est un impératif, à ce moment-là peut-être pas aujourd'hui parce qu'aujourd'hui il y a encore des prises de position très fermes et hostiles à ce projet, mais peut-être qu'un jour les Allemands et quelques autres, ils sont pas tout seuls, les Allemands et quelques autres se diront oui c'est dans notre intérêt collectif d'avoir une dette qui soit commune aux États membres afin de financer la défense qui nous est commune parce qu'on est ensemble et qu'on est plus fort ensemble.
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Guillaume Erner27:11
Alors, j'ai une autre proposition. On a parlé il y a quelques minutes des cryptomonnaies. Sans entrer dans les détails techniques. Il y a donc les crypto devises et puis il y a un type de devise un peu particulier qu'on appelle des stablecoins. Les stablecoins, ils représentent aujourd'hui un marché très important. 500 milliards de dollars, un peu moins. J'ai un peu exagéré. 350 pour USDC et Tether donc un peu moins mais ils sont en croissance extrêmement rapide. Ouais. Pourquoi la Banque centrale européenne refuse de faire des stablecoins qui aurait là aussi un intérêt extrêmement vif ?
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Christine Lagarde27:50
Non, on refuse pas du tout hein. Permettez-moi juste peut-être un point. Il y a d'un côté les cryptoactifs, ne les appelez pas des devises parce qu'ils n'ont pas les caractéristiques de devise. Je vais jamais vous payer un café en crypto et vous n'irez pas acheter une paire de chaussures en crypto. Ça marche pas. Cela on les met de côté. Ce sont des instruments spéculatifs. Ça monte, ça descend. On aime pas ça la baisse. Non, c'est pas qu'on aime pas ça, ce sont des actifs. Donc les gens qui veulent prendre un risque, mettre un ticket de je sais pas 1000, 2000, 100000 euros selon les moyens des gens sur un actif super spéculatif, c'est leur problème. Faut simplement qu'ils sachent qu'ils peuvent perdre beaucoup. De l'autre côté, et ça c'est différent, vous avez complètement raison, on a ce qu'on appelle les stablecoins. Alors, qu'est-ce que c'est qu'un stablecoin ? C'est une promesse. Donc, je m'appelle Tether ou Circle. Ce sont les deux principaux aujourd'hui. Et je vous dis, mon cher Guillaume, vous m'achetez un stablecoin que je vous émets. En contrepartie, vous allez me payer et moi je vous garantis que le jour où vous voulez échanger votre stablecoin, je vous rendrai en équivalent dollar parce que 99% du marché aujourd'hui, il est en stablecoins dollar. Alors, quel est l'intérêt après tout ? Parce que je pourrais aussi simplement transacter en dollar avec vous. L'intérêt c'est qu'il y a un certain nombre de fonctions qui aujourd'hui fonctionnent lentement avec des coûts importants. C'est le cas particulièrement des paiements transfrontaliers. C'est le cas aussi des pays dans lesquels il y a une très très forte inflation et où la devise est faible et où là on essaie de substituer quelque chose d'autre adossé au dollar ou adossé à l'euro puisque c'est possible aussi. Et ça donne une espèce de confort premièrement. Et deuxièmement, ce que disent les grands émetteurs de stablecoins, c'est transiger avec mes stablecoins, ça vous coûtera moins cher dans les transferts transfrontaliers. Quand on rentre dans le détail de ce que ça coûte, des frais et cetera, c'est pas si avantageux que ça. Les frais, les commissions, les frottements divers et variés, c'est pas si bon marché que ça. Mais c'est quand même mieux que ce que fournissait le marché jusqu'à présent. Nous ce qu'on dit à la Banque centrale européenne, c'est bon, quel est l'intérêt ? On comprend pas très bien. Il y a peut-être des cas d'utilisation particuliers, des pays particuliers, mais cette inventivité numérique, cette utilisation de ce qu'on appelle la distributed ledger technology dont vous allez sûrement trouver une traduction immédiate, ça il faut l'encourager. Il faut absolument s'en saisir de cette technologie et parvenir à des transactions plus rapides, moins chères, plus efficaces. C'est exactement ce qu'on appelle, alors c'est à nouveau vous allez hurler, la tokenisation des actifs et de la dette. Alors un token, c'est un jeton. Le fait de transformer en jeton qui lui-même aurait un cours. C'est très intéressant comme discussion parce que à la fois c'est très technique. Alors les gens se disent "Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire de token ?" Moi j'ai compris ça le jour. J'ai un peu plus vieille que vous et donc j'ai vécu la dématérialisation des titres. Autrefois, on avait des obligations avec des coupons, vous alliez chercher votre coupon et cetera. Et puis dans les années fin des années 80, on a dématérialisé. Donc c'était devenu des dossiers qui étaient tenus dans des registres, on avait plus son coupon. Mais ça c'est une étape plus achevée encore de la dématérialisation parce que tout ça sera inscrit dans des dossiers purement numériques qui constituent une chaîne de transaction. Voilà.
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Guillaume Erner31:23
Mais bon, alors je vais le dire autrement parce que on voit que ce sont des sujets très techniques mais à la fois on voit aussi que la sphère de la finance qui représente des sommes gigantesques et en quelque sorte à l'insu des citoyens est en train de se développer de manière considérable avec un risque aussi que l'Europe soit marginalisée. Je prends un autre exemple Christine Lagarde sur lequel j'aimerais votre réaction. Anthropic, donc c'est une firme d'intelligence artificielle, a vu l'un de ses modèles interdit à l'extérieur des États-Unis pour les non-Américains. Ce qui veut dire que si vous voulez utiliser Claude 5 en France, si vous êtes pas américain, vous pouvez pas. Et donc là, il y a un risque de marginalisation supplémentaire alors même que l'Europe est fragilisée. Qu'est-ce que la présidente de la BCE pense justement de ce risque-là ?
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Christine Lagarde32:16
Je pense trois choses. La première chose, c'est que cette situation créée par la détermination des États-Unis alarmée par Anthropic qui est l'éditeur de ces outils dont vous venez de parler. Donc la décision des États-Unis devrait nous amener instantanément à réfléchir à qui sont nos acteurs à nous, qui peut se substituer à ça. On a en France un grand acteur qui est Mistral. J'espère que ça permettra à Mistral de faire des levées de fonds très importantes et d'avoir des valorisations boursières compatibles avec ces perspectives. Il y a la même chose en Suède, il y a la même chose en Allemagne. Donc on a des champions européens, il faut les aider, il faut les pousser. On n'est pas obligé de se tourner toujours vers les États-Unis premièrement. Deuxièmement, je pense pour l'avoir un peu exploré parce que nous avons regardé attentivement les risques de stabilité financière de ces outils que vous évoquiez tout à l'heure, on doit impérativement se poser la question des effets de l'intelligence artificielle sur la gestion du système financier, sur les infrastructures financières, sur l'ensemble des univers dans lesquels on fonctionne, hein. Pensez aux contrôleurs aériens quand ils sont en train de gérer un système d'arrivée et de départ des avions. Imaginons que le système de gestion soit pénétré par un acteur toxique qui utilise l'intelligence artificielle à des fins négatives. Il faut absolument se défendre contre ça. Donc ce que moi je pense c'est que nous devrions ensemble et au niveau des gouvernements établir une espèce de feuille de route, de cadre de fonctionnement de l'intelligence artificielle pour se préserver de ces risques-là. Et il faut absolument que les Chinois soient à table parce que les Chinois sont les prochains acteurs sur le terrain.
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Guillaume Erner34:02
Alors justement les Chinois puisque vous venez de prononcer ce mot. Ouais, ça c'est merveilleux parce que on disait voilà, il faut parler de la Chine, alors parlons de la Chine, Christine Lagarde. Est-ce que vous n'avez pas justement la sensation que la politique économique de la Chine, même si elle se paye d'un coût politique autoritaire très élevé, est aujourd'hui une politique bien plus agile, bien plus astucieuse que celle de nombre de démocraties ?
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Christine Lagarde34:29
Alors astucieuse, je ne sais pas parce que ça c'est votre jugement. Plus agile ? Oui. Malgré des rigidités de structures incroyables. C'est-à-dire qu'en Chine, sur un marché gigantesque avec des investissements colossaux dont certains largement subventionnés par l'État, un groupe de neuf personnes présidées par le président Xi peut décider de telle ou telle direction, de telle ou telle stratégie industrielle, de telle ou telle concurrence entre les acteurs pour arriver non seulement à commercialiser sur le marché domestique mais commercialiser en dehors du marché chinois. Ça c'est évident.
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Guillaume Erner35:15
Jean Lesmarie, il nous reste quelques instants peut-être Guillaume pour parler de la crise climatique qui est si importante. Il se trouve que cette semaine, il va faire très chaud en Europe, que les climatologues observent ces phénomènes avec beaucoup d'inquiétude évidemment, phénomènes qui rendent nos vies quotidiennes beaucoup plus difficiles et qui ont un impact majeur aussi sur nos économies. C'est la question de l'inflation que vous évoquiez mais c'est beaucoup plus vaste aujourd'hui. Est-ce que l'Europe est à la hauteur de ce défi aujourd'hui sur les questions que vous suivez Christine Lagarde en matière de climat ?
C
Christine Lagarde35:44
Oui. Elle est plus, l'Europe aujourd'hui est plus à la hauteur qu'un certain nombre d'autres pays dans le monde, certainement plus que par exemple les États-Unis. Mais l'Europe doit non seulement poursuivre la voie qui a été engagée, la transition climatique, poursuivre des mesures qui sont impopulaires, le, à nouveau Guillaume Erner va me maudire mais c'est le ETS, Emission Trading System. Alors là vraiment je peux pas, là j'y arriverai pas. C'est un coût supplémentaire qu'on impose aux changements de la transition climatique. Donc c'est un impôt. Vous respectez pas les engagements de l'accord de Paris par exemple, vous ne réduisez pas vos émissions de CO2, bah vous allez payer une taxe. Bon, c'est difficile, ça va être en négociation ETS1 puis ETS2. C'est hyper important de continuer sur cette voie là même si ça augmente les coûts parce que c'est le seul moyen de parvenir à une transition climatique qui nous permette non pas de limiter à 1,5 parce que là je pense qu'on n'est pas dans le créneau mais de limiter les effets du changement climatique dans toute la mesure du possible. Donc il faut continuer sur la lancée et développer encore cette lutte contre le changement climatique et surtout mettre en place des mesures permettant la transition. Moi, c'est ce que j'ai essayé de faire accepter au FMI, ça m'a pris 2 ans. C'est devenu un sujet macro vraiment. Depuis que je suis à la BCE, nous avons aussi intégré le changement climatique dans nos paramètres d'appréciation des risques et de détermination de nos projections macroéconomiques. On l'applique également à toutes les créances sur lesquelles des financements sont consentis. C'est pas sans difficulté, hein. On est fortement critiqué. J'ai entendu à de multiples reprises, vous n'êtes pas dans votre mandat, c'est pas la mission de la BCE. Et je pense que c'est profondément la mission de la BCE que d'envisager tous les risques qui peuvent s'appliquer. Imaginez par exemple, je donne un financement en contrepartie d'une créance qui est basée sur des actifs immobiliers situés dans une région susceptible par exemple d'inondation. Ma créance, elle vaut quoi ? Sa valeur faciale ? Il faut la réduire du montant du risque correspondant par exemple à l'inondation. Des biens qui ne sont plus assurables. Est-ce que ça peut constituer encore des créances ? Voilà.
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Guillaume Erner38:15
Merci beaucoup Christine Lagarde d'avoir été avec nous ce matin.