Veolia, ex-générale des eaux, ex-Vivendi Environnement, numéro un mondial dans plein de secteurs. Paul Moisson s'est plongé dans votre histoire vieille de 170 ans. Paul.
Oui parce que c'est vrai que tout le monde connaît Veolia mais en fait personne ne sait vraiment ce que vous faites. Alors pour comprendre il faut remonter le temps. Et quand je dis remonter le temps, va falloir y aller franco. Et Estelle Brachlianoff, je vous présente votre prédécesseur, Napoléon III. La classe. Et oui, c'est lui qui fonde en 1853 votre ancêtre, la Compagnie Générale des Eaux. Et pendant plus d'un siècle, ce sera votre nom. Et votre métier lui est simple : apporter de l'eau potable aux villes françaises. Vos ingénieurs doivent l'expliquer à la télé.
Qu'est-ce que c'est que l'eau potable ? C'est une eau qui peut être bue sans rendre malade celui qui la boit. Mais cette notion, je pense qu'elle évolue. Les hygiénistes deviennent de plus en plus exigeants.
Les hygiénistes sont devenus exigeants. Ils veulent de la bonne eau potable. Et voici comment vous faites. Je vous préviens, c'est super simple. L'eau sortie du floculateur est décantée dans un décanteur horizontal à double étage. Puis cette eau passe dans des filtres à sable calibrés. Ces filtres à sable sont nettoyés régulièrement par un lavage à contre-courant. Voilà, je n'ai rien compris. Mais ensuite dans les années 80-90, la Compagnie Générale des Eaux va se mettre à faire beaucoup plus que de l'eau. Elle devient un géant dans tout un tas de choses : le traitement des déchets, l'énergie mais aussi les télécoms. Tellement de choses qu'elle doit changer de nom.
La CGE sera désormais rebaptisée Vivendi, un nom qui se prononce de la même façon dans toutes les langues. Et oui, Vivendi. Le groupe avait déjà beaucoup d'activités différentes mais il veut encore grossir en investissant dans la télévision, le cinéma, la musique et internet. Le reste sera rangé dans sa filiale Vivendi Environnement qui s'appellera ensuite Veolia Environnement. Mais en 2006, Veolia se sépare du reste de Vivendi pour se concentrer sur ses activités. Aujourd'hui, vous êtes à la tête d'un géant industriel : gestion des déchets, réseau de chaleur urbain, chauffage des immeubles, dépollution, énergie verte, traitement des eaux usées, dessalement d'eau de mer, mais toujours production d'eau potable. Et ça vous le répétez dans vos pubs.
Vous formez un couple potable. Elle est potable, monsieur. C'était potable. On place le mot 'potable' au-dessus de tout.
Mais Veolia, c'est pas uniquement en France, loin de là, vous êtes un groupe mondial. Voici en rouge la cinquantaine de pays dans lesquels vous êtes présent. Ce qui vous oblige à jouer dans des pubs en anglais façon blockbuster américain.
Oui, oui, c'est votre voix.
Pas mal. Vous avez appris en commentant mon accent ?
Non non non, c'est pas l'accent mais la voix d'Hollywood, vous l'avez apprise.
Ah, on a répété un peu parce que c'est effectivement pas mon métier. Je suis plus à l'aise avec les floculateurs et les filtres à sable.
Floculateur. Non, en fait, vous l'avez dit, c'est à la fois ça paraît très simple. On ouvre son robinet. Je rappelle qu'il y a quand même un verre sur trois en France qui est servi par Veolia. Et en fait derrière il y a plein plein de choses. Il y a des usines, il y a 50 000 personnes et donc il faut les traiter. Parce qu'on la prélève où ? On la prélève un peu des nappes phréatiques, mais beaucoup aussi des rivières. On rappelle qu'en région parisienne, on boit en fait l'eau de la Seine quand on y réfléchit. Évidemment traitée, purifiée, qui est traitée notamment par des floculateurs. Vous avez le robinet, comment va-t-elle ? On dit qu'elle est de plus en plus contaminée aux pesticides. Que l'eau du robinet, c'est à peu près un des produits les plus surveillés de France.
Tout à fait légitimement, c'est par des autorités sanitaires. Donc l'eau du robinet, vous pouvez la boire, ne vous inquiétez pas, elle est très saine. C'est de l'eau de qualité excellente avec un rapport qualité-prix exceptionnel.
Quel que soit la région, est-ce qu'on peut un jour manquer d'eau ?
Alors, on pourrait mais heureusement on est là. Il y a pas mal de technologies mais il y a aussi : vous ne fabriquez pas l'eau. Vous la modifiez, vous la rendez potable, et on la recycle. Et il faut aussi que nous tous, on la soigne, qu'on la chérisse. On est en train de se rendre compte avec les sécheresses qui se multiplient que l'eau, elle est précieuse, elle irrigue nos vies.
Mais est-ce qu'on pourrait en manquer ?
Alors, on pourrait en manquer si on ne faisait rien. Voilà. Et on s'en est rendu compte à l'été 2022 où il y a eu des restrictions d'eau en France, chose qu'on pensait absolument impensable. Mais la bonne nouvelle, c'est qu'on a toutes sortes de solutions pour faire en sorte que ça n'arrive pas.
Est-ce qu'un jour on pourrait voir du dessalement d'eau de mer en France ?
Euh sans doute. Euh sans doute en effet, mais il y a plein de choses à faire avant. La bonne nouvelle, c'est qu'on innove, on fait en sorte de plus en plus d'être efficace pour différer ce type de solutions qui peuvent à un moment donné arriver. On l'a déjà déployé au Moyen-Orient parce qu'il y a pas d'alternative. On sait le faire. On sait le faire de façon de plus en plus efficace en énergie. Mais il y a plein d'autres choses à faire avant : la préserver à la maison, éviter de la gâcher, éviter de la gâcher dans la distribution des réseaux, éviter les fuites, la régénérer, la recycler, c'est la réutilisation des eaux usées. On a déjà mis les pieds un petit peu sur l'accélérateur en 2022 et maintenant c'est pour ça que d'une certaine façon, y compris la canicule qu'on vit aujourd'hui, ce qu'elle doit nous dire c'est qu'il faut qu'on accélère.
Vous parlez des eaux usées, mais c'est 1 % des eaux usées qui sont recyclées alors que c'est 15 % en Espagne.
En Espagne, 90 % dans les pays du Moyen-Orient. Alors, vous avez raison. Pourquoi ? Parce que le Moyen-Orient et l'Espagne ont eu plus chaud plus tôt. Donc ils ont appris à chérir l'eau. Et la bonne nouvelle c'est comme on est présent, vous l'avez montré sur tous ces continents, on a appris, on a innové et donc on est prêt à déployer. On est quand même à la bourre, on anticipe pas grand-chose. Déjà ça va déjà un petit peu mieux. Il y a eu pas mal de choses de faites depuis 2022 mais il est temps d'accélérer là, je vous rejoins complètement et d'y aller à fond.
Alors pour résumer ce qu'a dit Paul, est-ce qu'on peut dire que pour vous déchets, ils valent de l'or ?
Je sais pas s'ils valent de l'or mais parfois ça peut être une richesse nos déchets. On fait pas de l'argent, on les transforme d'une certaine façon. À la fin l'entreprise Veolia, elle fait de l'argent aussi mais on réinvestit massivement dans l'innovation ou dans des usines. Ce qu'on peut se dire, c'est qu'effectivement les déchets c'est un gaspillage de ressources inexploitées. Donc c'est potentiellement du gâchis. Les déchets, la première chose à faire, c'est d'éviter de les produire, d'éviter le gâchis. Ensuite, une fois qu'on les a produits, c'est de les recycler le plus possible. Mais il y a des choses qu'on peut difficilement recycler pour l'instant et peut-être qu'on pourra les recycler dans 5 ou 10 ans, et ben ça c'est de fabriquer de l'énergie.
Euh non, en l'occurrence on a pas mal de contrats qui sont alignés sur le fait d'essayer au contraire d'augmenter le taux de recyclage ou d'augmenter la valorisation par l'énergie.
Est-ce que les Français sont bons sur le tri sélectif par exemple ou pas du tout ?
Ils sont dans la moyenne. Donc pourrait mieux faire mais pas si mal.
Pas si mal. Ça va mais je peux vous donner quelques idées pour faire un petit peu mieux.
Est-ce que la canicule a un impact sur vos infrastructures, sur vos salariés ? Je pense notamment à ceux qui travaillent dans des incinérateurs parce que vous en avez.
Alors, nos salariés, ils travaillent dans des incinérateurs, ils travaillent dans la rue pour réparer des réseaux d'eau et pour faire en sorte que tous les jours vous ayez de l'eau au robinet justement pendant la canicule. C'est pour ça que vous l'avez rappelé, Veolia, c'est du très concret, c'est distribuer de l'eau du robinet au meilleur rapport qualité-prix tous les jours et ça veut dire que c'est un service essentiel. Donc, j'ai envie d'une certaine façon de penser à eux et de les remercier pour assurer ces services essentiels. Évidemment, on a adapté aux canicules les horaires de travail, on a évidemment prévu des pauses et des moments un peu au frais pour retourner travailler et assurer ces services. On a été là pendant le Covid et on est là pendant cette nouvelle crise que l'on vit aujourd'hui avec la canicule.
Alors, quand une ville vous confie son eau ou ses déchets, comment ça se passe ? Vous avez quoi comme ville par exemple ?
En France, on a un certain nombre de villes. Je le disais, on a en gros un tiers des habitants en France. On a beaucoup de concurrents, je vais pas les citer aujourd'hui. On a beaucoup de concurrents dans l'eau, dans les déchets, mais personne qui ait cette empreinte mondiale et cette capacité d'innovation et de voir et d'anticiper la suite. Les polluants de demain dont on ignorait même l'existence il y a encore quelques années.
Par exemple, si je suis une ville, je viens vous voir, c'est ça ? C'est moi qui viens vous voir en vous demandant voilà j'ai besoin de vos services pour mes déchets ou mon eau.