Juste avant l'épisode, je tenais à vous remercier, à vous remercier d'être de plus en plus nombreux à nous suivre, nous suivre les vendredis, et que ça soit sur les plateformes d'écoute ou également sur YouTube. D'ailleurs, en parlant de YouTube, si vous pouvez prendre quelques secondes là maintenant tout de suite pour vous abonner ou liker ou même activer la petite cloche, ça serait vraiment très sympa. Et puis ça nous permettra de faire grandir cette communauté et puis également de permettre d'inviter ces personnalités exceptionnelles. Merci et maintenant, place à l'épisode.
Je pense que la responsabilité d'un leader, c'est d'abord de donner de l'énergie, c'est-à-dire donner l'envie de faire des choses. C'est cette capacité à dire on n'est pas plus bête que les autres, et donc si on se définit un objectif, on s'organise et avec une bonne notion de temps, on va y arriver. Ça, c'est un principe qu'on a partagé, sur lequel on est tous très fermes chez Edenred. Tu as une responsabilité parce que tu es la meilleure personne, mais pour que cette diversité s'exerce dans ces niveaux de responsabilité, alors il faut créer le potentiel. Les propos exacts de mon père étaient les suivants : il a dit, la question n'est pas de savoir si Bertrand est intelligent, la question est de savoir ce qu'il va faire de l'intelligence qu'il a reçu. Et en fait, c'est extrêmement profond, c'est-à-dire c'est la reconnaissance que on a reçu une forme d'intelligence et qu'on a la responsabilité de la cultiver, de l'entretenir, de la développer. Donc ça a probablement été, et c'est toujours un moteur et un marqueur, et j'y pense tous les jours.
Bonjour à toutes et à tous, je suis Alexandre Mars et vous écoutez Pause, le podcast. On prend le temps, le temps de comprendre comment rendre l'impossible possible en explorant les parcours exceptionnels de mes invités, qu'ils soient artiste, chef d'entreprise, entrepreneur, sportif ou encore activiste. Résilience, succès, inspiration, il se dévoile le temps d'une pause. Soyez les bienvenus. Les patrons du CAC 40, leur statut, leur salaire, leurs responsabilités peuvent fasciner, énerver ou intriguer. Aujourd'hui dans Pause, je vous propose de rencontrer l'un d'eux et découvrir les coulisses du quotidien d'un grand patron, en l'occurrence celui du groupe Edenred, le premier émetteur mondial de tickets restaurant et le premier à les avoir digitalisés. Quel est son quotidien ? Quelle est sa vision du leadership ? Comment notre enfance peut influencer nos façons d'agir et de décider ? Comment se réinventer, innover lorsqu'on dirige une entreprise depuis tant d'années ? Il nous répond le temps d'une pause en revenant sur son parcours et en nous amenant dans les coulisses de ses fonctions.
Ah, bienvenue Bertrand Dumazy.
Merci Alexandre, comment tu vas ?
Bah très bien, c'est une grande joie de prendre le temps d'une pause avec toi. Oui, c'est, tu es patron, je viens de l'annoncer, d'un grand groupe, d'un très grand groupe. C'est des milliers, c'est des dizaines de milliers de collaboratrices et de collaborateurs. On a parfois cette vision d'un monde qui va très vite, qui peut être assez stressant. Je te vois, je te connais, je te sens une distance. Est-ce que c'est une vraie distance que tu arrives à prendre ? Est-ce que c'est un calme intérieur qui rejaillit sur les autres ? Est-ce que ça boue quand même en toi ou est-ce que tu arrives à maîtriser cette tension qui est inhérente à beaucoup d'entreprises et beaucoup de jobs ?
Oui, alors effectivement, Edenred est présent dans 45 pays dans un monde qui nous échappe, c'est-à-dire qui est en bouillonnement politique. C'est une année où vous avez à peu près 2 milliards de citoyens qui vont aller voter avec des changements qui peuvent être majeurs dans des zones économiques qui sont importantes pour le groupe Edenred. Donc oui, ce métier suppose une tension, une passion, une énergie, mais suppose aussi la capacité à prendre de la distance pour garder la tête froide et prendre des bonnes décisions.
Et c'est quoi ton quotidien ? C'est des décisions matin, midi et soir. De nouveau pour les gens qui nous écoutent, qui nous regardent, qui disent tiens, c'est quoi le quotidien d'un grand patron ? C'est du stress tout le temps ? Et comment tu arrives justement à prendre cette distance ? Il y a des moments où tu as un peu de repli, tu as un peu de temps calme ?
Alors oui, c'est du stress tout le temps. Donc ma journée démarre le matin puisque comme on est présent de Singapour à Santiago du Chili, quand je dors, l'ouest de la planète travaille. Et donc quand je me réveille, j'ai déjà les nouvelles de la journée qui vient de se terminer plein ouest. Donc en fait, mes journées ne s'arrêtent jamais vraiment. Et donc le quotidien d'un patron, c'est d'abord se lever tôt. Donc moi en général, je suis debout entre 5h30 et 6h du matin. Ensuite, c'est s'informer sur ce qui s'est passé pendant la nuit. Donc je lis mes emails et encore une fois pour essayer de comprendre ce qui s'est passé à l' reste du monde. Et ensuite, je prends le temps quand même de déjeuner en famille quand je suis en France, puisque je voyage énormément.
Combien de jours par an tu voyages ?
Je voyage au moins une centaine de jours par an, et ça depuis toujours. Depuis toujours, je suis né voyageur.
Non mais dans cette fonction-là ?
Mais par exemple, quand j'étais le président du groupe Deutsch, je passais 15 jours tous les mois en dehors de France. Et en fait, je démarrais le samedi, le dimanche soir en quittant Paris, en volant en fait jusqu'à Singapour, puis Tokyo, puis Los Angeles, puis New York, puis retour à Paris. Et ça tous les 15 jours, tous les mois. C'est intéressant, ce qui explique ma chevelure blanche puisque j'ai blanchi très vite.
Alors, ceci étant, je sais que pour toi, il y a un endroit qui t'amène ce calme, ce moment plus paisible, c'est ta famille et en particulier ton épouse. Et ça, ton épouse même quand tu lui disais très tôt, tu sais quoi, 15 jours par mois je suis pas là, elle a facilement compris, accepté que tu puisses être quand même assez absent pour le travail ? Ça a été facile ça ou ça était quand même une explication de texte ?
Alors j'ai la chance d'avoir une épouse qui est formidable. Mes amis me disent que ma botte secrète, c'est Françoise, et ils ont bien raison. Donc on en a parlé ensemble, c'est une décision avant d'accepter cette responsabilité en connaissance de cause. C'est quelque chose dont nous avons parlé et Françoise, une fois de plus, m'a dit : écoute, si tu aimes la mission, si tu aimes les gens avec qui tu vas le faire, il faut le faire et on va s'organiser. Sachant que Françoise me dit aussi que ce qu'elle considère être comme une chance, c'est de ne pas m'avoir sur le dos en permanence, ce qui est probablement une bonne chose. Mais surtout, Françoise me dit : quand tu es là, tu es vraiment là. Donc pour toi, tu arrives à ce quality time, ce moment quand tu es là, tu fermes les écoutilles et tu t'occupes des gens que t'aimes ?
Oui, je pense que c'est une nécessité pour eux, mais c'est aussi une nécessité pour moi. Donc par exemple, mon téléphone portable n'entre jamais dans ma chambre. Il reste au bord de ma chambre, mais il ne rentre pas dans ma chambre.
On va continuer avec une fausse vérité. Je parlais justement de ce rôle du grand patron, mais c'est aussi ce monde qui parfois est un petit peu obscur pour un certain nombre de personnes. On parle du monde du CAC 40 parce que c'est un modèle, surtout parfois de cliché. Mais ce que j'avais envie de voir avec toi, c'est justement ces pauses-là. D'après toi, ou si je vais te donner des affirmations et tu vas me dire si toi, selon toi, c'est réel ou ça l'est pas autant que ça. Est-ce que tu es prêt ?
Il faut nécessairement faire de grandes études pour devenir un patron du CAC 40 ?
Oui, non, j'ai pas de chiffres. Mais en réalité, ce qu'il faut pour être un patron du CAC 40, c'est pas un diplôme, c'est un parcours qui prépare à cette responsabilité-là. Ceci étant, pour avoir les chiffres, c'est marrant que tu aies une perception, tu as 80 % des entreprises du CAC 40 aujourd'hui qui sont dirigées par des personnes qui ont plutôt fait des études qu'on appelle grandes études en France, soit grande école, soit école d'ingénieur. Donc il y a quand même une perception qui, il faut, c'est pas suffisant, mais c'est quand même nécessaire la plupart du temps. En tout cas, les statistiques montrent que c'est assez nécessaire. Mais je pense que ce ratio est en train de diminuer. Et puis surtout un espoir, c'est que quand on regarde ce qui est fait dans d'autres pays, c'est moins vrai. C'est-à-dire que si on va en Allemagne, en Suisse, vous avez à peu près 30 % des patrons, l'équivalent du CAC 40, qui ont été des apprentis. C'est beau ça, c'est assez beau. Peut-être que c'est notre système de prépa qui empêche ça un petit peu.
Et je sais que l'éducation pour toi est majeure dans tes sujets. Tu le sais que c'est le cas aussi pour moi. J'ai créé une organisation qui s'appelle Infinit, qui permet justement de contrer ça et d'essayer d'amener dans ces meilleures écoles de France, mais du monde également, des jeunes qui sont extrêmement méritants mais qui viennent des classes populaires, pour que ce modèle puisse aussi un peu évoluer. Parce qu'en effet, encore aujourd'hui, il faut faire un certain nombre d'écoles et donc il faut mettre une vraie diversité dans les écoles.
Deuxième cliché : est-ce que le CAC 40 est trop masculin ?
Alors celui-là, il est probablement pas suffisamment féminin.
Bien, tu rends ça négatif, positif ?
Mais les choses changent. C'est-à-dire que on a un pool en fait de potentiel et de haut potentiel féminin qui ne fait que grossir. Et donc je pense que la parité petit à petit va s'installer.
Ce que tu veux dire par là, je sais que c'est aussi important pour toi, c'est ce qui a été décidé il y a plus de 10 ans de ça avec une loi qui s'appelle Copé-Zimmermann d'abord, puis Rixain après, qui a permis d'avoir une parité dans des conseils d'administration et puis maintenant dans les comités de direction. Toi, ça a été assez facile à intégrer chez Edenred, cette parité également de comité de direction ?
Alors moi, en fait, le chemin qu'on a choisi, c'est évidemment un chemin de féminisation, mais tout en respectant un principe qui est très important pour moi, qui est la méritocratie. C'est-à-dire qu'un homme, une femme a la responsabilité qu'il a chez Edenred parce que c'est la meilleure personne pour cette responsabilité. Donc chez Edenred, la féminisation a été assez rapide. C'est-à-dire que quand je prends en fait le top 500 d'Edenred, on a démarré l'aventure, on était à peu près 20 % de femmes et on est désormais 36 %. Et pourquoi je prends le top 500 ? Parce qu'en fait, c'est en créant ce réservoir de talent que la féminisation va se faire à tous les étages de la fusée, en respectant la méritocratie. Et ça, c'est un principe qu'on a partagé, sur lequel on est tous très fermes chez Edenred. Tu as une responsabilité parce que tu es la meilleure personne, mais pour que cette diversité s'exerce dans ces niveaux-là de responsabilité, alors il faut créer le potentiel.
Dernier cliché : savoir si c'est un cliché selon toi, les grands patrons sont assez, sont souvent proches des politiques ?
Eh bien, je vois que tu croises les bras. Quand tu croises les bras, ça besoin de réfléchir. Alors, je pense que tout dépend de son secteur d'activité. C'est-à-dire que il y a des secteurs d'activité qui ont un impact très fort sur l'emploi, sur le pouvoir d'achat des Français, et donc qui forcent à avoir en fait une proximité avec le pouvoir pour essayer de comprendre et essayer de s'accorder. Il y a aussi des activités qui sont stratégiques pour l'avenir de la France. Et donc quand on dirige des activités stratégiques, alors on se doit d'avoir un dialogue avec le gouvernement, quel qu'il soit, pour gérer au mieux les intérêts de la France. J'ai été patron d'une activité qui s'appelle Deutsch, qui fait de la connectique électrique pour des environnements sévères. Une grande partie des connecteurs d'Ariane ou des missiles utilisés par l'armée française étaient fabriqués par Deutsch. Quand un acteur nord-américain est arrivé pour racheter Deutsch, évidemment qu'on a eu des conversations avec le gouvernement français pour essayer de comprendre ce qui relevait de la souveraineté française et comment cela pouvait-il être protégé. Donc je pense que d'une manière générale, quand on a des activités soit régulées, soit à fort impact sur le pouvoir d'achat des Français ou la vie des Français, ou sur la souveraineté française, c'est un devoir d'avoir un dialogue intelligent, nourri et régulier avec les autres autorités du pays dans lequel on est.
On va parler un petit peu de ton enfance. Tu grandis dans le Nord de la France, tu naîs à Tourcoing. Tu as une famille assez nombreuse hein, parce que vous êtes pas 3, 4, 5, vous êtes ?
Je suis le dernier de six frères et sœurs.
Donc vous êtes quatre garçons, deux filles. Toi, tu es le dernier. Ton papa est enseignant, ta maman est maman au foyer. Ça m'arrive assez régulièrement de parler avec des amis qui sont derniers d'une fratrie ou le premier ou le deuxième. À chaque fois, c'est des choses qui suivent un peu ce que nous allons devenir dans les personnes que nous sommes, dans les décisions. Toi, tu as jamais gagné quoi que ce soit à la maison, tu étais toujours le dernier, le petit, celui qui pouvait pas forcément combattre. Tu as dû trouver certainement des astuces et des manières d'exister.
Je n'ai connu que la position de petit dernier, et je ne l'ai pas choisi. Mais je pense dans le fond que c'est quand même beaucoup plus facile d'être dans les derniers que dans les aînés. D'abord, on n'est pas formé à être parents, donc le modèle se teste et il est probablement draft sur tes frères, et donc il est probablement plus imparfait sur les aînés que sur les derniers. Donc moi, je pense que j'ai bénéficié du fait que le modèle d'éducation de mes parents a été optimisé quand mon frère et moi sommes arrivés. La deuxième chose, c'est que bah les parents fatiguent, c'est-à-dire qu'ils lâchent quand même pas mal de choses qu'ils ne lâchaient pas sur les aînés. La troisième chose, c'est que bah les aînés font leurs études supérieures et cetera, donc on a quand même probablement des temps privilégiés qui sont plus forts avec ses parents quand on est dans les derniers. Donc en gros, je pense que c'est une grande chance d'être dernier par rapport à être dans les aînés. Pour tous les gens qui sont derniers, vous allez peut-être perdre beaucoup de choses, mais il y a certainement des choses positives. Tu regardes le verre à moitié plein ?
Alors le verre à moitié vide, c'est que mon frère est né à 11 ans de plus que moi et mes parents sont décédés, j'avais moins de 40 ans. J'ai quand même eu 11 ans de vie de moins avec mes parents que mes aînés. Donc ça, c'est le prix à payer.
Ça m'amuse parce que on parlait de dernier. J'étais récemment plutôt ici, récemment, tu avais un des plus grands designers, en tout cas il a été élu designer de l'année, Mathieu Lehanneur. Mathieu Lehanneur, c'est lui qui a fait la vasque des Jeux Olympiques, la torche, il fait énormément de choses. Et quand je parlais de sa relation justement avec, il venait d'une fratrie importante et je dis bon, tu es le dernier. Il me disait bah, tu viens d'expliquer mon problème, c'est qu'en fait juste être le dernier, c'est pas très positif d'une manière. Et donc lui, il me disait, mais d'une manière assez éclairée d'ailleurs, il me disait c'est la raison pour laquelle aussi certainement j'ai voulu faire tout ça pour exister, pour qu'en fait je sois pas quelqu'un qu'on a jamais vu. Parce qu'il me disait je crois que c'était 7, il était 7, il existait pas en fait. Toi, c'est un peu différent en fait. Toi tu existais, mais tu penses pas que de faire tout ce que tu fais toutes ces années, ça ne suffit jamais ? Tu fais encore plus, encore plus, des études, c'est pas juste faire HEC, c'est faire Harvard. Et puis c'est pas faire, tu penses que il y a ça rapporte ou pas du tout ?
Toi, c'est une question délicate. Non, je peux en fait, à la maison, il y avait un service pour les petits, un service pour les grands. Et donc les petits dînaient et déjeunaient à la cuisine. Et au-delà d'un certain âge, on passait au service des grands. Je me souviens très bien de mon premier passage au service des grands où je n'avais pas compris qu'on n'était pas censé rentrer dans les conversations, on devait attendre que la parole soit donnée. Et n'ayant pas compris cette règle, je rentre dans une conversation du haut de mes 10 ans. Et là, je vois encore maman poser ses couverts et me regarder dans les yeux et me dire : Mousse, tu parleras quand ton tour viendra. Mais comme ton tour ne vient jamais, ben tu te tais. Ce qui était une manière de dire : écoute, tu vas d'abord laisser les grands parler parce que pour avoir des conversations, ça n'est pas une chose évidente. Donc j'ai probablement développé un caractère assez batailleur dans la prise de parole. La deuxième chose que j'ai réalisé, c'est que il n'y aura pas de deuxième service, c'est que les plats passent une seule fois. Et comme je suis servi en dernier, il faut veiller à faire en sorte que les autres ne se servent pas trop, sinon ta portion devient la portion congrue. Donc tu faisais des plans avant, tu parlais à tes frères et sœurs, tu disais laisse-moi un petit peu. Ou alors j'écoutais les conseils de mes frères et sœurs aînés qui chaque fois que je partais en stage de sport me disaient surtout assieds-toi à la table des filles. Et je leur disais mais pourquoi ? Ils me disaient bah parce que la vie est quand même plus sympa avec les filles et elles mangent moins. Et donc tu auras des grosses portions.
On est dans ces années-là, tu rêves à quoi toi là ? On est dans ces jeunes années, 10, 12, 15 ans, on rêve à quoi quand on est dans cette famille aimante qui a certainement ses difficultés également mais aimante, avec des frères et sœurs ? Il y a quelque chose qui te fait vraiment rêver à ce moment-là ? Ce soit dans le sport, je sais que tu as toujours aimé beaucoup le sport, la gymnastique, le volet après, tu t'imaginais être le prochain Tony Parker ou le TD Raminère ? C'est ça ton ou ou Citibank, le business ? C'était quoi ton rêve toi ?
Alors moi, j'avais beaucoup de rêves. Tu rêvais beaucoup toi ? Oui, je rêvais beaucoup. Mon rêve, c'était de changer le monde et essayer de trouver, ouais probablement. Et le premier métier que j'avais envisagé, c'est d'être chirurgien, en me disant quand tu es chirurgien, tu vas pouvoir réparer les vivants. Il se trouve que un de mes oncles est chirurgien et un jour il me dit : alors Bertrand, qu'est-ce que tu aimerais faire de ta vie ? Je lui dis bah j'aimerais être chirurgien comme toi. Il me dit tu sais, dans la famille, il y a ceux qui tremblent et ceux qui ne tremblent pas. Et donc tends tes mains. Il m'a posé une feuille de papier sur les mains et il m'a dit malheureusement tu appartiens à ceux qui tremblent et donc je te déconseille la carrière de chirurgien. Qu'est-ce que ça va être dur ? Donc oncle Marc qui me dit ça. Donc le rêve de chirurgien, je l'ai quand tu lis ça, tu dis ok, c'est pas très grave, on trouvera d'autres choses pour changer le monde. Les deuxièmes rêves que j'avais sont des rêves de voyage, parce que en fait mon père dans la marine avait été en poste en Indochine puis après en Tunisie. Et donc il nous racontait ses voyages. Et donc je me disais c'est quand même formidable. Alors on voyageait mais en France, donc l'hiver dans le Jura, l'été à Carnac. C'était vraiment des bons moments de vacances tous ensemble, mais ça restait essentiellement en France. Donc moi très vite, le rêve c'était d'aller à la découverte du monde. Et j'avais notamment la chance d'avoir des cousins qui habitaient aux États-Unis. Et donc très vite, un de mes rêves a été de passer du temps aux États-Unis, ce que j'ai fait dès l'âge de 18 ans. J'ai rêvé d'être journaliste, c'est-à-dire d'aller à la rencontre des uns et des autres et qu'ils partagent leurs expériences pour accélérer mon propre développement.
Sportif alors, sur le sport ?
Alors sur le sport, j'ai renoncé assez vite. Pourquoi ? Parce que mes frères étaient très sportifs, notamment mon frère Yves qui a été champion de France d'escrime et cetera, et lui était vraiment talentueux. Et j'ai assez vite réalisé que je ne lui arrivais qu'à la cheville. Et donc les rêves de grands sportifs ont été des rêves que j'ai assez vite oubliés. Euh, on parlait, mais assez vite, j'ai aussi je me suis aussi dit tiens, en fait ce qui t'intéresse, c'est des projets, des projets d'ampleur sur lesquels tu peux avoir un impact. Donc le métier de chef d'entreprise m'a assez vite intéressé.
Non, je pense que dès l'âge de 14, 15 ans, j'étais assez entreprenant. Donc tu vois, j'étais scout pendant des années. Et je, enfin, les scouts ne deviennent pas des chefs d'entreprise, non, mais j'étais probablement un cauchemar pour les parents accompagnateurs parce que il y a un camp à organiser et moi je disais bah on va aller en Corse. Et ça y est, j'ai trouvé le terrain et cetera et cetera. Et les parents me disaient mais enfin c'est hors d'atteinte, c'est-à-dire que on est à Tourcoing, les budgets sont assez limités et ça va mettre tout le monde mal à l'aise. Et je dis non non mais c'est pas grave, on va faire des soirées, on va financer et ça ne coûtera rien aux parents. Donc peu quand tu as 10 ans, tu commences à table, à 14 ans, tu commences à faire des projets. On dit juste mais c'est pas à toi de le faire. Oui, mais donc j'imagine à quel point j'étais un poison pour les parents chefs de groupe, parce que j'étais un animal assez dangereux avec des idées un peu folles et qui trouvaient les moyens de les financer.
Tu vas faire des études qui sont qualifiées des grandes études, puisque tu fais une prépa à Ginette qui est une des meilleures prépas en France. Puis après tu fais HEC et ça ne te suffit pas. Et ça te suffit pas parce que il y a certainement une blessure. HEC est une école exceptionnelle, mais je crois que tu aurais peut-être aimé faire une autre école qui est l'École des Ponts. Ton école ?
C'est pas ce que je voulais dire, voilà. Mais en tout cas, la vérité, c'est que c'est vrai que là tu vois ça comme le fait de ne pas avoir été pris, échoué, c'est comme ça que tu l'interprètes. Mais échoué à l'oral des Ponts, puisque tu as l'écrit, l'oral, tu échoues à l'oral. Et là pour toi, c'est pas possible en fait. C'est ton premier grand échec pour toi ?
Non, à l'école tu as toujours été premier, tout le temps toi ?
Non, je me disais toujours dans les trois premiers.
Excuse-moi, plutôt pas mauvais.
Oui, mais en fait la réalité, c'est que faisant pas mal de sport, pas mal d'activités scout et plein d'autres choses, j'avais eu une pratique pas suffisamment disciplinée du travail scolaire. Et j'ai appris en fait à travailler en classe préparatoire. Et donc ça prend un tout petit peu de temps. Et il est vrai que oui, j'ai échoué à l'oral des Ponts. Et je me suis dit écoute Bertrand, ça fait partie de ton processus d'amélioration. Tu n'as pas réussi ce qu'il y a de mieux cette fois-ci, mais d'autres occasions vont se présenter. Et en fait, quand j'étais à Los Angeles, je suis tombé sur quelqu'un, Daniel, qui était à Harvard et qui m'a dit toi, tu devrais faire Harvard. Et en fait, ma vie est peuplée de gens que j'ai rencontrés qui m'ont dit toi, je te verrais bien faire ça. Et je me suis intéressé à la chose. Et c'est comme ça que probablement, par la volonté de reprendre des études, mais aussi par la volonté de dire allez, cette fois-ci peut-être que tu vas arriver à faire ce qu'il y a de mieux.
J'aime bien parce que quand même, HEC est une école exceptionnelle. C'est marrant que tu dises ça parce que dans ce livre Pause que tu connais, j'ai un chapitre sur les rencontres. C'est marrant que tu me dises ça. Et c'est vrai que c'est ça le point qui est souvent un point important dans nos vies à toutes et à tous, c'est ces rencontres, ces moments. Toi, c'est ce Daniel à Los Angeles que tu rencontres, ce moment-là qui dit quelque chose, tu l'écoutes. Le plus important souvent dans les rencontres, c'est de l'écoute, c'est de ne pas savoir et justement se positionner dans ce moment, dire dis-moi ce que tu en penses toi. Cette petite toute petite cicatrice que tu avais de ne pas avoir remporté ce que tu imaginais être la victoire avec les Ponts, fait quand même que là tu fais ce qu'il y a de mieux parce que Harvard est considéré certainement comme la meilleure école. Donc là c'est un NBA dans le monde. Donc là quand tu arrives là-bas, tu dis ça y est, tout est gommé, tu es heureux, tu es fier, tu peux être un peu ou pas du tout ? Tu as eu ces années parce que moi j'en ai rencontré quand même un nombre de jeunes étudiants encore aujourd'hui quand ils sortent de ces écoles-là qui sont considérés, ils sont un peu mis en avant et même pensent que ça y est, ils sont arrivés. On se rend compte évidemment avec le temps que c'était qu'une étape. Toi, comment tu étais toi, 25 ans ?
Écoute, probablement un peu arrogant parce que tu es le fruit de ton environnement. Donc tu as 850 camarades de promo qui arrivent du monde entier et qui sont objectivement très bons. Et tu suis les enseignements de gens qui sont très bons, reconnus, entre Michael Porter et Robert Merton, prix Nobel d'économie. Et avec des examens qui se passent bien. Et donc j'ai probablement été le fruit aussi de cet environnement. Et donc avec une certaine forme d'arrogance, mais aussi probablement une certaine forme d'humilité. Parce que la chose la plus importante que j'ai apprise à Harvard, c'est que j'ai mieux compris ce que je ne savais pas. C'est-à-dire qu'en gros, on lit 650 cas, hein, c'est la méthode des cas. Donc un cas est exposé, des questions sont posées. Et en fait, 650 cas de 650 situations différentes dans des industries différentes, sur des problématiques différentes. Je pense que le grand enseignement, c'est de mieux comprendre et de mieux évaluer ce qu'on ne sait pas. Et donc j'avais probablement un comportement un peu arrogant à l'image des jeunes diplômés d'Harvard, mais aussi très rempli d'humilité dans la compréhension de ce qu'on ne sait pas, mais avec la volonté farouche de savoir et de s'entourer.
Donc là, tu termines ces études, tu es à Harvard. Une chose essentielle qu'a dit ton papa, c'était au lycée si je me trompe pas, il t'a dit là, on a bien compris que tu es quelqu'un qui était sur cette direction de réussir une partie de ta vie. Cette vie-là, elle est professionnelle, elle est importante. Quand ton papa se dit ce qui est important en fait, c'est de voir ce que tu vas faire de ton intelligence. Tu l'appréhendes comment quand tu as 16, je sais plus, 16, 17 ans, cette phrase-là qui est exceptionnelle parce qu'elle te met en face d'une responsabilité qui est grande, qui en gros globalement, on est là pour autre chose juste d'avoir une bonne note à l'école ou juste d'être sympathique avec une personne, ça nous élève. Qu'est-ce que tu en penses toi quand ton papa te dit ça ?
En fait, d'abord je me souviens très précisément du jour et du lieu. Et les propos exacts de mon père étaient les suivants : il a dit, la question n'est pas de savoir si Bertrand est intelligent, la question est de savoir ce qu'il va faire de l'intelligence qu'il a reçu. Et en fait, c'est extrêmement profond, c'est-à-dire c'est la reconnaissance que on a reçu une forme d'intelligence et qu'on a la responsabilité de la cultiver, de l'entretenir, de la développer. Donc ça a probablement été, et ça c'est toujours un moteur pour moi et un marqueur, et j'y pense tous les jours. C'est-à-dire que d'ailleurs, quand j'ai perdu mes parents, un de mes amis qui était passé par là avant me dit au téléphone : est-ce que tu penses à ton papa tous les jours ? Et je dis oui. Et il me dit : est-ce que tu penses que ça va s'atténuer avec le temps ? Et je dis bah je ne sais pas. Et il m'a dit, lui qui était passé par cette porte-là avant, il m'a dit rassure-toi, l'intensité ne va pas baisser. Donc oui, cette phrase, que vas-tu faire de l'intelligence que tu as reçu, est une phrase à laquelle je pense quasiment tous les jours. Et donc qu'est-ce que ça développe chez moi ? Probablement une très grande curiosité, c'est-à-dire j'ai des marches de progrès énormes, il y a tellement de choses que je ne sais pas que j'aimerais mieux comprendre. Et puis probablement une exigence très forte dans mon parcours de progrès.
On va continuer, on va commencer par une pause amicale. Donc on a bavardé, discuté avec des gens proches de toi et qui évidemment t'aiment ou t'apprécient énormément. Et on leur a dit est-ce que vous pouvez nous faire une question pour toi. On parlait du sport tout à l'heure, on parlait de toi qui a été quand même très bien placé en gymnastique. Donc quand je te vois, ça m'amuse un petit peu. Moi j'imagine qu'à moins de 14 ans tu avais, tu étais 3e français sur la gymnastique.
Ça m'est arrivé une fois.
Ouais, mais il suffit d'une fois tu sais. Moi j'aurais bien aimé être une fois 3e français en sport, j'aurais été très content. Tu as fait, appris du volleyball, c'est quelque chose important pour toi le sport ? On écoute cette question de ton ami, de un de tes meilleurs amis si ce n'est ton meilleur ami, Laurent.
Salut Bertrand, c'est Laurent. Comme tu le sais, j'ai le projet de rallier Pékin à Paris à vélo. Et maintenant que tu enchaînes allègrement les sorties à vélo de 100 à 200 km, j'aimerais savoir si tu acceptes de m'accompagner quelques semaines lors de la traversée des montagnes célestes au Kirghizistan. Et quel sens aurait pour toi cette aventure partagée ?
Donc merci Laurent. Laurent Guy, bah je suis très ému en fait. Donc Laurent, c'est mon ami, mon frère. On s'est rencontré en terminale et on ne s'est plus quittés malgré nos parcours très internationaux. Et il est vrai que on fait beaucoup de vélo ensemble, ce qui est probablement une douleur pour lui puisqu'il est à peu près deux à trois fois plus doué que je ne le suis depuis toujours. Et une douleur pour moi parce que le suivre n'est pas chose évidente, sachant qu'en vélo c'est important d'être dans la roue de quelqu'un puisque on gagne 10 à 20 % de l'air. Et il se trouve qu'il m'attend mais pas tout le temps, donc j'ai des grands moments de solitude où je le vois 500 m devant moi. Alors je vois que comme d'habitude l'ambition de Laurent a grandi puisque lui va parler de Pékin, Istanbul et là il parle de Paris-Pékin, ce qui rallonge quand même considérablement le parcours. Tu viens de la prendre là ?
Ouais, ouais, je viens de la prendre.
Donc normalement le projet c'était quand même Pékin-Istanbul ou Istanbul-Pékin. Et oui, j'adorerais pouvoir l'accompagner sur certaines étapes. Je ne suis pas sûr d'être capable de trouver le temps ni l'énergie de faire l'intégralité du parcours.
Merci, merci pour cette question. On revient à ton parcours. On se retrouve là, tu sors d'école et parfois comme certains ces jeunes diplômés, à plusieurs voix possibles. La finance, toi tu fais, tu es le conseil. Je te retrouve chez Bain. C'est un des, voilà, on appelle ça les MBB, McKinsey, Bain, BCG ou BCG, Bain. Donc ils sont, voilà, c'est ce qu'il y a de mieux dans le conseil en stratégie. Tu fais différentes missions, tu t'éclates dans ces années-là ?
Ah oui, ça a été vraiment, ça a été des années merveilleuses. D'abord parce que les missions qui nous sont confiées sont passionnantes. Deuxièmement parce qu'on le fait avec, il y avait un esprit très particulier chez Bain qui était un esprit d'entraide très fort, d'un cabinet qui était en forte progression et avec une très grande exigence. Et donc ça a été des années formidables grâce aux gens que j'ai rencontrés avec qui je suis toujours en contact. Et des années d'apprentissage et aussi des années d'ouverture au monde puisque grâce à Bain, en 3 ans j'ai eu la chance de travailler assez peu en France, pas mal en Italie, beaucoup en Angleterre et puis après je suis parti pour Bain à Los Angeles.
Est-ce que tu conseilles aujourd'hui à ces jeunes qui sortent de ces grandes études de commencer par le conseil ? C'est quelque chose que tu dirais à chaque fois, commencer par là ? C'est ces 2, 3 années de formation, peut-être plus, mais assez incroyable ?
Alors je pense qu'il y a plein de manières de se former. Et moi je conseillerais plutôt de choisir un bon patron. C'est-à-dire, en fait, il faut essayer de travailler avec un bon patron qui a envie de transmettre et qui a envie de former.
Trouve, ah bah ça tu te renseignes comment ? Parce que moi je commence dans d'entreprise, je sais pas si c'est du lard du cochon. Je peux peut-être aujourd'hui on peut plus savoir que hier. Mais toi c'est plus le patron que l'industrie ?
Ben moi je pense que c'est le facteur essentiel, c'est les gens avec qui on va travailler. Et il se trouve que dans les cabinets de conseil, d'abord, on n'est pas nombreux, il y a une sélectivité qui est très forte et il y a un compagnonnage qui est très important parce qu'un manager dans le conseil ne peut pas s'en sortir sans les consultants et les jeunes associés. Donc il y a forcément un apprentissage, une formation qui est très forte. Et ensuite, comme c'est des expériences très intenses parce qu'on travaille beaucoup, la formation se fait à vitesse accélérée. Donc ce que je veux dire simplement, c'est que c'est une très bonne voie qu'il faut considérer. C'est mieux de commencer par Edenred probablement, mais c'est à considérer. Mais il y a plein d'autres voies aussi.
On te retrouve après dans la finance en tant que directeur d'investissement au sein du fond d'investissement BC Partners. Puis tu passes à l'entrepreneuriat, développant en créant une entreprise qui s'appelle Constructo, donc une start-up qui réalise des logiciels de gestion des chantiers de construction. Là on s'éloigne. Et puis on te retrouve à des postes à haute responsabilité après Deutsch, on en parlait tout à l'heure, Materis, Pernod et enfin Edenred à partir de 2015. Moi ce qui m'intéressait dans ce cheminement, c'est que c'est un cheminement où j'ai du mal pour être franc avec toi à trouver les points. Alors parfois je me suis dit tiens, un moment je me suis dit tiens, il y a un propriétaire qui avait deux entreprises, donc je me dis peut-être qu'il t'a tellement aimé qu'il voulait que tu fasses du très bon travail à nouveau pour l'autre entreprise. Mais même j'arrivais pas à connecter. C'est quoi les points de connexion ? C'est justement, c'est des rencontres à chaque fois, des gens qui t'ont inspiré, qui t'ont dit tiens c'est le bon moment, c'est une ouverture. C'est parce que toi tu es pas carériste en tout cas, je t'ai pas vu carériste dans ce que j'imagine. Donc pourquoi ? C'est peut-être que ta start-up ça a été compliqué, peut-être que tu as dû repasser sur autre chose. Raconte-moi ce lien que j'ai pas forcément compris.
Si il y a des liens invisibles, la main invisible, la main visible et de retour. Alors en fait, qu'est-ce qui se passe ? Je travaille pour BC Partners et BC Partners c'est un fond d'investissement. Donc autour de la table, vous avez les investisseurs, en l'occurrence nous, les avocats, les banquiers d'affaires et les entrepreneurs. Et en fait moi je regardais les entrepreneurs et je me disais mais dans le fond entre ces quatre communautés, c'est à cette communauté-là vraiment que j'ai envie d'appartenir. Ce qui fait que j'ai quitté BC Partners pour monter Constructo et donc pour être entrepreneur. Ensuite, il se trouve que dans le temps où j'étais chez BC Partners, j'ai fait la connaissance de Jean-Paul Villot qui était le président directeur général de Neopost. Et en fait, BC Partners m'a prêté à Neopost pour monter Neopost Online, c'est-à-dire la filiale en ligne de Neopost. Et donc j'ai monté ça à San Francisco pendant de nombreux mois. Et ça a créé deux choses : premièrement, ça m'a donné envie d'être entrepreneur, et la deuxième chose c'est que j'en ai tiré beaucoup d'admiration vis-à-vis de Jean-Paul Villot et de son équipe de management. Ce qui fait que quand la boîte que j'ai créée a été vendue, Jean-Paul en gros m'a dit bon maintenant que tu as fini tes bêtises, rejoins-moi faire le vrai travail. Et donc j'ai travaillé 9 ans avec Jean-Paul et ses successeurs chez Neopost. Et ça a été 9 années vraiment qui ont été des années de développement que j'ai beaucoup aimé. Puisque j'ai commencé comme patron du marketing et la stratégie, ensuite j'étais patron de la filiale française où en gros Jean-Paul Villot m'a dit on a fait une acquisition aux États-Unis et on est allé embêter le gros numéro 1 américain qui vient désormais nous embêter sur notre territoire qui est la France, et on a besoin d'un jeune bien tonique pour tenir ce qui est le coffre fort du groupe. Et ensuite quand le directeur financier du groupe est devenu directeur général, il m'a été proposé de devenir directeur financier. Et donc ça a été une aventure formidable au sein d'une entreprise où j'aimais beaucoup l'équipe de direction, mais j'aimais beaucoup l'esprit de la maison. Et en fait, il y a un lien invisible entre ça et la responsabilité d'après où je suis devenu en fait président du groupe Deutsch qui fait de la connectique pour des environnements sévères. Donc si vous pilotez une Formule 1, une Ariane, ça n'arrive pas tous les jours, un sous-marin nucléaire, un Airbus A320, la connectique électrique est faite en grande majorité par Deutsch. Et en fait là, le lien invisible, c'est d'abord la volonté de devenir patron. Donc j'étais directeur financier dans le cockpit à côté du directeur général, puis président directeur général. Et donc il était temps pour moi de devenir le patron. Premièrement. Et deuxièmement, cette maison avait comme sponsor financier Wendel avec comme numéro 2 chez Wendel Bernard Gautier qui était un manager de chez Bain. Et donc on avait quand même une relation et une connexion qui fait que les conversations étaient assez fructueuses. Mais je crois que le lien en fait, il y a deux choses que j'aimerais dire. La première, c'est que jusqu'à l'âge de, enfin je m'étais dit tu feras ce que tu veux jusqu'à l'âge de 30 ans. Et en fait il m'a fallu 10 ans de plus pour comprendre que je n'avais plus 30 ans. Ça c'est une première chose. Et la deuxième, c'est que en réalité les environnements sont un peu toujours les mêmes, c'est-à-dire des entreprises très internationales, des entreprises décentralisées, c'est-à-dire avec des management locaux qui sont très forts et une volonté de changement du modèle. Et donc avoir un peu de créativité pour changer le modèle de nouveau. C'est aussi pour les gens qui nous écoutent de leur dire aussi il y a pas non plus une pression absolue de trouver des liens et des points de connexion parfaits. Alors parfois il est plus facile après 10 ans, 15 ans, 20 ans après dire il y a un lien là. Parfois il y a pas forcément de lien. Parfois il y a des sauts dans le vide qui peuvent exister. Parfois il y a des rencontres qui disent j'ai envie de tout changer pour faire autre chose. Et comme tu l'as dit très justement, à un moment un autre tu te dis j'ai envie d'être entrepreneur, tu l'as fait. Tu t'es rendu compte aussi que c'était extrêmement dur. Et ce qui peut être aussi très intéressant c'est être entrepreneur, c'est chef d'entreprise, entrepreneur, mais c'est des modèles très similaires.
On va continuer dans les pauses amicales pour justement continuer sur ton parcours. On écoute cette nouvelle pause amicale de quelqu'un qui te connaît de l'intérieur d'Edenred. On l'écoute, c'est Nathalie Bala.
Bonjour Bertrand, j'espère que tu vas bien. J'aurais bien aimé savoir ce qui te pousse à aller toujours plus loin et plus haut et comment tu fais pour être à la fois président d'Edenred et président de l'Association des Anciens de l'HEC. Merci, à très bientôt.
Je pense qu'il y a un qui te prend plus de temps que l'autre, j'espère pour les actionnaires. Mais il n'empêche, la question de Nathalie, merci Nathalie pour cette question, est clairement identifiée pour les gens qui te connaissent, c'est que ça s'arrête pas en fait.
Non mais enfin ça s'arrête pas, mais le temps est une notion assez relative. C'est-à-dire que enfin Serge Gainsbourg disait le temps c'est comme ton pain, garde-en pour demain, en citant son père. Et c'est peut-être une des seules phrases avec laquelle je ne suis pas d'accord avec Serge Gainsbourg que j'aime beaucoup. Tu consommes toi ? Oui, il faut consommer ce temps. C'est une denrée ultra fraîche, la seconde qui passe ne reviendra jamais. Et je suis un être fini, c'est-à-dire que dans mon ADN est inscrit le fait que ma vie sur Terre a une fin. Et donc chaque seconde qui compte est une seconde qu'il faut donner et vivre pleinement. Pour se faire, il faut accepter de vivre intensément. Donc à la question de Nathalie, bah comment je fais ? J'ai une pratique du travail qui est très intensive, c'est-à-dire quand je travaille, je travaille intensément. Et j'ai aussi une volonté dans le temps libre qui m'est donné une fois que j'ai fait ce que je dois faire pour Edenred, ben de garder du temps pour redonner ce temps. Je suis très redevable à l'HEC qui a été une rencontre et un point de formation très important pour moi. Et donc quand le président de l'Association des Anciens m'a dit c'est ton tour et on aimerait bien que tu sois, tu t'es pas échappé.
Nathalie, ta relation avec Nathalie ?
Nathalie qui est une entrepreneuse brillantissime puisqu'elle a repris, créé, construit et vendu un groupe que tout le monde connaît, beaucoup de gens, qui est La Redoute. Et je le connais d'autant plus que La Redoute était visible depuis ma chambre du boulevard Gambetta à Tourcoing.
Parce que tu as raison, donc c'était le catalogue de La Redoute et des Trois Suisses a peuplé mon enfance. Tu as grandi avec celui-là. Nathalie qui a repris, développé et puis vendu ce grand groupe et qui est maintenant administratrice chez Edenred. Tu parlais d'un sujet intéressant. Je vais m'arrêter 2 secondes parce que tu as cette volonté d'aller vite, de faire parce que le temps passe. Et pourtant tu fais partie des gens qui croient que la vie s'arrête pas que sur Terre en fait. Mais malgré ça tu dis il faut aller vite quand même, il faut profiter. C'est antinomique le fait de croire à cette vie éternelle et dire qu'il faut en faire le plus ici.
Euh, c'est un dilemme quotidien, oui. Non, non, j'en conviens. Euh, une chose est sûre, c'est que dans ma vie terrestre les secondes sont comptées. Et donc j'aimerais qu'elles soient le mieux utilisées possible. Et on en revient à que vas-tu faire de l'intelligence que tu as reçu. C'est d'ailleurs souvent une conversation que j'ai avec Françoise qui a une vision un peu différente des choses et qui aime laisser du temps au temps et qui parfois a du mal à comprendre pourquoi je m'engage à nouveau. Et je pense que c'est aussi pour répondre à un désir profond de faire des choses. C'est-à-dire je pense que c'est l'action qui unit les hommes entre eux. Quand on ne se connaît pas, quand on ne fait rien ensemble, alors l'autre est un inconnu. Et s'il est un inconnu, il peut être une source de peur ou de frustration. À partir du moment où on fait des choses avec l'autre, on découvre des choses merveilleuses chez l'autre, on découvre des fils invisibles. Et la vie tout de suite est plus amusante. Je pense que les gens qui nous écoutent le ressentent.
Tu as un leadership certainement différent ou très spécifique. Tu as gagné de nombreux prix hein, donc je les cite, je les connais pas tous par cœur, mais tu as été Best CEO d'Invest Magazine, donc tu as eu le trophée du PDG digital lors du CODIR du Cercle de l'Excellence RH. Il y en a d'autres comme ça.
Oui, je ressemble à un général soviétique lors du défilé du 1er mai place rouge avec un nombre de médailles en chocolat qui est vraiment très impressionnant.
Oui, est-ce qu'elles te font plaisir ? Comme moi quand j'avais 10 ans, ça me faisait plaisir. Est-ce que toi ça te fait quand même assez plaisir parce que ça met en avant ? Ou en fait pas vraiment ? Tu penses que tu as pas besoin de ça ? C'est pas en tout cas c'est certainement pas pour ça que tu le fais. Mais déjà, est-ce que ça te fait plaisir, c'est une reconnaissance du secteur ? Et deuxièmement, comment tu le...
Define your leadership for us.
Does it give me pleasure? Yes, probably because we all have a desire — I don't know, but it seems to me that deep inside each of us, though with different intensities, we still have a desire for recognition. So yes, I don't hide my pleasure when people think of me. But you never succeed alone. You succeed thanks to the teams around you, thanks to your predecessors, and so it's also a collective recognition. I'm the spokesperson because you have to choose one, but what also gives me pleasure is the recognition of all the collaborators and the projects we've led together.