[Musique] Décideurs engagés, l'émission TV de L'Hémicycle qui révèle les décideurs et nous permet de comprendre ce qui chaque jour leur donne envie de se battre et de réussir.
Bienvenue dans On Dit Tout, l'émission des décideurs engagés sur L'Hémicycle TV. Et j'ai le plaisir de recevoir aujourd'hui Frédéric Mazzella.
Bonjour, bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous.
On vous connaît. Vous êtes le fondateur de BlaBlaCar et de Dift, et on va en parler. BlaBlaCar, première plateforme évidemment de covoiturage en France, présente dans 22 pays. Et Dift, c'est une contraction de « don » et de « gift », c'est bien ça ?
Tout à fait. C'est un don cadeau, « don » et « gift ». On va en parler tout à l'heure, vous expliquerez le principe.
On va parler de vous d'abord. Vous êtes nantais ? Vous êtes né à Nantes ?
Je suis né à Nantes, mais je suis Vendéen.
Ah, vous êtes Vendéen, important de le souligner. Vous avez fait Normale Sup et puis Stanford pour effectuer un master en informatique. Quels ont été vos choix dans la vie professionnelle, personnelle ? Qu'est-ce qui vous porte dans la vie ?
Ce qui me porte, c'est de découvrir, d'apprendre et d'innover. C'est plus facile quand on a déjà les outils pour ensuite se lancer dans de l'innovation qui implique de la création, c'est-à-dire faire vraiment construire. Moi j'adore la physique, c'est pour ça que j'ai fait des études de physique à Normale Sup. J'ai adoré aussi l'informatique, toute la logique qu'il y a derrière, ce que les Américains appellent la computer science.
Vous avez travaillé pour la NASA aussi ?
J'ai travaillé pour la NASA quand j'étais aux États-Unis, quand je faisais mes études à Stanford en Californie.
La musique aussi beaucoup, je fais beaucoup de musique. J'étais au Conservatoire de Paris, en piano, piano. J'ai fait aussi beaucoup de violon. Je trouve que la musique c'est fabuleux parce que ça concentre un petit peu tout : à la fois la créativité, l'émotion, et puis aussi beaucoup de travail. On ne réussit pas à bien jouer en musique si on n'est pas extrêmement rigoureux. Et ça apprend tout, c'est une école. Et on peut jouer avec un orchestre, on crée des émotions ensemble, et on a réussi quand on a réussi à passer de l'émotion et que les personnes d'en face ont éprouvé quelque chose.
Vous êtes passionné d'innovation, passionné pour ce qui n'existe pas encore ?
Oui, bah oui, parce que ce qui existe déjà, c'est bien, utilisons-le. Il y a aussi une citation de Victor Hugo que j'aime bien : « Je m'intéresse au futur parce que c'est bien là que je compte passer mes prochaines années. » Avec le futur vient quelque chose qui n'existe pas encore. Le futur n'existe pas encore tout entier, mais des choses qui n'existent pas aujourd'hui existeront demain, et ça m'intéresse beaucoup.
On va en parler, hein, l'intelligence artificielle et cetera. Vous détestez entendre « ça ne marchera pas », ça vous galvanise ?
Je ne sais pas si je déteste, je pense que ça me galvanise un petit peu. C'est surtout que enfin on peut dire « ça ne marchera pas » quand on a vraiment tout étudié, mais on a rarement tout étudié. On a rarement fait l'exercice complet pour savoir si vraiment ça ne marcherait pas du tout. Donc je suis prêt à dire « ça ne marchera pas », mais après beaucoup, beaucoup de travail pour effectivement avoir compris que ça ne marchera pas.
Vous dites aussi que vous préférez entreprendre et créer plutôt que diriger.
C'est vrai, c'est pas la même discipline. Entreprendre ou créer, ça demande beaucoup d'imagination et beaucoup de conviction aussi, emmener beaucoup de gens vers quelque chose qui justement n'existe pas encore. Convaincre du bien-fondé d'un projet quand on n'a pas beaucoup d'éléments probants ou de données, c'est difficile. Et diriger ou manager, c'est différent, c'est plus une notion de suivi, de contrôle. Moi je suis plus à l'aise quand il s'agit d'envoyer de l'énergie à tout le monde et de faire en sorte qu'on ait tous envie d'aller dans la même direction, ce qui ne suppose pas forcément un cadrage très fort. Je compte sur la motivation et l'énergie de chacun et réussir à avancer.
Vous dites aussi que dans l'entrepreneuriat il n'y a pas d'ascenseur, il n'y a que des escaliers.
Oui, parce que une fois qu'on a compris ce principe-là, que dans l'entrepreneuriat il n'y a pas d'ascenseur il n'y a que des escaliers, on peut tomber. On peut faire une marche en avant, deux trois marches en arrière aussi c'est possible. Mais il faut faire trois quatre marches en avant. Ça donne la notion de progrès, progresser dans la construction du projet qu'on a l'ambition de bâtir. Et ça comporte la notion d'effort. On arrivera au bout avec l'effort, alors que l'ascenseur c'est zéro effort, et l'entrepreneuriat c'est tout sauf ça. Je connais personne qui a réussi qui n'a pas monté des escaliers, qui n'est pas tombé à un moment, qui n'est pas redescendu de quelques marches pour remonter plus tard. Donc quand on voit des entrepreneurs ou des sociétés qui sont tout en haut, il faut bien se rappeler qu'elles ont monté tous l'escalier, qu'elles ne sont pas arrivées là-haut par l'opération du Saint-Esprit ou par hélicoptère ou par ascenseur.
Alors BlaBlaCar aujourd'hui, c'est une grande réussite, à tel point que peut-être que vous aviez envie de faire autre chose. Pourquoi avoir créé Dift ? Parce que BlaBlaCar, ça roule.
Alors BlaBlaCar ça roule, en effet. C'est aussi ma nature d'entrepreneur et de créateur. On a l'impression que BlaBlaCar c'est peut-être récent, mais ça fait 20 ans que j'ai lancé BlaBlaCar, en 2004. Donc après il y a toute cette période de croissance, on s'est étendu dans une vingtaine de pays. Je suis toujours actif au sein de BlaBlaCar, je suis président du conseil d'administration. J'interviens sur ce qui peut être vision, stratégie, mais pas sur l'opérationnel puisqu'on a Nicolas Brusson qui est directeur général et qui gère l'ensemble de la société. Donc je suis toujours très impliqué, BlaBlaCar est toujours dans mon cœur et le sera toujours. En revanche, du fait de cette fonction un peu différente, j'ai plus de temps. Et quand vous laissez du temps à un entrepreneur, qu'est-ce qu'il fait ? Il entreprend.
BlaBlaCar on en a parlé, ça roule. Du coup vous aviez créé Captain Convivial qui est devenu Dift, expliquez-nous le concept.
On a effectivement changé de nom. Pourquoi ? Parce que Dift c'est le nom de notre produit, et le produit c'est la fusion de deux mots fabuleux : le mot « don » et le mot « gift » en anglais. Donation à la gift, en français c'est don et puis gift, donc c'est « don cadeau », et ça forme le mot Dift en quatre lettres. C'est la possibilité d'offrir un cadeau d'un nouveau genre, porteur de sens, puisque c'est une valeur financière que la personne qui le reçoit va pouvoir attribuer à une association de son choix dans le domaine social et environnemental. En fait je vous offre la possibilité de faire du bien en allant soutenir un projet qui vous tient à cœur.
Donc mon patron m'offre 10 €, 15 € et je peux l'investir où je veux ?