2e invité dans cette grande interview, c'est Xavier Durand qui est directeur général de Cofas. Cofas, vous le savez, c'est l'acteur incontournable dans la gestion du risque de crédit commercial. Évidemment, tous ceux qui sont chez d'entreprise connaissent bien la COFAS. C'est le recouvrement de créance, la facturage, assurance crédit. Bonsoir Xavier Durand. Bonsoir. Merci d'être là.
Vous avez publié tout à l'heure votre baromètre cofra ce qui est très très attendu parce que justement vous avez une vision globale, vous êtes présent, vous avez 100 000 clients, vous êtes présent dans 200 marchés. Donc on va voir l'impact de l'arrivée de Donald Trump qui a un peu tout bousculé. C'est sans doute ça qui est le plus important. Si on doit tirer les grandes lignes de votre baromètre, quelles sont-elles ?
En fait, elles sont qu'on commence à voir finalement la baisse de qualité d'un certain nombre de secteurs qui sont impactés directement, particulièrement par les mesures tarifaires qui sont prises en ce moment. Donc c'est le secteur des métaux, c'est le secteur de l'automobile, ce sont...
Oui, vous avez globalement déclassé 23 secteurs quand même dans quatre pays et quatre pays, pardon.
C'est ça. Donc il y a plus de baisses que de hausses, mais en fait c'est plutôt des baisses sectorielles qui correspondent à des secteurs qui sont touchés à la fois par une hausse des tarifs mais aussi des surcapacités structurelles par exemple comme l'acier. On a 600 millions de tonnes d'excès de capacité de production. Et puis c'est aussi des secteurs dans lesquels les marges des entreprises souffrent du fait d'une croissance globale qui ralentit, de l'incertitude géopolitique et économique dans laquelle on vit. Ça pèse beaucoup. C'est un assèchement tarifaire. Ça pèse d'environ, de notre estimation, un demi-point de PIB mondial. On voit aujourd'hui une projection de croissance pour le monde de 2,2 % pour cette année, 2,3 % l'année prochaine, c'est-à-dire un demi-point de moins que ce qu'on anticipait il y a quelques mois.
Et c'est la somme de ces incertitudes géopolitiques, tarifaires, économiques, financières qui fait que les entreprises attendent un peu avant de faire des choix radicaux. Et puis un attentisme...
Oui. L'attentisme sur l'investissement, de l'attentisme sur la consommation aussi et donc une croissance qui reste positive évidemment mais qui est un peu en baisse.
On fera un petit peu le tour des pays avant, juste on va rester sur les traits un peu plus généraux. Vous avez près de 80 % des économies avancées qui ont enregistré une augmentation des défaillances au premier trimestre 2025 par rapport à 2024. Près de 80 % des économies, enfin c'est gigantesque, non ? Est-ce que vous avez déjà vu ça ?
Oui. Alors, ça fait 5 ans qu'on voit après le Covid et puis les mesures de soutien aux économies qui ont été mis en place par les gouvernements, ça fait 5 ans qu'on voit une hausse continue des défaillances d'entreprise. Alors, ça continue cette année, ça se ralentit un petit peu en nombre mais ça touche des entreprises de taille plus importante, donc il y a un peu plus de sévérité si on peut le dire comme ça. Et c'est à la fois une économie un peu atone, c'est à la fois des secteurs qui sont sous pression, c'est aussi des taux qui reviennent plus bas mais qui reviennent pas aussi bas qu'ils étaient post Covid et donc ça met de la pression sur les marges des entreprises et donc on voit cette continuation. On est au niveau le plus haut depuis 10 ans de défaillance d'entreprise dans le monde entier et on est environ 20 à 25 % au-dessus de là où on en était avant Covid, c'est-à-dire en 2019. Donc clairement il y a des entreprises qui sont sous pression.
D'où le titre de votre baromètre, le grand bond en arrière. C'est un peu le retour si vous voulez sur des choses qu'on croyait un peu acquises, la mondialisation, la désindustrialisation, etc. Est-ce qu'on peut revenir sur ces 27 secteurs déclassés ? Vous avez parlé de la métallurgie ?
Oui. La métallurgie, l'aluminium.
L'aluminium. Bon, l'automobile bien sûr. L'automobile. Alors, quand on regarde les taux de tarif auxquels ils sont soumis, l'automobile, c'est 25 % aux États-Unis. L'acier et l'aluminium, c'est 50 %. Tout ce qui est chinois aujourd'hui, on estime le taux de tarif appliqué aux États-Unis est de l'ordre de 42 % sur l'ensemble des produits importés aux États-Unis depuis la Chine. Donc on a quand même des secteurs qui font face à cette donne, comme je le disais, des surcapacités structurelles qui varient par secteur et puis une économie qui est pas très porteuse. Donc vous conjuguez tout ça et vous avez effectivement plus de risque sur ces secteurs.
Aux États-Unis, les technologies de l'information et de la communication ainsi que la grande distribution ont été déclassées. Le consommateur américain, alors la distribution c'est pas technologie, ça paraît incroyable.
Oui, mais enfin c'était monté aussi très haut. Donc c'est une affaire relative. Je pense que il y a des pressions sur les chaînes d'approvisionnement, il y a des pressions, on ne sait pas encore exactement où ça va tomber, parce qu'il y a encore beaucoup d'accords qui sont en cours de négociation. Donc voilà, il y a de l'incertitude et puis mais dans l'ensemble, je dirais qu'il y a un peu plus de pression et un peu plus de risque.
Quand vous dites on regarde son focus sur les États-Unis, la grande distribution pour vous c'est un secteur que vous avez déclassé. Donc il faut peut-être expliquer l'importance que ça a parce que vous donnez la COFAS, COFAS donne des notes. Donc quand vous êtes une société exportatrice, on va voir la COFAS, vous l'assurez et puis il y a des notes. Donc c'est très important. Ça veut dire que si quelqu'un veut travailler dans la grande distribution aujourd'hui ou dans la tech américaine, il y aura une note qui sera inférieure.
On trouve dans la tech américaine aussi les plus belles notations de tous les secteurs. Donc on parle de très haut. À l'inverse, dans la distribution, c'est un secteur qui est sous pression depuis très longtemps. Donc on a vu depuis maintenant des années et des années des distributeurs américains faire régulièrement faillite. C'est d'ailleurs la même chose en Europe. Donc là il y a pas grand-chose de nouveau, si je peux dire, mais comme le contexte économique est tel que les consommateurs ont tendance à épargner un peu plus, il y a un peu plus de pression sur les distributeurs et puis les tarifs qui finiront un jour par les impacter.
L'économie américaine, comment est-ce qu'il fallait la décrire, la décrypter selon votre baromètre ?
Bah, elle croît à environ 1 %. Donc, elle est aussi sous pression.
C'est rien pour l'économie américaine.
Voilà, elle est aussi sous pression, c'est clair. Mais elle fait preuve d'une résilience surprenante. Jusqu'ici, on a tous été surpris, je pense, depuis d'ailleurs plusieurs années, par la résilience et l'incroyable capacité d'innovation de l'économie américaine. Donc, il faut dire qu'il y a beaucoup d'incertitude, mais il y a une pression générale sur la croissance.
Oui, mais il y a quand même une baisse de confiance des ménages.
Oui, une baisse de confiance des ménages. Tout à fait.
Si on regarde un peu, si on fait un focus sur l'Europe, alors la France c'est moins dans votre champ d'investigation.
Bah la France pour nous c'est 14 % de notre métier. Nous sommes une entreprise présente, vous l'avez dit tout à l'heure, on a des employés dans 70 pays, des clients dans 100 pays et des risques, c'est 720 milliards d'euros de risque sur 5 millions de lignes et 3 millions d'entreprises dans 200 pays. Donc on est vraiment une entreprise mondiale, 50 % en Europe. La France pour nous, c'est 14 % de notre...
Oui, mais donc vous pourriez aussi analyser la France.
Ah, on analyse aussi la France.
Mais dis, vous la voyez comment la France ?
Je pense que bah la France aujourd'hui, alors l'Europe est à un niveau de croissance d'environ un demi-point, 1 % de croissance donc croissance atone. Vous avez là-dedans je dirais l'Europe industrielle qui souffre. Vous avez les pays du sud qui eux sont en croissance et puis vous avez la France qui fait son petit bonhomme de chemin un petit peu entre les deux.
Mais quels sont les risques ? Par exemple, on parlait tout à l'heure de la question de la réforme des retraites, l'instabilité politique, ça tout ça effectivement joue son rôle.
On intègre particulièrement sur la France, on intègre tous ces risques dans notre baromètre et dans notre évaluation des secteurs et des pays. Donc, Cofas mène une revue macro à 360 degrés, économiques, financiers, politiques, sociaux. Et puis on a les remontées du terrain parce que avec 5 millions de lignes de crédit, on reçoit 1300 dossiers d'impayés par semaine. Et donc c'est la conjonction de ces deux facteurs qui nous permettent de vérifier que la théorie et la pratique se connecte bien.