Christine Lagarde7:06
Alors, les trois taux, qu'est-ce que ça représente ? C'est le taux auquel les banques se refinancent chez moi à la BCE et ça leur donne le coût de l'argent qu'elles facturent ensuite aux entreprises ou aux ménages ou à l'État éventuellement pour qu'ils empruntent. Donc quand vous Guillaume Erner allez acheter un appartement, vous allez obtenir un crédit hypothécaire probablement dont le taux sera fixé par la banque en tenant compte du taux auquel elle se finance chez moi et de la marge qu'elle va réaliser et du risque que vous constituez. Voilà, c'est à peu près ça. Le taux principal, celui dont on parle tout le temps, c'est le taux traditionnel de refinancement quotidien des banques. Aujourd'hui, non, je vais revenir en arrière une seconde. Avant la guerre, c'est-à-dire avant le 28 février, le taux directeur était à 2% et on avait une inflation qui était presque à 2%. Donc c'était parfait. Enfin, j'exagère, mais c'était une bonne réalisation : 2% d'inflation, un petit peu plus de 2% d'inflation, 2% de taux d'intérêt. OK. Qu'est-ce qu'on a vu ? On a vu un choc pétrolier brutal qui est un choc extérieur qui apporte une augmentation des prix. C'est un peu comme une taxe qui serait facturée par les États producteurs et distributeurs de produits pétroliers. Mais il faut qu'on la paye. En soi, si ça n'est que ça, si ça dure pas trop longtemps, on peut considérer qu'on va pas bouger parce que ça va graduellement se résorber tout seul parce que le choc est de relative faible intensité, de relative faible durée. En revanche, et c'est ce que nous avons commencé à voir, c'est que un choc de cette nature, il est éventuellement durable. 100 jours, c'est assez long et il est assez fort. Et surtout, et c'est ça qui est le point le plus important et que j'espère les auditeurs pourront comprendre, c'est qu'un choc de cette nature, il se diffuse ensuite dans l'économie. C'est-à-dire que dans un premier temps, si vous allez, je sais pas, si vous allez au restaurant, vous allez conduire votre voiture pour y aller, enfin vous non parce que vous roulez en vélo, mais vous conduisez votre voiture, le prix à la pompe, il aura augmenté. Ça c'est l'effet direct de l'inflation. S'il y a que ça et si ça s'arrête là, on peut imaginer que la banque centrale, elle laisse faire. Si un mois plus tard, vous retournez dans ce même restaurant, vous prenez toujours la voiture, vous allez payer un peu plus à la pompe, mais vous allez probablement aussi payer un peu plus au restaurant parce que lui, il aura des produits qui auront augmenté, il aura une note de gaz qui aura augmenté, il aura des coûts supplémentaires. Effet indirect de l'inflation. Ça, on a absolument commencé à le voir un peu partout depuis plusieurs semaines. Et puis si vous retournez 2 mois plus tard, la note sera peut-être un peu plus élevée pour vous parce que vous payerez toujours le prix à la pompe. Vous payerez toujours des frais de matière première, de nourriture, de farine, de gaz du restaurateur, mais vous allez aussi payer une augmentation probable des salaires. Et ça, c'est ce qu'on appelle l'effet de second tour si vous voulez. Et ça, notre mission à la Banque centrale européenne, dès lors qu'on commence à identifier ça, il faut tout de suite prendre des mesures et c'est la raison pour laquelle à l'unanimité des 21 gouverneurs des banques centrales, nous avons décidé d'augmenter de 0,25, faisant passer le taux de 2 à 2,25%. Voilà.